• La dictature du prolétariat (9)

    Pour rester fidèle au léninisme, et ne pas se placer du point de vue de ceux qui l’ont révisé, il faut se placer du point de vue des intérêts du prolétariat révolutionnaire, donc du point de vue du parti du prolétariat et de la perspective de la révolution prolétarienne en France.

     

     

    CHAPITRE VI

     

     

     

    EN GUISE DE CONCLUSION

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le Manifeste du parti communiste nous interpelle par son extraordinaire actualité. Sans doute, depuis 1847, le monde a changé, et bien changé ! Mais le capitalisme est toujours présent : il s’est même renforcé et étendu au monde entier.

    Aujourd’hui un grand nombre de spécialistes et d’experts en tout genre tentent de démontrer que la classe ouvrière n’est plus ce qu’elle était, qu’elle a peut-être même disparue, engloutie sous l’amas des richesses produites, et donc Marx et Engels se seraient trompés dans leur analyse. Mais n’avaient-ils pas constaté que le capitalisme permettait un développement des richesses comme aucun mode de production comme auparavant ?

    Les idéologues de la bourgeoisie affirment que les conditions sociales d’aujourd’hui diffèrent de celles qui existaient en 1789 en France, en 1917 en Russie et en 1949 en Chine, et ils en concluent péremptoirement que l’époque des révolutions est à jamais révolue, et en particulier, que la révolution prolétarienne n’est plus à l’ordre du jour.

    La réalité s’est transformée depuis : c’est là une constatation banale. Mais la conclusion que nous tirons de notre expérience sociale est radicalement inverse : l’exploitation de l’homme par l’homme existe toujours, et s’est même amplifiée sous de nouvelles formes. Aussi, c’est la révolution prolétarienne qu’il convient de préparer activement, dans les conditions françaises du début du XXI° siècle, et c’est cela qui donne un sens à la vie d’un communiste d’aujourd’hui.

    Sans doute, le capitalisme a apporté un semblant de richesses matérielles, encore faut-il constater que ce n’est qu’une infime partie de la population, située surtout dans les pays développés et impérialistes, qui profitent de ces privilèges ! La répartition des biens est par trop inégale, et cette inégalité est ressentie de façon tout à fait injuste. Si, dans certaines régions capitalistes du monde on ne meurt plus de faim, il n’empêche que s’y développe en même temps que la richesse, une exploitation accrue des ouvriers, paysans et employés, sous des formes insidieuses, d’autant plus cruellement ressentie à l’époque des crises cycliques qui frappent tout le système, comme celle qui a commencé en 1974 et dure encore. Et quelle est la pire des misères, si ce n’est celle d’être privé d’emploi, mis au chômage, au milieu de l’amoncellement d’objets de consommation, de se sentir inutile socialement, de trop, et dans l’impossibilité d’accéder à une société où règne la consommation à tout prix, chaque individu pouvant potentiellement être victime de cette « maladie » de la croissance.

    Et encore, à quel prix, certains pays connaissent-ils une abondance tout à fait relative ? C’est au prix d’une exploitation effrénée de régions entières du globe : si dans les pays riches, capitalistes ou dits socialistes, on peut voir les ventres ballottés des bourgeois bien pendants et des aristocrates ouvriers gonflés par le trop plein de bouffe, c’est parce que dans les pays pauvres et colonisés, des millions d’enfants ont le ventre gonflé par le manque de nourriture et meurent de faim. Si les uns engrossent, se gavent de viande plusieurs fois par jour, alimentent le bétail à l’aide de kilos de céréales, et meurent d’obésité, c’est parce qu’à l’autre bout de la chaîne alimentaire, des millions d’habitants de la planète manquent cruellement de ces mêmes céréales.

    Plus qu’au XIX° siècle, la rapine impérialiste de zones entières est organisée rationnellement, avec la bénédiction de tous les profiteurs bourgeois, au nom de la « civilisation », de la « liberté », ou du pseudo-« socialisme ». Pour préserver leurs intérêts, et réaliser un nouveau partage des sphères d’influence correspondant aux nouveaux rapports de force, les bourgeoisies mondiales, dans les pays développés surtout, ont déclenché deux guerres mondiales au XX° siècle. Depuis 1945, le monde n’a jamais connu un seul jour de tranquillité et de paix : toujours quelque part, le canon a tonné, dans des guerres locales, comme en Corée et au Vietnam.

