• La dictature du prolétariat (21)

    « La force de l’habitude chez les millions et les dizaines de millions d’hommes est la force la plus terrible. Sans un parti de fer, trempé dans la lutte, sans un parti jouissant de la confiance de tout ce qu’il y a d’honnête dans la classe en question, sans un parti sachant observer l’état d’esprit de la masse et influer sur lui, il est impossible de soutenir cette lutte avec succès. Celui qui affaiblit tant soit peu la discipline de fer dans le parti du prolétariat (surtout pendant sa dictature) aide en réalité la bourgeoisie contre le prolétariat. »

     

    1)                  LA SITUATION INTERNATIONALE

     

    Qu’est-ce que notre époque ? La bourgeoisie se plaît parfois à parler d’accélération de l’histoire, accumulant à plaisir les conquêtes technologiques et scientifiques. Le prolétariat parle d’accélération de la révolution et il observe ce qui se passe :

    ·                     1917 : les peuples de Russie secouent le joug tsariste, et créent le premier « Etat soviétique ». Ils sont rejoints en 1945 par de nombreux peuples d’Europe centrale.

    ·                     1949 : le peuple chinois a fait sa révolution ; depuis il n’est pas un peuple qui n’entreprenne sa lutte contre l’ennemi commun.

     

    Depuis 1917, l’histoire s’accélère dans cette époque qui est encore la notre, celle de l’impérialisme agonisant,

    « L’époque historique, dit Mao Tsetoung, où dans le monde entier le capitalisme et l’impérialisme courent à leur perte, où dans le monde entier le socialisme et la démocratie populaire marchent à la victoire. »

    A l’issue de la Révolution d’Octobre 1917, Lénine a indiqué :

    « La journée de demain, dans l’histoire mondiale, sera justement celle du réveil définitif des peuples opprimés par l’impérialisme et du commencement d’une longue et âpre bataille pour leur affranchissement. »

    Ce grand jour est là, et les peuples sont effectivement entrés en lutte. Parmi eux, ceux d’Asie, d’Afrique, et d’Amérique latine combattent en premières lignes, car, dans cette zone du monde, convergent les contradictions du monde contemporain : la contradiction qui oppose nations opprimées et impérialisme, la contradiction qui oppose prolétariat et bourgeoisie dans les pays capitalistes, la contradiction qui oppose les pays capitalistes entre eux, et la contradiction qui oppose l’impérialisme et le socialisme.

    L’époque qui commence avec Octobre 1917 reste notre époque ; et l’essence de l’impérialisme reste « la rivalité de plusieurs grandes puissances tendant à l’hégémonie » (Lénine).Mais les chefs de file de l’impérialisme ont changé.

    L’impérialisme britannique qui contrôlait un empire où « jamais le soleil ne se couchait », est relégué au second rôle ; l’impérialisme hitlérien a été décapité par le gigantesque effort des peuples, l’Union soviétique en tête. A partir de la mort de Staline, il y a eu deux chefs de file : l’impérialisme américain et le social-impérialisme soviétique.

    Sorti considérablement renforcé de la seconde guerre mondiale, l’impérialisme américain a jeté ses tentacules sur le monde entier pour le dominer. Après trente années, il a dû baisser pavillon, sans toutefois cesser de tenter son rêve d’hégémonie mondiale. Affaibli économiquement (sa part dans la production industrielle mondiale est passée de 53,3 % à 32,4 %, et les exportations de 41,3% à 16 % de 1948 à 1970) l’impérialisme américain est atteint sur le plan politique. Cette situation de déclin confirme l’analyse de 1947 de Mao Tsetoung :

    « Le boom du temps de guerre aux Etats-Unis n’est que temporaire. Leur puissance n’est que superficielle et passagère. Des contradictions irréconciliables tant à l’intérieur que sur le plan international menacent quotidiennement comme un volcan l’impérialisme américain ? L’impérialisme américain est assis sur un volcan. » (216)

    Le social-impérialisme est nouveau venu sur le plan international. Reniant la ligne prolétarienne, les révisionnistes ont transformé le premier Etat socialiste en un nouvel Etat impérialiste, qui renoue avec l’impérialisme des anciens tsars. C’est un impérialisme qui use des mots du socialisme et de l’amitié pour mieux dominer.

