• La dictature du prolétariat (7)

     Dans le premier cas, c’est du socialisme, dans le second cas, même si les moyens de production n’appartiennent plus à des personnes privées, c’est encore du capitalisme. Evidemment, Marx et Engels ne pouvaient entrevoir cette conclusion, car ils ignoraient l’expérience concrète du capitalisme d’Etat, tel qu’il s’est manifesté notamment en Union Soviétique, après la mort de Staline en 1953.

     

    QUEL EST LE PROGRAMME DES COMMUNISTES ?

     

    a-                 Le premier point de ce programme, c’est l’abolition de la propriété privée.

    Il ne faut pas être abstrait et parler de la propriété en général. Si l’on traite le problème de l’abolition de la propriété, que peut-on en dire ?

    L’abolition de la propriété privée n’est pas un fait nouveau dans l’histoire, car le régime de propriété a sans cesse évolué. Par exemple : la propriété, à l’origine, n’existait pas. Ou bien encore : la bourgeoisie a contribué à supprimer la propriété de type féodal en 1789, en France, pour implanter la propriété bourgeoise que nous connaissons encore à l’heure actuelle. Et que supprime le communisme ? C’est la propriété bourgeoise.

    Dans notre société, qui repose sur les mêmes principes généraux qu’à l’époque de Marx et Engels, il existe deux types de propriété :

    ·                    D’une part, la propriété personnellement acquise, fruit du travail de l’individu.

    ·                    D’autre part, la propriété acquise par le vol d’autrui.

    C’est la seconde forme qui caractérise le mieux le capitalisme : le bourgeois capitaliste vole la plus-value à l’ouvrier. Quant à l’idée que le travail génère la richesse, produit de la propriété, elle est de moins en moins vraie : la preuve c’est que la plus grande partie des travailleurs s’escriment toute leur vie, et sont parfois plus démunis à la fin qu’au début de leur existence (ils épuisent leur force physique ou intellectuelle à la reproduction et à l’accumulation du capital).

    Qui vole la propriété ? Au cours du développement historique, les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. La propriété, base de la liberté et de toute activité, cette idée est vraie dans un système donné, dans certaines circonstances historiques, pas dans d’autres. Dans un système différent, il est possible de trouver (de créer) au travail humain d’autres motivations que la seule recherche et accumulation de propriété et de richesses : ces motivations peuvent être le service d’autrui, les réponses aux besoins sociaux. Ceci d’autant plus que le travail ouvrier, créateur de toutes les richesses, ne produit pas la propriété, mais enrichie le capitaliste non productif.

    Sans cesse, dans le système capitaliste, la bourgeoisie accapare les biens des petits propriétaires (artisans et paysans) et des bourgeois les moins compétitifs : elle exproprie les richesses de ces couches sociales. C’est pourquoi la bourgeoisie – une extrême minorité – sera à son tour expropriée par l’immense majorité, ceci à l’issue du conflit aigu entre TRAVAIL et CAPITAL.

    Il s’agit d’abolir une propriété bourgeoise qui n’existe que dans la mesure où les neuf dixièmes de la société sont expropriés. Un capitaliste peut être bon, philanthrope, humaniste. Mais il n’empêche que, de par sa nature, il exploite les ouvriers, sinon il nie sa propre nature – et se « suicide », disparaît en tant que capitaliste.

    L’ensemble du capital social appartient presque exclusivement à la classe capitaliste : le lien juridique qui lie le capital à la bourgeoisie est fortement ancré dans toutes les consciences, et il est défendu dans la réalité, par l’Etat bourgeois (armée, police, justice, éducation). Mais en fait, l’exploitation de ce capital est mise en œuvre par tous les membres de la société. L’objectif de la révolution prolétarienne est de rétablir (d’établir pour la première fois dans l’histoire ?) cette réalité, de résoudre la contradiction : d’une part, le capital appartient en titre à une petite minorité, les capitalistes, d’autre part, le capital est exploité en fait par tous les membres de la société.

    Les moyens de production appartiennent aujourd’hui à une classe privilégiée : après la révolution prolétarienne, ils appartiendront à la société. En fait, cette révolution prolétarienne n’exproprie personne, car c’est les travailleurs qui, par leur labeur depuis des générations, ont créé ces richesses et mille fois remboursé la valeur de celles-ci.