    Aussi, depuis 1847, rien n’est réglé. Les principales thèses du Manifeste du parti communiste demeurent à l’ordre du jour. Le capitalisme est toujours là : il a atteint son apogée, puis le stade pourrissant. Seule la révolution prolétarienne pourra régler les contradictions insolubles dans le cadre du capitalisme. Le monde est gros d’une nouvelle étape, le communisme, qui le débarrassera à jamais de l’exploitation de l’homme par l’homme, et les bâtisseurs de ce nouveau monde sous un nouveau ciel seront les exploités des pays pauvres du tiers monde et des pays riches.

    Mais certains nouveaux philosophes, voulant discréditer le communisme, affirment que le remède est pire que le mal. Selon eux, l’application du marxisme mène au despotisme à l’intérieur d’un pays et à l’impérialisme à l’extérieur. Ils s’appuient sur l’exemple du devenir de l’ex-URSS. Effectivement, les Russes ont réalisé la révolution prolétarienne d’Octobre 1917, et leur pays s’est transformé aujourd’hui en un pays capitaliste et impérialiste.

    Que vaut la démonstration ?

    Les cris hystériques de ces nouveaux penseurs de la bourgeoisie ressemblent à s’y méprendre aux criailleries des émigrés de la noblesse française, qui, après 1789, pestaient contre la violence révolutionnaire du tiers-état, et contre la dictature qu’exerçait la bourgeoisie sur l’ensemble de la société. Le couronnement de Napoléon I°, la restauration de Louis XVIII, sont-ce là des arguments contre la révolution française de 1789 ? Les principes de 1789 renfermaient-ils en eux-mêmes la restauration de la monarchie comme une conséquence inéluctable ? La restauration permet-elle d’affirmer que la réalisation de la révolution bourgeoise de 1789 était inutile ? Bien sûr que non, ou c’est ne rien comprendre à l’histoire : la révolution française était indispensable.

    Puis il y eut un rapport de force, national et mondial, momentanément défavorable à la bourgeoisie, qui l’a obligée à un repli ; mais la conception bourgeoise du monde n’a jamais cessé de progresser au cours du XIX° siècle. Qu’en reste-il des criailleries impuissantes de la noblesse, un siècle après 1789 ? N’est-ce pas les idées de 1789 qui ont finalement triomphé, et la noblesse n’est-elle pas rayée de la surface de la France ?

    Ainsi, au niveau de l’histoire, le temps a une autre dimension qu’au niveau de la vie individuelle. Le « retour en arrière » de l’ex-URSS, vers une forme de barbarie souvent pire que ce qu’offre le capitalisme classique, est un phénomène sans doute inévitable, dont les causes, nationales et internationales, restent à analyser, mais un phénomène passager : il n’empêche que les idées des bolchevicks de 1917 demeurent valables universellement et représentent l’avenir du monde.

    Ce qui est plus à craindre, c’est que la révolution prolétarienne, que nous appelons de tous nos vœux, tarde trop. On raconte que, lors de la Terreur, Babeuf fut effrayé par la violence révolutionnaire en voyant les nobles têtes accrochées aux piques populaires : cette violence était au moins aussi grande que la sauvagerie exercée pendant des années par les classes exploiteuses à l’encontre du peuple, et qui n’avait jamais pu s’extérioriser.

    Biens nantis, vous pouvez avec raison craindre la haine emmagasinée par les affamés et les opprimés ! Elle court, elle court, la violence cachée, et rien, ni vos prisons, ni vos frontières, ni vos camps de concentration, ni vos hôpitaux psychiatriques ne pourront l’empêcher de s’exprimer. Elle est suspendue au-dessus de votre société d’exploiteurs et d’oppresseurs, telle une épée de Damoclès, prête à la faire voler en éclat, et ceci avec d’autant plus de vigueur que vous aurez contenu longtemps cette violence.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    DEUXIEME PARTIE

     

     

     

    LENINE ET STALINE

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    INTRODUCTION

     

    Le problème du pouvoir politique est un problème fort important pour la théorie marxiste-léniniste de la révolution. Les tâches du prolétariat révolutionnaire organisé en parti marxiste-léniniste, consistent à renverser la bourgeoisie et à instaurer le socialisme grâce à la dictature du prolétariat. C’est ici que se manifeste de façon très aiguë la lutte entre les deux voies d’édification du socialisme, la lutte entre la théorie opportuniste, et la théorie marxiste-léniniste. La théorie marxiste-léniniste prend forme et se développe au cours même de la lutte contre la théorie idéaliste de l’opportunisme et du révisionnisme

     

    1)                 LENINE ET LE REVISIONNISME :

     

    La Deuxième Internationale est fondée à Paris en 1889 : elle règne dans le mouvement ouvrier sans rencontrer d’opposition sérieuse. Les partis sociaux-démocrates y sont affiliés. Commence alors une nouvelle période en Europe, qui va de 1872 à 1904, et qui est caractérisée par une accalmie, après la période antérieure, traversée par de nombreuses révolutions (entre autres, en France, la Révolution de 1848, et la Commune de Paris de 1871).

