• La Corde et le Serpent (Cinquième partie)

    En tant que franc-maçon, il convient de partir de notre attitude, de la façon d’être pratique, et en déduire les principes qui ont conduit à cette attitude. D’où viennent la Vanité et l’Egoïsme. ? D’où viennent l’Humilité et l’Amour ? Sur quels principes reposent ces valeurs ? Sur quel substrat, l’ego ou l’Eternité ?

    La Corde et le Serpent (Cinquième partie)

     

    Propos sur le Temps :

    Il n’est parlé que du Temps pendant l’état de veille.

    Cependant, il y a aussi espace-temps dans l’état de rêve. Mais il n’y a pas de Temps pendant l’état de sommeil profond. Pourtant « je suis » à travers ces trois états.

    En fin de compte, le temps est un phénomène, qui se passe à la surface du cercle. Quelle est sa réalité ?

    « Je suis » est au centre du cercle. Et lorsque la roue tourne, le centre est immobile : donc, comme le dit le rituel, la vérité du « Je suis » est l’éternité. Le temps n’est qu’un phénomène illusoire, le même dans l’état de l’éveil que dans l’état du rêve.

    L’homme non mûr vit dans le cerveau, inconscient de lui-même dans le cœur. L’homme mûr vit dans le cœur. L’homme non mûr est donc séparé de la vérité du monde, qui le soutient, lui, comme ce qu’il voit. L’homme mûr a pris conscience de la vérité du monde, de la réalité, de l’unicité du réel, le Soi présent en tout, éternel et immuable au sein de ce qui est impermanent et changeant. Homme mûr et homme non mûr voient le monde tous les deux, mais leurs points de vue sont différents.

    Pour bien distinguer l’homme mûr et l’homme non mûr, on peut prendre l’exemple d’un allumage de feu :

    • Une simple étincelle suffit à enflammer de la poudre à canon ;
    • Le charbon de bois a besoin d’un bref apport de chaleur pour s’enflammer ;
    • Enfin, le charbon mouillé doit d’abord être séché et chauffé pendant un temps relativement long avant de commencer à brûler.

     

    a)     La nature du Temps :

    Quelle est le niveau de réalité du temps ? Sur quel plan du réel est placé le temps ? Le Temps a un substrat, qui lui est donc supérieur, qui est l’être réel, et c’est l’Eternité. « La Vérité du monde est éternelle ». C’est l’exemple du film de cinéma : l’écran derrière le film. Avant le passage du film, il y a l’écran blanc. Pendant le passage du film (qui comprend l’espace et le Temps), il y a l’écran blanc. Après le passage du film, il y a l’écran blanc.

    b)    Notre état d’être, c’est d’être dans le présent :

    Le présent est à la fois la seule réalité, et aussi, le présent n’est pas. Le passé n’est plus, et relève de l’imaginaire. Le futur n’est pas encore et relève de la sensation et de la perception. Le présent est une durée nulle : il n’existe pas. Dans la double tête de Janus, le passé est une tête tournée vers la droite, le futur est une tête tournée vers la gauche. Il n’y a pas de troisième tête tournée vers le spectateur, pour représenter le présent, car celui-ci n’existe pas. Le moment présent ne peut être saisi, car il comprend une partie de passé, et une partie du futur. « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ».

    c)       Le temps sacré : il contient à la fois le passé, le présent et le futur. L’éternel présent. Le temps est éternel : Tout est UN :

    Le point de vue temporel est relatif, et il dépend du sujet, du spectateur. Prenons l’exemple d’un défilé militaire, suivi par trois témoins. Le premier témoin est au bord du trottoir, très proche du régiment qui défile : le spectateur ne voit qu’une rangée à la fois du régiment qui défile. Le second spectateur est en hauteur, sur une estrade qui surplombe le défilé : le spectateur peut voir plusieurs rangées du défilé, et son présent intègre donc celui du premier spectateur. Le troisième spectateur est placé sur un balcon : Il voit donc le régiment en entier et intègre donc les présents des deux premiers spectateurs. Le régiment peut être une image du monde. La seul Réalité, c’est l’éternité.

    Ceci rejoint le Temps et l’Espace symboliques du Temple. Le Temps sacré est l’éternel présent : le passé, le présent et le futur sont un.

    Au niveau collectif aussi, l’univers se présente à la fois comme une pierre brute et une pierre cubique. Le constat est l’irréalité de l’ego. L’ego est un voile, qu’il faut lever pour voir le Soi, la Réalité. Il faut considérer le moi-je, l’ego, comme un objet parmi les objets, une « illusion ». C’est changer la vision. La pierre cubique est à la fois en nous et hors de nous. L’ego s’interpose, voile, dissimule. Le moi est notre véhicule : à destination, il s’arrête et voilà qu’apparaît le Soi. A nous de savoir le conduire.

     

     

     

    CONCLUSION : L’éléphant

    Vivre selon le Soi, c’est la vie éternelle ; vivre selon l’ego, c’est le suicide – suicide du Soi – et la mort.