    Les moyens de production seront donc collectivisés (c’est-à-dire rendus à la communauté) afin d’empêcher tout retour à l’exploitation de l’homme par l’homme par l’intermédiaire de ces moyens de production. Mais il n’en sera pas ainsi pour les biens de consommation, qui appartiendront aux travailleurs individuels : « Nous ne voulons absolument pas abolir cette appropriation personnelle des produits du travail, indispensable à la reproduction de la vie du lendemain, cette appropriation ne laissant aucun profit net conférant un pouvoir sur le travail d’autrui. » (68)

     

    b-                 Le second point du programme communiste, c’est l’abolition de la liberté bourgeoise.

    Encore une fois, on ne peut parler de la liberté en général, en faisant abstraction des conditions concrètes, historiques, de la réalisation, de cette liberté. La liberté, comprise au sens bourgeois, constitue un progrès par rapport à ce que pouvait offrir le moyen âge. La liberté, au sens bourgeois, c’est la liberté d’entreprise, c’est-à-dire la liberté d’exploiter le travail des ouvriers. Cette liberté est réactionnaire par rapport à la liberté prolétarienne.

    Marx et Engels parlent de la suppression de la personne bourgeoise. De quoi s’agit-il ? S’agit-il de la suppression physique et immédiate de tous les éléments d’une classe sociale ? Non bien sûr, c’est là une déformation dogmatique du marxisme. Il s’agit, en changeant la société, de supprimer le type humain, tel qu’il existe, sous sa forme bourgeoise. Les bourgeois concrets et vivants seront eux-mêmes rééduqués, c’est-à-dire qu’ils devront vivre de leur propre travail, et non plus de l’exploitation du travail d’autrui. Bien sûr, il faudra pendant un certain temps exercer sur cette classe (jusqu’à sa disparition en temps que classe) une dictature, afin de l’empêcher de rétablir son paradis perdu, et de faire tourner la roue de l’histoire à l’envers. Mais si, au cours du socialisme, on enlève à tous les individus faisant partie de la classe bourgeoise la possibilité de retrouver les anciens privilèges, par contre, ils bénéficient, comme tous les individus de la société, des mêmes droits (droit au travail en particulier, et possibilité de vivre des produits de leur travail, de consommer les produits obtenus grâce à ce travail, droit à la santé, etc.) : « Le communisme n’enlève à personne le pouvoir de s’approprier des produits sociaux ; il n’ôte que le pouvoir d’asservir à l’aide de cette appropriation le travail d’autrui. » (69).

    Un caractère commun entre la bourgeoisie et les classes exploitantes antérieures (maîtres d’esclaves, nobles) est qu’elle aussi s’imagine fermement que son système social et ses valeurs morales sont les seuls possibles et sont donc éternels : la bourgeoisie cherche à inculquer cette idée à tout le peuple afin de l’empêcher d’envisager toute transformation de la société.

     

    c-                 Le troisième point du programme communiste est l’abolition de la famille.

    Qu’est-ce que la famille ? Encore une fois, le débat est faussé et tronqué par l’idéologie bourgeoise qui, en particulier, s’acharne à dénaturer la position des communistes sur ce problème également. Il ne s’agit pas de supprimer la famille dans l’absolu. Ce qu’il faut abolir, c’est la famille bourgeoise qui est la cellule de base de la société capitaliste, sans préjuger de ce par quoi cette institution sera remplacée dans le communisme. La famille bourgeoise est à la fois une créature du système capitaliste, et elle contribue à reproduire les conditions d’existence de ce système : c’est pourquoi elle disparaîtra en même temps que ce système.

    La famille n’est pas une entité abstraite et éternelle, mais c’est une création de l’histoire humaine.

    La famille a une histoire : elle n’a pas toujours existé. Dans le communisme primitif, les rapports sexuels étaient épisodiques, il n’y avait pas de rapports permanents entre tel homme et telle femme. Tous les hommes aimaient toutes les femmes et réciproquement. Il y avait communauté des enfants, et la propriété de l’homme sur la femme et les enfants était absente.