     

    2)                  BOURGEOISIE NATIONALE ET BOURGEOISIE COMPRADORE

     

    L’impérialisme, c’est la guerre. Il n’a, malgré les revers subi, pas changé de nature : c’est la course au profit maximum, l’expansion économique suivie de l’expansion militaire. C’est là une loi objective indépendante de la volonté des hommes. « La guerre est la continuation de la politique » (Clausewitz) : sans indépendance militaire, pas d’indépendance politique, et donc pas d’indépendance économique.

    Par exemple, la politique étrangère et militaire française comporte deux aspects : d’une part la conquête et la défense de zones d’influence dans le monde et notamment en Afrique et Méditerranée, d’autre part la défense nationale proprement dite.

    Pour ce qui est du premier aspect, il convient de le condamner sans réserve au nom de l’internationalisme prolétarien. Il convient, en leur accordant toute confiance, de soutenir sans réserve les peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, victimes de l’impérialisme, du colonialisme et du néo-colonialisme français.

    Le second aspect de la politique militaire du gouvernement des monopoles capitalistes, est la prétention de s’opposer au contrôle, aux brimades et au pillage des superpuissances : en paroles la bourgeoisie monopoliste se présente comme soucieuse de l’indépendance nationale. Mais la fraction, de la bourgeoisie compradore, la bourgeoisie monopoliste est étrangère à la nation. D’une part, elle défend ses profits, mais d’autre part elle n’est pas prête à affronter un éventuel agresseur. Le « patriotisme » bourgeois s’est confondu bien vite en France, immédiatement après la Révolution de 1789, avec le chauvinisme : il a servi jusqu’en 1918 à tromper le peuple, à faire combattre le peuple pour défendre les intérêts sordides de la bourgeoisie impérialiste.

    Le patriotisme est inséparable de son contenu de classe : patriotisme bourgeois, ou patriotisme prolétarien.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    CHAPITRE VIII

     

     

     

    LA DICTATURE DU PROLETARIAT

     

     

     

    « La question de la dictature du prolétariat est la question essentielle du mouvement ouvrier moderne dans tous les pays capitalistes. » Lénine

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    1)                  LA DICTATURE

     

    A)                HISTOIRE DE LA QUESTION DE LA DICTATURE

     

    Pour approfondir la question de la dictature, il convient d’en connaître l’histoire. D’abord, à l’échelle internationale, l’histoire de la doctrine de la dictature révolutionnaire en général, et de la dictature du prolétariat en particulier, coïncide avec celle du socialisme révolutionnaire et plus précisément, avec celle du marxisme. Ensuite, et c’est le plus important, l’histoire de toutes les révolutions de la classe opprimée et exploitée contre les exploiteurs est la source principale de renseignements et de connaissances sur la question de la dictature.

    L’histoire universelle démontre la nécessité de la dictature de toute classe révolutionnaire pour remporter la victoire, féodaux contre esclavagistes, capitalistes contre féodaux, prolétariat contre capitalistes. Toute chose, toute société naît, se développes et meurt. Lorsque apparaît un nouveau processus social, il est d’abord en germe : il est encore faible. Lorsque disparaît un ancien processus, il est en agonie : il a encore une certaine force, et il est encore dangereux, d’autant plus qu’il est destiné à disparaître. La dictature de la classe révolutionnaire doit permettre de protéger, de défendre et de développer le nouveau contre l’ancien.

    Sur plan de la Russie, du point de vue théorique, le programme du P.O.S.D.R. (Parti ouvrier social-démocrate de Russie) élaboré en 1902-1903, avait posé la question de la dictature du prolétariat, et cela en liaison avec la lutte contre l’opportunisme (l’opportunisme de Bernstein). Mais ce qui est beaucoup plus important, c’est évidemment la façon dont la question de la dictature du prolétariat s’est posée lors de l’expérience de la révolution de Russie en 1905. Octobre, novembre, décembre, furent une période de lutte marquée par l’emploi simultané des deux moyens les plus puissants : la grève politique et l’insurrection armée. Ces deux formes de lutte ont posé par elles-mêmes l’ordre du jour de la question du pouvoir révolutionnaire et de la dictature, car :

    ·                     ces deux formes de lutte aboutissaient inévitablement, d’abord sur le plan local, à l’expulsion des anciennes autorités, à la prise du pouvoir par le prolétariat et les classes révolutionnaires, parfois à l’occupation d’usines, etc.