    Cette nouvelle période se caractérise par un développement « pacifique » du capitalisme à l’intérieur des pays « civilisés ». Cette période relativement calme eut pour conséquence le reflux du mouvement révolutionnaire. Cette période est celle de la transformation du capitalisme de concurrence en capitalisme de monopoles. Avec la fin du XIX° siècle apparut définitivement le stade de l’impérialisme : « La majorité des populations des nations du globe (étant dominée) à la faveur d’un capitalisme hautement développé et plus que mûr. ».

    A l’extérieur de l’Europe se développent pendant cette période les guerres pour les conquêtes de colonies en Afrique, en Asie, dans le monde entier. Les rivalités entre les impérialistes acheminent l’Europe et le monde vers la guerre de 1914-1918. Celle-ci voit l’éclatement de la Deuxième Internationale, chacune des sections nationales ayant apporté son soutien à sa propre bourgeoisie impérialiste. La Deuxième Internationale était devenue complètement opportuniste et social chauvine. Qu’est-ce que l’opportunisme ? Lénine en définit ainsi la genèse :

    « La dialectique de l’histoire est telle que la victoire du marxisme en matière de théorie oblige ses ennemis à se déguiser en marxistes. Le libéralisme, pourri à l’intérieur, tente de reprendre vie sous la forme de l’opportunisme socialiste. La période de préparation des forces pour les grandes batailles, ils l’interprètent comme une renonciation à ces batailles. L’amélioration de la condition des esclaves en vue de la lutte contre l’esclavage salarié se fait, selon eux, au prix de l’abandon, pour un sou, par les esclaves, de leur droit à la liberté. Ils prêchent lâchement la « paix sociale » (c’est-à-dire la paix avec l’esclavagisme), la renonciation à la lutte des classes, etc. Ils ont de nombreux partisans parmi les parlementaires socialistes, les différents fonctionnaires du mouvement ouvrier et les intellectuels « sympathisants ». » (87)

    Dans ce texte tiré de l’œuvre de Lénine : Les destinées historiques de la doctrine de Karl Marx est parfaitement résumée l’essence de l’opportunisme qui prend racine dans l’impérialisme.

     

    LA DEUXIEME INTERNATIONALE :

     

    Les opportunistes prêchaient ouvertement l’abandon de la lutte révolutionnaire, la théorie de l’ « intégration du capitalisme dans le socialisme ». Les partis de la Deuxième Internationale étaient atteints d’opportunisme dès avant la guerre de 1914-1918. La Deuxième Internationale se refusait à combattre l’opportunisme ; elle était pour faire la paix avec lui et le laissait se fortifier. En pratiquant une politique de conciliation avec l’opportunisme, la Deuxième Internationale était devenue elle-même opportuniste.

    L’origine de l’opportunisme est, comme le démontre Lénine dans son ouvrage L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, le développement de l’impérialisme même. Quelle est sa base sociale ?

    Avec les profits qu’elle tirait de ses colonies, la bourgeoisie impérialiste des pays avancés achetait systématiquement, grâce à des salaires élevés et autres aumônes, les couches supérieures des ouvriers qualifiés, l’aristocratie ouvrière comme on les appelait.

    C’est de cette catégorie d’ouvriers qu’étaient sortis de nombreux dirigeants des syndicats et des coopératives, des conseillers municipaux et parlementaires, des employés de la presse et des organisations social-démocrates. Au moment de la guerre de 1914-1918, ces gens ont eu peur de perdre leur situation, et sont devenus adversaires de la révolution, et les défenseurs les plus enragés de leur bourgeoisie, de leurs gouvernements impérialistes.

    Comment ce révisionnisme se manifestait-il dans le domaine de la conception du pouvoir politique et du parti du prolétariat ? Les partis sociaux-démocrates étaient socialistes en paroles, mais impérialistes en fait : ils étaient sociaux chauvins. Ils défendaient leur bourgeoisie impérialiste. Ils trahissaient ainsi la conception marxiste du parti internationaliste.

