• La Commune de Paris de 1871 et la franc-maçonnerie (4° version) 1

    La caserne Lobau, proche de l’Hôtel de Ville, fut un des hauts lieux de la répression versaillaise. Pierre Dominique, collaborateur de Charles Maurras, a écrit : « A l’intérieur, c’est un abattoir. Les feux de peloton se succèdent, suivis des coups isolés qui achèvent. Les soldats sont pressés. Parfois, on tue par derrière avant que les condamnés aient atteint le mur et on pousse les morts sur le tas. S’ils sont plus de dix, on emploie la mitrailleuse… ».

    La Commune de Paris de 1871 et la Franc Maçonnerie

     

    « Le cadavre est à terre mais l’idée est debout ». Devise de l’Association des Amis de la Commune de Paris. Vers qui figure dans Actes et paroles, Pendant l’exil, 1867 de Victor Hugo.

     

    PLAN

    Introduction :

    • La Maçonnerie en 1871
    • Les trois composantes de la franc-maçonnerie
    • Les francs-maçons se rallient à la Commune :
      1. Francs-maçons favorables à la Commune
      2. Maçons opposés à la Commune
      3. Francs-maçons médiateurs
      4. L’Obédience du Grand Orient de France était foncièrement hostile à la Commune et favorable au gouvernement de Thiers.

     

    I)           MISE EN PERSPECTIVE HISTORIQUE DE LA COMMUNE DE PARIS :

    1)     Principales dates de la Commune de 1871

    2)    Quelques événements

    a.     Le rationnement lors du siège de Paris de 1870

    b.    L’Affiche rouge

    c.     L’appel du Comité central de la Garde nationale le 25 mars 1871

    d.     Déclaration des maires et des députés de Paris, réunis en conseil à Saint-Germain-l’Auxerrois le 25 mars 1871

    e.     Journal Officiel de la Commune de Paris, 2 avril 1871 : L’Education nouvelle.

    f.     Extrait de la déclaration au peuple français du 19 avril 1871.

    g.     Meeting de Londres pour la Commune de Paris.

    h.     Annonce parue dans le Journal Officiel de la Commune le dimanche 23 avril 1871.

    i.       Adresse de la loge maçonnique de Limoges. Journal Officiel de la Commune du 25 avril 1841.

    j.      Réception des francs-maçons à la Commune. Journal Officiel de la Commune du 27 avril 1871.

    k.     Annonce des francs-maçons. Journal Officiel de la Commune du 28 avril 1871.

    l.       La franc-maçonnerie à l’Hôtel-de-Ville. Journal Officiel de la Commune du dimanche 30 avril 1871 :

    m.    Annonce des francs-maçons. Journal Officiel de la Commune du 2 mai 1871.

    n.     Manifeste des francs-maçons de Rouen. Journal Officiel de la Commune du vendredi 5 mai 1871.

    o.     Appel du 5 mai 1871 des Francs-maçons.

    p.     Annonce franc-maçonnerie. Journal Officiel de la Commune de Paris du 5 mai 1871.

    q.     Manifeste du 15 mai 1871 de la Minorité.

    r.     Annonces des francs-maçons. Journal Officiel de la Commune du mercredi 17 mai 1871.

    s.      Nécrologie. Journal Officiel de la Commune, jeudi 18 mai 1871 :

    t.      Proclamation des francs-maçons de tous les rites : Journal Officiel de la Commune du mercredi 24 mai 1871.

    3)    Les doctrines de la Commune

    4)    Les Clubs

    5)    La presse

    6)    Les structures de gouvernement

    7)    Citations sur la Commune de Paris

     

    II)       L’ŒUVRE DE LA COMMUNE : DES VALEURS PARTAGEES

    1)     Premières mesures prises

    2)    La liberté

    3)    L’égalité

    4)    La démocratie directe

    5)    Les femmes

    6)    Les causes de l’échec

    7)    La répression

    8)    La Commune n’est pas morte

    9)    La franc-maçonnerie au XIX° siècle et après la Commune

     

    III)  LES CINQ REPUBLIQUES :

     

    Conclusion :

    • Rôle des femmes
    • Prolétaires et bourgeois
    • L’homme intérieur et l’homme extérieur. L’argent, le sexe, le pouvoir. Cahuzac, DSK, Dalongeville.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    INTRODUCTION :

     

    Chaque année, le 1° mai, les francs-maçons du Grand Orient de France rendent hommage aux martyrs de la Commune de Paris  chemin des Acacias, au Mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise, notamment à ceux qui se sont engagés le 29 avril 1871, pour que l’idéal de Liberté, d’Egalité et de Fraternité soit autre chose qu’une devise inerte, inscrite sur le fronton des édifices publics.

    Cependant, tous les francs-maçons n’étaient pas « communards », ou ne soutenaient pas ce mouvement.