    Prenons l’exemple d’un éléphant que quatre personnes aveugles cherchent à connaître. Le premier touche la trompe, et il répond : « L’éléphant ressemble à un tuyau ». Le second entoure de ses bras une patte, et répond : « L’éléphant est comme un  tronc d’arbre ». Le troisième touche une oreille, et répond : « L’éléphant est comme un grand éventail ». Le quatrième touche le ventre et répond : « L’éléphant est comme une grande citerne ». Ainsi, chacun, selon ses qualités, détient une parcelle de la vérité, et, de mon côté, je compte sur vos contributions pour en savoir plus. Quelle que soit l’intelligence et la volonté de chacun, il ne détient pas la vérité, mais, tous, en associant nos points de vue, nous pouvons nous en approcher de très près.

    Cependant, je suis persuadé qu’il y a une vérité absolue. Cependant, chacun n’a qu’une connaissance d’abord partielle de celle-ci. Je refuse tout relativisme. L’obstacle principal à la possession de la vérité absolue est la pensée : « Il est impossible d’atteindre la vérité absolue, de la connaître et de l’expérimenter. ».

    Par ailleurs, la même vérité peut être exprimée de différentes façons, suivant la capacité de compréhension de l’interlocuteur.

    Revenons au préambule : il appartient à chacun de juger en conscience quelle voie du rite écossais ancien et accepté suit la loge. Et les frères, dans le second cas, oublient un peu légèrement qu’un jour eux aussi, seront âgés et malades, et que chaque action suscitant une réaction, ils seront traités à l’image de la façon dont ils auront traités leurs frères aînés. On ne se souviendra pas de nous par nos paroles, mais par nos bonnes actions... La vie ne se mesure pas par le nombre de respirations que nous prenons, mais par les moments qui font que l'on retient notre respiration...

    Applique-t-on bien universellement l’idéal maçonnique, y compris à certains frères de la loge, âgés et malades ? A la question que Caïn pose à Jehova : « Suis-je le gardien de mon frère ? », quelle réponse apportons-nous, à la fois individuellement et en tant que loge ? Abel, frère de Caïn, à la fois, représente l’Autre, et le Soi de Caïn. Caïn avait le choix : soit tuer Caïn et se soumettre à son ego, soit glorifier le Soi et se soumettre à Abel. A chacun de nous de répondre, en conscience à cette interpellation. A la loge aussi, d’y répondre collectivement : dans notre loge, est-ce que trône le Soi, ou bien … je n’ose l’imaginer, y a-t-il un bal des ego ? Seules deux réponses sont possibles : « Oui » et « Non ». Il faut répondre sans dramaturgie, et sans sentimentalisme. Ce sont les deux voies du rite écossais ancien et accepté.

    En tant que franc-maçon, il convient de partir de notre attitude, de la façon d’être pratique, et en déduire les principes qui ont conduit à cette attitude. D’où viennent la Vanité et l’Egoïsme. ? D’où viennent l’Humilité et l’Amour ? Sur quels principes reposent ces valeurs ? Sur quel substrat, l’ego ou l’Eternité ?

    Apprendre à mourir est le travail de toute une vie. Illustrons cela par une allégorie. Pierre, honnête commerçant, s'occupait activement de son activité commerciale. Il savait qu'au moment de la mort, sa dernière pensée serait à la fois un point d'arrivée, celui de sa vie passée, et un nouveau point de départ, celui de sa vie à venir. C'est pourquoi, prévoyant, il donna à chacun de ses enfants un nom de Dieu: "Allah", "Brahmâ", "Yahvé". Par ce stratagème, il pensait se retrouver après sa mort aux pieds de Dieu dans le paradis. A l'heure de sa mort, il appela à son chevet ses enfants, criant successivement les noms divins. Mais lorsque tous ses enfants étaient rassemblés autour de lui, sa dernière pensée fut: "Si vous êtes tous présents autour de moi, qui s'occupe du magasin?". Sa dernière pensée fut donc: "argent et bénéfice", ce pour quoi il a toujours vécu. S'éteignant sur cette idée, le jour finissant, il se réveilla le lendemain sur ce point de départ pour entamer à nouveau le même cursus: "argent et bénéfice". De même, l'ivrogne qui pense constamment à la boisson, s'endort avec l'idée d'un verre à boire et se réveille avec le même désir. Comment faire pour qu'il en soit autrement? La franc-maçonnerie a mis en place une méthode répétitive pour échapper au retour du même et progresser: c'est le triangle. Avoir la bonne pensée est le travail de toute une vie.

     

    PLAN

    PREAMBULE : la maladie, la vieillesse et la mort

    INTRODUCTION : La corde et le serpent

    PREMIERE PARTIE : LOGOS

    1) TROIS DEFINITIONS

    2) UN DESSIN

    3) CINQ ALLEGORIES

    DEUXIEME PARTIE : LES DEUX VOIES

    Maçon mûr/Maçon non mûr

    Le mythe de la caverne de Platon (Livre VII de la République de Platon)

    Franc-maçonnerie et religions :

    CONCLUSION : L’éléphant

    Mai 2015

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