    Quand la famille est née, sa conception a varié d’une société à l’autre, d’une époque à l’autre. Elle a varié aussi d’une clase sociale à l’autre. Ainsi, il y a une grande différence entre la famille féodale –telle qu’elle est critiquée par Molière dans ses pièces de théâtre – qui se caractérise par l’autorité absolue du père sur ses enfants et sa femme, le mariage arrangé par les parents, et la famille bourgeoise. La famille bourgeoise est née, s’est développée avec la classe bourgeoise, elle en porte les caractères, et elle disparaîtra avec la bourgeoisie.

    Quelle est la base de la famille bourgeoise ? C’est l’argent.

    Dans les sphères de la bourgeoisie, on marie deux comptes en banque. Les sentiments ont un caractère de classe et l’ « amour » pur, entre deux individus de classes différentes, entre le roi et la bergère, n’existe que dans les romans.

    Pour le prolétariat, la famille existe à peine : après dix heures – et parfois plus – de travail par jour, la fatigue physique et psychologique se fait senti, et mine la vie de couple. Le mari et la femme ont à peine le temps de se connaître. Pour eux, les enfants sont comme des étrangers.

    Quels rapports les membres d’une même famille prolétarienne entretiennent-ils entre eux ? Les enfants sont exploités par les patrons et par les parents et forcés de travailler à l’usine pour apporter un complément de salaire. De même, les femmes sont exploitées par les hommes : contraintes de travailler à la fabrique, elles doivent en plus fournir un travail domestique !

    C’est dans la famille que se reproduisent d’abord les rapports de classe, qui sont intériorisés par chaque individu : le père représente l’aspect dominant exploiteur, la mère et les enfants, l’aspect dominé, exploité.

    Quel sort est réservé à la femme ?

    Dans le capitalisme coexistent deux types de prostituées, la prostituée de passage, que l’on paie, et l’épouse, prostituée permanente, entretenue.

    Dans la société bourgeoise, il n’y a pas des rapports entre individus responsables, entre les hommes et les femmes, mais des rapports entre les choses : les individus sont traités comme des objets (c’est la réification) (70).Par exemple, les enfants sont traités comme des instruments de travail, de production de valeurs, permettant d’augmenter la plus-value, et les femmes comme des instruments de (re) production. Le capitalisme ne s’intéresse à l’individu que sous l’angle de la productivité, et nie purement et simplement toutes les autres facettes du caractère et de la personnalité : tout ce qui n’est pas monnayable n’existe pas. Les richesses sociales ne sont pas créées pour répondre aux besoins et aux plaisirs des membres de la société, mais inversement, les individus n’existent que pour produire ces biens et services au profit d’une minorité de privilégiés, qui n’existent que comme supports de la propriété privée. Les enfants ne sont que les moyens offerts par la nature pour transmettre cette propriété privée par l’héritage. Bien sûr, il convient de préciser que les communistes ne s’opposent pas, par principe, au travail manuel féminin, ou des enfants, en général, mais ils s’opposent au travail dans les conditions dans lesquelles il s’exerce dans le système capitaliste.

    La communauté des femmes a toujours existé pour la bourgeoisie : celle-ci tient un double langage, distinguant d’une part, les femmes « dignes », d’un bon milieu, que l’on épouse, et d’autre part, les femmes « faciles », avec lesquelles on s’amuse et on « fait » l’amour, ce que permet l’argent (adultères avec les femmes mariées, les épouses des autres bourgeois, et avec les femmes et les filles des prolétaires) : ceci constitue la prostitution non officielle qui fait que, potentiellement, les corps de toutes les femmes appartiennent à la classe capitaliste dans son entier et pourront être « exploitées » et mis à profit par les bourgeois. A cela s’ajoute la prostitution officielle, déclarée, pure et simple. Ainsi, les discours lénifiants sur la famille, la sainteté du mariage, sur la chasteté et la virginité prénuptiale, ne sont que pure hypocrisie des clercs, chiens couchants du capital.

    En fin de compte, quand on parle d’abolition de la famille, qu’est-ce qu’il s’agit de supprimer ?