    ·                     la lutte révolutionnaire de masse de cette période fit surgir des organisations jusqu’alors inconnues dans l’histoire universelle, telles les Soviets de députés ouvriers, puis des Soviets de députés soldats, des Comités paysans, etc.

     

    Lénine et les bolcheviks ont minutieusement analysé ce phénomène nouveau. Ils ont souligné que les Soviets de députés ouvriers « constituent en fait l’embryon du nouveau pouvoir révolutionnaire » et que si « ce qu’il y a de nouveau dans ce type de démocratie était encore chaotique et disparate », si ses tâches et sa structure étaient encore à définir, il n’en restait pas moins que « ce qui constitue son âme vivante c’est le passage du pouvoir aux mains des travailleurs, l’abolition de l’exploitation et de l’appareil coercitif. »

    Quant aux mencheviks, courant opportuniste de la social-démocratie de Russie, ils reconnaissaient l’importance des Soviets. Ils étaient d’accord pour « contribuer à leur formation », etc. mais ne les considéraient pas comme l’embryon du pouvoir révolutionnaire, ne parlaient pas en général d’un « nouveau pouvoir révolutionnaire », de ce type ou d’un type similaire, et rejetaient délibérément le mot d’ordre de dictature. En fait, ceci montre que les mencheviks reconnaissaient la dictature du prolétariat en paroles, mais qu’en fait ils répudiaient ce qu’il y a d’essentiel et de fondamental dans la notion de révolution. Ils se révèlent par leur façon de poser le problème, des opportunistes, représentants et propagateurs de l’influence de la bourgeoisie libérale au sein du prolétariat.

    Quand la révolution devient inévitable, ses adversaires commencent à la « reconnaître ». Mais en « reconnaissant » la révolution et en refusant en même temps d’admettre la dictature d’une classe déterminée (ou de plusieurs classes déterminées), ils révèlent précisément leur opportunisme. En effet, quand la révolution est déjà devenue une force indiscutable et certaine, quand les libéraux eux-mêmes la « reconnaissent », quand les classes dirigeantes non seulement constatent, mais sentent la puissance montante des masses opprimées, toute la question consiste alors à définir exactement la révolution d’UN POINT DE VUE DE CLASSE. Or sans la notion de dictature, il n’est pas possible de donner cette définition précise d’un point de vue de classe. Sans la préparation de la dictature, il est impossible d’être révolutionnaire en fait.

    Par exemple, la grande Révolution française de 1789 est la prise du pouvoir de la classe bourgeoise contre la noblesse : c’est une révolution bourgeoise qui inaugure la dictature de la bourgeoisie. De même, la Révolution d’Octobre 1917 en Russie est la prise du pouvoir de la classe prolétarienne et de ses alliés contre la bourgeoisie capitaliste et impérialiste : c’est une révolution prolétarienne qui inaugure la dictature du prolétariat.

    Prenons un autre exemple qui illustre les enseignements que Lénine et les bolcheviks ont tiré de l’expérience de la Révolution russe de 1905 et de la façon de poser la question de la dictature propre aux opportunistes mencheviks : les révisionnistes français du Parti « communiste » français sont des gens capables d’admettre la dictature en paroles, mais incapables de la préparer dans les faits. Ils ont démasqué leur véritable nature d’opportunistes lors du mouvement de masse de Mai 1968. Ce mouvement avait pris une ampleur pouvant imposer des changements révolutionnaires s’il avait bénéficié de la direction d’un parti révolutionnaire prolétarien, d’un parti de type nouveau, marxiste-léniniste. Les révisionnistes ont jeté deux fois une bouée de sauvetage à la bourgeoisie : la première fois, le 22 mai, les révisionnistes de la C.G.T., imposant leur point de vue aux réformistes de la C.F.D.T., se déclaraient prêts « à prendre part à de véritables négociations sur les revendications essentielles des travailleurs ». Ce furent les accords de Grenelle. La seconde fois, le même jour, Waldeck Rochet, secrétaire général du P « C » F, déclarait, afin de « légaliser » le fait que le « pouvoir gaulliste avait fait son temps, qu’il ne répondait plus aux exigences du moment et devait donc s’en aller, la parole devait être donnée au peuple ». A la violence de classe, en plein développement dans tout le pays, le dirigeant révisionniste proposait de substituer le recours à de nouvelles élections : il opposait la voie « pacifique » à la voie révolutionnaire. La bourgeoisie capitaliste discerna l’avantage décisif qu’elle pouvait tirer de ces propositions avancées et formulées sous le signe de sa propre idéologie et dans le respect de ses institutions de classe. Ainsi, l’initiative des révisionnistes aboutit-elle à freiner, puis stopper, enfin repousser le mouvement ouvrier, enfin à trahir les intérêts du prolétariat et des travailleurs aux accords de Grenelle.