    Les partis sociaux-démocrates n’incitaient pas les masses à la révolution, mais s’appliquaient seulement à suivre leurs aspirations spontanées et proposaient avant tout des réformes pour satisfaire leurs revendications. Ils trahissaient ainsi la conception marxiste du parti ayant pour but le renversement de la bourgeoisie, c’est-à-dire la révolution et la prise du pouvoir.

    Les partis sociaux-démocrates avaient une composition sociale essentiellement petite bourgeoise. Peu de leurs dirigeants venaient de la classe ouvrière, et, quand tel était le cas, il s’agissait d’éléments corrompus déjà achetés par la bourgeoisie. Ils trahissaient ainsi la conception marxiste du parti constitué par l’avant-garde du prolétariat.

    Les chefs des partis sociaux démocrates (Edouard Bernstein, Karl Kautsky, Jules Guesde, Jean Jaurès, …) accordaient au parlementarisme l’essentiel de leurs efforts. Pour justifier leur pratique, ils avançaient toute sorte de justifications allant à l’encontre des principes formulés antérieurement par Marx et Engels. Ils trahissaient ainsi la conception marxiste du parti porteur de la théorie révolutionnaire.

    Ce révisionnisme ancien, anti-marxiste, se manifestait aussi dans le domaine de l’organisation et dans le style des partis sociaux-démocrates. Ainsi, la discipline organisée et librement consentie que préconisent Marx et Engels, dans le but de consolider chaque parti et de renforcer son efficacité, au service du prolétariat, fut complètement abandonnée :

    « Du socialisme, Kautsky prend ce qui est recevable pour les libéraux, pour la bourgeoisie (critique du moyen âge, rôle historiquement progressif du capitalisme en général et de la démocratie capitaliste en particulier) ; il rejette, il passe sous silence, il estompe ce qui dans le marxisme est irrecevable pour la bourgeoisie (violence révolutionnaire du prolétariat contre la bourgeoisie, pour l’anéantissement de cette dernière). Voilà pourquoi, par sa position objective et quelles que puissent être ses conceptions subjectives, Kautsky s’avère inévitablement un laquais de la bourgeoisie. » (88)

     

    LENINE

     

    La faillite de la Deuxième Internationale, et la trahison du prolétariat par les partis sociaux-démocrates, phénomène négatif, entraîne dialectiquement l’apparition de son contraire, le phénomène positif de la fidélité absolue de Lénine et, sous sa direction, du parti ouvrier social-démocrate de Russie, au marxisme. Le léninisme est à la fois la sauvegarde et le prolongement des principes de Marx et Engels, leur enrichissement.

    Si on comprend à quel point les courants révisionnistes de Bernstein et de Kautsky avaient révisé le marxisme, l’on apprécie comme Lénine l’a sauvegardé. Il convient d’apprécier à la fois cette sauvegarde et cet enrichissement du marxisme, devenu marxisme-léninisme, en ce qui concerne le problème fondamental du pouvoir politique et du parti marxiste-léniniste.

     

    2)                 LE MARXISME-LENINISME ET LE REVISIONNISME MODERNE :

     

    Cependant le léninisme a aussi été révisé de nos jours : nous allons voir pourquoi et comment. Mais d’abord, considérons de quel point de vue nous allons analyser le problème du pouvoir politique chez Lénine. Si le léninisme a été révisé, c’est-à-dire vidé de son contenu révolutionnaire et remplacé par un contenu bourgeois, de quel point de vue allons-nous nous placer pour traiter du léninisme ?

    Pour rester fidèle au léninisme, et ne pas se placer du point de vue de ceux qui l’ont révisé, il faut se placer du point de vue des intérêts du prolétariat révolutionnaire, donc du point de vue du parti du prolétariat et de la perspective de la révolution prolétarienne en France. Mao Tsé-toung a écrit : « La vérité, c’est la pratique ». Ceci permet d’échapper, à deux défauts : le dogmatisme et le sectarisme, car : « Il ne saurait y avoir de dogmatisme là où le critère suprême et unique de la doctrine est dans sa correspondance avec le processus réel du développement économique et social ; il ne saurait y avoir de sectarisme quand il s’agit de contribuer à l’organisation du prolétariat, et que, par suite, le rôle des « intellectuels » consiste à rendre inutile l’existence de dirigeants spécialisés, intellectuels. » (89)

     

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