    C’est la valeur « famille bourgeoise » comme idéal ! Cet idéal est mis à mal, et même supprimé de fait par la bourgeoisie, pour la plus grande partie de la société. Cette « famille » n’existe pas pour le peuple, cet idéal est irréalisable pour lui étant donné ses conditions de vie matérielle et spirituelle. Dans le milieu bourgeois, il y a discordance totale entre le discours moralisateur sur la famille et la réalité vécue de celle-ci. Il s’agit donc de supprimer quelque chose qui n’a plus que l’existence d’un fantôme, d’une institution morte, mais qui néanmoins demeure un idéal envahissant.

    L’éducation, dans le socialisme, ne se fera plus par la famille, mais par la société : on remplacera les conditionnements bourgeois par d’autres, plus en rapport avec la nature humaine contemporaine, et le niveau actuel des forces productives, et qui épanouiront plus l’individu. S’il est impossible de deviner ce que seront les structures de base de la société communiste, la famille sous sa forme socialiste continuera sans doute à subsister pendant une certaine période après le capitalisme, à côté d’autres expériences sexuelles, affectives, communautaires, entre individus.

     

    d-                 Le quatrième point du programme communiste, c’est l’abolition de la patrie et de la nationalité. ;

    La nation est une création bourgeoise : les nations sont nées et se sont développées en même temps que la bourgeoisie. Les luttes entre les diverses nations sont souvent des luttes entre les bourgeoisies des divers pays, et les travailleurs n’y ont aucun intérêt : ils servent de chair à canon.

    « Les ouvriers n’ont pas de patrie » (71) car l’exploitation est la même partout. L’objectif du prolétariat mondial est, à long terme, la suppression des frontières entre les différents pays. A court terme, l’objectif de chaque prolétariat est de lutter contre sa propre bourgeoisie, et en ce sens là, les ouvriers sont patriotes : ils doivent se débarrasser de leur bourgeoisie nationale, et combattre l’exploitation d’autres peuples par leur propre bourgeoisie : « Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme, et vous abolissez l’exploitation d’une nation par une autre. » (72).

    Souvent les luttes nationales, les luttes d’une nation pour sa libération lorsqu’elle est occupée et opprimée par une nation plus forte, contribuent à l’avancée vers le socialisme.

     

    e-                 Le cinquième point du programme communiste est l’abolition des mœurs et des idées politiques, philosophiques et religieuses de la bourgeoisie.

    Il s’agit d’une révolution culturelle accompagnant la révolution socialiste. C’est là une évidence : au cours de l’histoire humaine, les conditions matérielles n’ont cessé de se transformer, et il en est de même des conditions spirituelles. Ainsi que l’affirment Marx et Engels : « Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante. » (73).

    Qu’est-ce que cela signifie ?

    Dans chaque formation sociale, les idées dominantes sont les idées du mode de production dominant. Par exemple dans le mode de production féodal, les idées dominantes sont les idées féodales (les idées exprimées par le système religieux et philosophique de Thomas d’Aquin (74) par exemple). La société est divisée en classes sociales. Chaque classe sociale a ses propres idées et sa propre « culture ». Ainsi, dans le mode de production féodal existent les idées féodales – dominantes – et également, entre autres, les idées bourgeoises et les idées des serfs. En général, les autres systèmes d’idées, les autres conceptions du monde, sont inféodés, critiqués, rejetés dans la clandestinité, les tenants de ces idées s’opposant aux points dominants sont persécutés.

    Les idées se figent et deviennent des forces matérielles : elles peuvent soit défendre le passé (sous forme d’institutions surtout) soit annoncer l’avenir, préparer le terrain (sous forme d’idéologies surtout). Ainsi, au cours du moyen âge, les idées bourgeoises prennent de plus en plus de poids au fur et à mesure du développement économique de la bourgeoisie, et préparent activement dans les esprits le mouvement de 1789 et la construction d’une société nouvelle.

    Les idées ne sont pas éternelles : elles varient, elles sont relatives à chaque système social. Il en est ainsi des idées de « propriété », de « liberté », de « famille », etc. La conscience sociale varie. Néanmoins il existe des formes générales (non éternelles) : ainsi, il y a une certaine « continuité », une ressemblance entre la famille esclavagiste, la famille féodale et la famille bourgeoise, et ce point commun, c’est que ces trois types de familles se situent dans une société de clases.