    Ceci montre que les révisionnistes refusent – aussi bien du point de vue théorique, que du point de vue de la propagande et de la direction politique pratique – d’envisager la révolution en France du point de vue de la classe prolétarienne, ceci en posant clairement et nettement la question de la dictature du prolétariat. C’est en fait parce qu’ils ont définitivement renoncé à la révolution prolétarienne et à la dictature du prolétariat, qu’ils ont renoncé au marxisme-léninisme en général. C’est là que gît le lièvre : ils ne se réclament plus du léninisme que du bout des lèvres pour mieux tromper les masses des travailleurs. L’un de leur argument pour faire l’économie du concept de « dictature » est le fait que depuis la « dictature » hitlérienne en Allemagne, il risque d’y avoir confusion aux yeux des gens. Mais cet argument même montre leur nature de valets de la bourgeoisie, qui considèrent la « dictature en général », qui refusent de faire une analyse de classe de la dictature.

    La bourgeoisie capitaliste peut avoir recours à certains moments (luttes de classes très aiguës, crise politique et économique grave menaçant les profits de la bourgeoisie) à une domination de type fasciste. Le fascisme est une forme de la dictature de la bourgeoisie ; la démocratie bourgeoise est une deuxième forme de dictature bourgeoise. Ce qui différencie la première de la seconde, c’est d’une part, le recours permanent à la violence réactionnaire contre les classes exploitées, et d’autre part, l’accaparement du pouvoir par la fraction la plus réactionnaire de la bourgeoisie. La contradiction essentielle oppose la dictature bourgeoise et la dictature prolétarienne. Mais comme nous l’avons vu, en fait, les révisionnistes ont renoncé à la dictature du prolétariat, à la révolution prolétarienne et en définitive, à la lutte de classe. Ils ont renoncé à la lutte de classe la plus développée, celle qui se place résolument dans le domaine de la politique, et qui va à l’essentiel dans ce domaine ; c’est-à-dire l’organisation de l’Etat. Lorsque certains révisionnistes, trotskystes ou autres, parlent de « lutte des classes », ils entendent par là, qu’ils en soient conscients ou non, quelque chose de tronqué, de falsifié, quelque chose de parfaitement tolérable pour la bourgeoisie libérale.

     

    B)                DEFINITION DE LA DICTATURE ET DE LA DICTATURE DU PROLETARIAT

     

    « La dictature est un pouvoir qui s’appuie directement sur la violence et n’est lié par aucune loi. » (217)

    Pour l’opportunisme, « dictature » signifie conquête « pacifique » de la majorité sous la direction de la bourgeoisie ; « dictature » ne signifie pas pour eux violence révolutionnaire. L’opportunisme a besoin de présenter ainsi la dictature, afin de faire disparaître la violence révolutionnaire, la révolution violente. Tel était le cas des « chefs » de la Deuxième Internationale, comme Kautsky, serviteur de la bourgeoisie, tel est le cas des révisionnistes modernes, au service de la bourgeoisie.

    Mais voyons les faits : croire à l’abandon « pacifique » du pouvoir, des moyens de production de la bourgeoisie capitaliste, extrême minorité, aux mains des travailleurs, large majorité, est une illusion, que l’on en soit conscient ou non, criminelle. Que l’on soit trompé ou non, puisque l’on cherche à tromper les autres, cette illusion a pour but et résultat de défendre le statut quo de la bourgeoisie capitaliste.