    Marc Vieillard a écrit dans Le Temple de Prométhée – Franc-maçonnerie et engagement politique : «  La commune de Paris laisse les obédiences profondément divisées. Si les loges parisiennes se sont massivement ralliées en 1871 à l’insurrection de la capitale, la province, elle, s’est affichée comme défenderesse patentée de l’ordre établi. La maçonnerie des notables soutient Thiers dans sa répression inique des Communards. (…) » Le préfet Babaud-Larivière, Grand Maître, « a promis à Thiers une franc-maçonnerie respectueuse des lois, quelles que soient ces lois et la nature du régime dont elles découlent. » (…) « Les dirigeants du Grand Orient restent de marbre devant le massacre des trente mille Parisiens assassinés par les troupes versaillaises, comme une grande partie des frères au demeurant. »

     

    LA MACONNERIE EN 1871 :

     

    En 1870, on compte environ 18000 francs-maçons au Grand Orient de France et 6000 au rite écossais.

    Il existe à l’époque deux obédiences maçonniques, le Grand Orient de France, qui regroupe un peu plus de 300 loges avec 15000 membres actifs environ, dont plus de 4000 à Paris, et le Suprême Conseil de France, qui réunit à peu près 5000 adhérents dont près de 2000 membres à Paris.

     

    Les francs-maçons des loges de Paris et de la banlieue furent très actifs au cours de la Commune. Environ le quart des élus de la Commune sont francs-maçons.

    Le 2 avril 1971, l’une des premières mesures est la séparation de l’Eglise et de l’Etat et la suppression du budget des cultes.

    Le frère Raoul Rigault se montre particulièrement actif dans la laïcisation des services publics, notamment des hôpitaux.

    Le frère Edouard Vaillant est le fondateur de l’école laïque, dont il jette les bases par son arrêté du 22 mai, instituant la gratuité, créant les premières écoles primaires de filles et les collèges professionnels.

    Les frères Adolphe Assi et Benoît Malon proposent des coopératives de production. La solidarité envers les plus démunis trouve tout son sens dans l’interdiction des expulsions pour loyers impayés et le décret du frère Jourde daté du 7 mai, permettant aux débiteurs de retirer du Mont de piété les objets de petite valeur, vêtements, meubles, outils de travail.

    Les exemples sont nombreux de mesures prises durant la Commune et qui seront abolies par l’ordre réactionnaire de Mac-Mahon. Certaines seront reprises des années plus tard par des maçons bourgeois, l’école laïque par le frère Jules Ferry ou la séparation de l’Eglise et de l’Etat par le frère Emile combes.

     

    Les frères parisiens des deux principales obédiences d’alors, le Grand Orient et le Suprême Conseil (d’où sera issue la Grande Loge de France en 1894) sont unis. Les frères Jules Vallès et Thirifocq par exemple, sont membres de loges du Suprême Conseil.

     

    LES TROIS COMPOSANTES DE LA FRANC-MACONNERIE :

     

    Depuis sa création au début du XVIII° siècle, la franc-maçonnerie a toujours représenté les composantes les plus aisées des sociétés au sein desquelles elle s’est développée.

    Dans la France de 1871, les ouvriers et les artisans sont, du moins à Paris, représentés dans les loges. C’est ce qui explique que l’on trouve de nombreux francs-maçons parmi les responsables de la Commune : ils y sont, en gros, un tiers. Les instances maçonniques dirigeantes – Conseils de l’Ordre – s’opposent par contre à la Commune et dénoncent la participation des frères. Il y a beaucoup de francs-maçons hostiles au mouvement communard et certains d’entre eux sont engagés dans les rangs versaillais.

    La Commune de Paris et la franc-maçonnerie partagent de nombreuses valeurs : la défense des principes républicains, la liberté politique et associative, la justice sociale, la laïcité, l’éducation, …

    Outre les Communards et le Versaillais, une troisième tendance comporte des francs –maçons qui vont jouer un rôle de médiateurs entre la Commune et les Versaillais. Les conciliateurs vont se heurter à l’intransigeance de Thiers, ce qui va conduire finalement les frères parisiens à s’engager massivement aux côtés des communards pour combattre Versailles. Ils le payeront de leur sang.

    D’une manière générale, les Conseils de l’Ordre, organes dirigeants des obédiences, sont très réticents à l’égard de la Commune et donnent aux frères des consignes de neutralité. Ces ordres ne seront pas suivis par la base.