    Mais il est certain que, du point de vue des idées aussi, l’objectif des communistes est de réaliser une rupture radicale avec la période bourgeoise, car le but final à atteindre est la suppression des classes sociales, et pour y parvenir, il est nécessaire d’utiliser la violence révolutionnaire ; ce dont il s’agit, ce n’est ni plus ni moins que « la violation despotique du droit de propriété du régime bourgeois de production. » (75). A un moment donné, quand les conditions objectives et subjectives du changement social sont mûres, l’usage de la violence est indispensable, car les anciennes classes dominantes refuseront toujours d’abandonner leurs privilèges sans combattre : c’est une lutte à mort, dont le résultat sera l’instauration d’une société sans classes sociales, au service de l’immense majorité.

    « Le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre. » (76).

    Marx et Engels présentent dix mesures qui devraient permettre d’ « arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie » (77), principes généraux, valables universellement, mais dont l’application pratique peut varier selon les pays et qui concernent au premier chef les pays avancés d’Europe. Mais selon les aveux ultérieurs des auteurs eux-mêmes, il ne faut plus accorder trop d’importance à ce programme en dix points, valable surtout en 1848, si un parti ouvrier avait pu s’emparer du pouvoir politique dans un pays industrialisé.

    Le premier point de ce programme concerne la terre, la propriété foncière. La terre serait nationalisée et attribuée à ceux qui la travaillent. Ceci permettrait d’écarter les exploiteurs et de développer une agriculture rationnelle et scientifique. La petite production (petits paysans) outre qu’elle engendre à tout moment le capitalisme, est profondément irrationnelle : elle freine le développement d’une agriculture moderne à tous les niveaux (dispersion de l’engrais, des machines, etc., et gaspillage).

    Les points suivants combattent et visent à limiter les aspects rétrogrades du capitalisme, quant à l’impôt et à l’héritage. L’ensemble des moyens de production, le crédit, les moyens de transport seront centralisés dans les mains de l’Etat nouveau, et les biens des émigrés et rebelles seront confisqués : c’est là une réminiscence de la révolution française de 1789.

    La planification (78) se substituera à l’anarchie de la production en système capitaliste : dans le capitalisme, la production est organisée au niveau de l’entreprise, mais non au niveau de toute la société, d’où des crises et des gaspillages. Dans la nouvelle société, chacun devra vivre de son propre travail, et non plus de l’exploitation du travail d’autrui, et il s’agira afin d’empêcher le retour de l’ancien état de chose, d’aller constamment vers la suppression des contradictions entre ville et campagne, travail intellectuel et travail manuel (79), par des mesures appropriées.

    On peut constater que ce programme est effectivement limité, inconséquent, et ceci est dû à une lacune théorique : quand ils rédigeaient le Manifeste, Marx et Engels n’avaient pas encore une conception claire de l’Etat (est-il possible de s’emparer de l’Etat tel qu’il existe pour le faire fonctionner au profit de la majorité de la société, ou bien faut-il détruire l’Etat capitaliste et construire un Etat de type nouveau, prolétarien et socialiste ?).

    Le simple fait de centraliser et de nationaliser les moyens de production ne débouche pas forcément sur un système socialiste : au contraire, cela peut déboucher sur un capitalisme d’Etat, c’est-à-dire l’ensemble d’une classe sociale (formée d’anciens ou de nouveaux bourgeois) peut être collectivement propriétaire de l’essentiel des moyens de production et les exploiter à son profit, sur le dos de l’ensemble des masses laborieuses. C’est pourquoi, ce qui est au cœur du problème, c’est de savoir qui (quelle classe sociale ?) détient réellement le pouvoir politique ? Est-ce la classe ouvrière ou la classe bourgeoise ? Dans le premier cas, c’est du socialisme, dans le second cas, même si les moyens de production n’appartiennent plus à des personnes privées, c’est encore du capitalisme. Evidemment, Marx et Engels ne pouvaient entrevoir cette conclusion, car ils ignoraient l’expérience concrète du capitalisme d’Etat, tel qu’il s’est manifesté notamment en Union Soviétique, après la mort de Staline en 1953.

     

     

     

     

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