    Car fait essentiel, une large partie de la masse travailleuse est trompée, maintenue dans un état d’ignorance et d’abrutissement (« l’idéologie de la clase dominante est l’idéologie dominante ») ; de plus elle est éloignée des instances de direction, de l’administration, de l’Etat. Les larges masses ne peuvent se libérer de l’esclavage salarié tout en respectant les institutions qui les oppriment, institutions imposées et défendues par la minorité de la bourgeoisie capitaliste.

    Aussi pour le prolétariat et son avant-garde révolutionnaire, « dictature » signifie, non pas conquête « pacifique » de la majorité sous la dictature de la bourgeoisie, mais prise du pouvoir, c’est-à-dire dictature du prolétariat, puis conquête de la majorité par son émancipation de l’exploitation et de l’oppression et par des mesures révolutionnaires en sa faveur :

    « La dictature du prolétariat, c’est-à-dire le renversement de la bourgeoisie par une classe, par le prolétariat, et plus précisément par son avant-garde révolutionnaire. Exiger de cette avant-garde la conquête préalable de la majorité du peuple au moyen d’élection aux Parlements bourgeois, aux Constitutions bourgeoises, etc., c’est-à-dire au moyen de vote sous le régime de l’esclavage salarié, en présence des exploiteurs et sous leur domination, sous le régime de la propriété privée des moyens de production, exiger ou supposer cette conquête, c’est en réalité, abandonner complètement le point de vue de la dictature du prolétariat pour adopter en fait celui de la démocratie bourgeoise. » (218)

    Le fait est également, que pendant l’époque du capitalisme, quand les masses ouvrières sont soumises à une exploitation continue, et ne peuvent développer leurs capacités humaines, le trait le plus caractéristique des partis ouvriers réside précisément dans le fait qu’ils ne peuvent toucher qu’une minorité de leur classe. Le parti politique ne peut rassembler qu’une minorité de la classe, de même que dans toute la société capitaliste, les ouvriers réellement conscients ne sont qu’une minorité parmi les ouvriers :

    « Il n’est pas permis de confondre le Parti, avant-garde de la classe ouvrière, avec toute la classe (…). Nous sommes le Parti de la classe, et c’est pourquoi presque toute la classe (et en temps de guerre, à l’époque de la guerre civile, absolument toute la classe) doit agir sous la direction de notre Parti, doit serrer les rangs le plus possible autour de lui.

    Mais ce serait du « manilovisme » et du « suivisme » que de penser que sous le capitalisme presque toute la classe ou la classe toute entière sera un jour en état de s’élever au point d’acquérir le degré de conscience et d’activité de son détachement d’avant-garde, de son Parti social-démocrate. » (219)

    La dictature du prolétariat suppose et signifie la claire conscience d’une vérité : le prolétariat, (et donc a fortiori l’avant-garde révolutionnaire organisée du Parti prolétarien) en vertu de sa situation objective dans toute société capitaliste, exprime avec justesse les intérêts de la masse entière des travailleurs et des exploités. Ceci signifie que la classe ouvrière est la classe la plus révolutionnaire de la société capitaliste, puis socialiste, et qu’elle est la seule classe révolutionnaire jusqu’au bout. Mais cela ne signifie pas que la classe ouvrière réalise à elle seule l’émancipation de la société entière, et l’édification de la nouvelle société socialiste : bien au contraire, la dictature du prolétariat est aussi l’aptitude, la disposition et la décision de rallier (à l’avant-garde révolutionnaire du prolétariat) par des mesures révolutionnaires, par l’expropriation des expropriateurs, la totalité des travailleurs et des exploités. Le rôle du prolétariat par rapport à l’ensemble des masses ouvrières et exploitées est un rôle de direction et de guide ; ses tâches sont la révolution prolétarienne et l’édification socialiste ; ses moyens sont l’organisation de l’avant-garde en Parti marxiste-léniniste et la dictature du prolétariat, la dictature donc du Parti unique :

    « La dictature du prolétariat est la réalisation la plus complète de la direction de tous les travailleurs et de tous les exploités, opprimés, abrutis, écrasés, terrorisés, divisés, trompés par la classe des capitalistes, direction exercée par la seule classe préparée pour ce rôle dirigeant par toute l’histoire du capitalisme. » (220)

    Le prolétariat doit savoir qui il faut écraser, avec qui, quand et comment il faut conclure un accord. La classe ouvrière au pouvoir serait ridicule de renoncer à la terreur et à la répression à l’égard des capitalistes, des propriétaires fonciers et de leurs serviteurs révisionniste :

    « Je me souviens d’un bourgeois français spirituel qui, d’un point de vue bourgeois, disait à propos de l’abolition de la peine de mort : « Que messieurs les assassins commencent ». Cette réponse me revient à la mémoire lorsqu’on dit : « Que les bolcheviks renoncent à la terreur » ». (221)

    Il faudrait pour cela que les exploiteurs renoncent à exploiter !

    Mais le prolétariat serait tout aussi ridicule en voulant employer la même tactique de répression et de terreur à l’égard de la petite bourgeoisie et de l’ensemble de la classe moyenne, alors que le cours des événements oblige celles-ci à se tourner vers le prolétariat :

    « La dictature du prolétariat est la forme la plus décisive et la plus révolutionnaire de la lutte de classe du prolétariat contre la bourgeoisie. Cette lutte ne peut être victorieuse que si l’avant-garde la plus révolutionnaire du prolétariat entraîne avec elle l’écrasante majorité de celui-ci. » (222)

    La dictature du prolétariat implique la nécessité de réprimer par la force la résistance des exploiteurs ; c’est d’être disposé, apte, résolu à le faire. La bourgeoisie si républicaine et démocratique qu’elle soit, recourt à l’assassinat et à la terreur contre les communistes, et d’ailleurs contre toute action révolutionnaire du prolétariat. Mais la dictature ne signifie pas abolition de la démocratie pour la classe qui exerce cette dictature sur les autres classes, mais elle veut dire nécessairement abolition ou limitation de la démocratie pour la classe à l’égard de laquelle ou contre laquelle la dictature s’exerce. Aussi la définition de la dictature du prolétariat est-elle :

    « La dictature révolutionnaire du prolétariat est un pouvoir conquis et maintenu par la violence, que le prolétariat exerce sur la bourgeoisie, pouvoir qui n’est lié par aucune loi. » (223)

     

    2)                  DICTATURE DE LA BOURGEOISIE OU DICTATURE DU PROLETARIAT

     

    « La dictature, c’est un grand mot rude, sanglant, un mot qui exprime la lutte sans merci, la lutte à mort de deux classes, de deux mondes, de deux époques de l’histoire universelle.

    On ne jette pas de tels mots en l’air. » (224)

    Dans la société capitaliste, dès que la lutte de classe qui en est le fondement s’accentue d’une manière tant soit peu sérieuse, il ne peut y avoir aucun terme moyen entre la dictature de la bourgeoisie et la dictature du prolétariat. Tout rêve d’on ne sait quelle troisième voie est une lamentation réactionnaire. Témoin en est l’expérience d’un développement de deux siècles de la démocratie bourgeoise et du mouvement ouvrier dans tous les pays évolués :

    « (…) dans une société capitaliste, qu’elle se développe, qu’elle soit solidement assise ou qu’elle agonise, peu importe, il ne peut exister qu’un de ces deux pouvoirs : ou bien celui des capitalistes, ou bien celui du prolétariat. Tout pouvoir intermédiaire est une chimère, toute tentative de découvrir une tierce solution aboutit à ce que les gens, mêmes s’ils sont sincères, glissent d’un côté ou de l’autre. » (225)

    La dictature du prolétariat est une guerre implacable du prolétariat contre la bourgeoisie, encore plus puissante, et dont la résistance est décuplée du fait de son renversement. Cette force de la bourgeoisie réside non seulement dans la force du capital international, mais dit Lénine, aussi et surtout dans la « force de l’habitude », dans la force de la petite production. La dictature du prolétariat est une lutte opiniâtre contre les forces et les traditions de la vieille société. L’arme indispensable du prolétariat est le Parti marxiste-léniniste :

    « La force de l’habitude chez les millions et les dizaines de millions d’hommes est la force la plus terrible. Sans un parti de fer, trempé dans la lutte, sans un parti jouissant de la confiance de tout ce qu’il y a d’honnête dans la classe en question, sans un parti sachant observer l’état d’esprit de la masse et influer sur lui, il est impossible de soutenir cette lutte avec succès. Celui qui affaiblit tant soit peu la discipline de fer dans le parti du prolétariat (surtout pendant sa dictature) aide en réalité la bourgeoisie contre le prolétariat. » (226)

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