     

    En mars 1871 commence la Commune de Paris, dans laquelle les francs-maçons de la capitale s'impliqueront fortement. Le Frère Thirifocq, militant socialiste, membre de la loge « le libre Examen » du Suprême conseil de France demande que les bannières maçonniques soient plantées sur les remparts et qu'elles soient « vengées » dans le cas où elles seraient trouées par les balles des Versaillais. De nombreux francs-maçons figurent parmi les révolutionnaires, dont Jules Vallès ou Élisée Reclus. Le 29 avril 1871 eut lieu une grande manifestation rassemblant devant les forces versaillaises plusieurs milliers de francs-maçons des deux obédiences derrière des dizaines de bannières. Cette manifestation fut suivie de l'entrevue entre les deux émissaires de la Commune (dont Thirifocq) et Adolphe Thiers, qui se solda par un échec puis par l'écrasement de la Commune par les Versaillais. Contrairement à celles de Paris, les loges de province ne soutinrent pas la Commune et, dès la fin de celle-ci, le Grand Orient désavoua officiellement l'action des loges parisiennes pour se rallier à Thiers et à la Troisième République dans laquelle il fut amené à jouer un rôle de premier plan.

     

    Les francs-maçons se rallient à la Commune :

     

    Le 21 avril, quand ils avaient demandé l’armistice, les francs-maçons s’étaient plaints de la loi municipale récemment votée par l’Assemblée.

    « Comment, leur avait répondu Thiers, mais c’est la plus libérale que nous ayons eue depuis 80 ans »

    « Pardon, et nos institutions communales de 1791 ? »

    « Ah ! Vous voulez revenir aux folies de nos pères ? »

    « Mais enfin, vous êtes donc résolu à sacrifier Paris ? »

    « Il y aura quelques maisons de trouées, quelques personnes de tuées, mais force restera à la loi. »

    Les francs-maçons avaient affiché dans Paris cette horrible réponse.

    Le 26 avril, les francs-maçons avaient envoyé des deux orients de Paris, une délégation des vénérables et des députés des loges, conduite par Gabriel Ranvier, adhérer à la révolution. Cette délégation a été reçue dans la cour d’honneur de l’Hôtel de Ville, par le frère Louis Thirifocq, de la loge Ecossaise La Justice n°133, qui déclare : « Si au début, les Francs-maçons n’ont pas voulu agir, c’est qu’ils tenaient à acquérir la preuve que Versailles ne voulait entendre aucune conciliation. Ils sont prêts, aujourd’hui, à planter leurs bannières sur les remparts. Si une seule balle les touche, les Francs-maçons marcheront d’un même élan vers l’ennemi commun. ». Il avait été convenu que le 29, ils iraient en cortège sur les remparts.

    Ils étaient là 6000, le 29 avril, à 9 heures, répondant à l’appel de 55 loges. Une loge féminine est tout particulièrement applaudie. Accueilli à l’Hôtel de Ville par le frère Félix Pyat, celui-ci déclare : « Frères, citoyens de la grande patrie, de la patrie universelle, fidèles à nos principes communs : Liberté, Egalité, Fraternité, et plus logiques que la Ligue des Droits de Paris, vous Francs-Maçons, vous faites suivre vos paroles de vos actions. Aujourd’hui, les mots sont peu, les actes sont tout. Aussi, après avoir affiché votre manifeste – le manifeste du cœur – sur les murailles de Paris, vous allez maintenant planter votre drapeau d’humanité sur les remparts de notre ville assiégée et bombardée. Vous allez protester ainsi contre les balles homicides et les boulets fratricides, au nom du droit et de la paix universelle ». Cette allocution est suivie d’applaudissements et de cris : « Vive la République ! Vive la Commune ! ».

    Les bannières maçonniques sont plantées depuis la porte Maillot jusqu’à la porte Bineau, sous les obus que les Versaillais tirent du Mont Valérien.

    Quelques jours après, un ballon, marqué des trois points symboliques, s’élève dans les airs, d’où il sème d’innombrables exemplaires du Manifeste maçonnique du Cinq Mai, appelant les frères de France et du monde entier à la lutte en faveur des communes de France fédérées avec celle de Paris.

    Contrairement à celles de Paris, les loges de province ne soutinrent pas la Commune et, dès la fin de celle-ci, le Grand Orient de France désavoue officiellement l’action des loges parisiennes pour se rallier à Thiers et à la troisième République.

    Au siège du Grand Orient de France, rue Cadet, transformé en hôpital pour blessés, s’alignent chaque jour un peu plus, des cercueils de communards sur lesquels sont posés leurs insignes maçonniques.

    Après le Commune, de nombreux communards entreront en maçonnerie, à leur retour en France, ou à l’étranger. Parmi eux, Maxime Vuillaume, Gaston Da Costa, Paschal Grousset, Camélinat, Jean Baptiste Clément, Augustin Avrial, Assi…

     

    Lors de chaque période cruciale de l’histoire de France, par exemple, la révolution de 1789, la Commune de 1871, la Résistance de 1940,…, la maçonnerie se scinde en deux ou trois parties :

    ·   Une première partie qui s’oppose à l’avancée de l’histoire et prend partie pour les classes rétrogrades et réactionnaires, la noblesse et le haut clergé en 1789, la grande bourgeoisie en 1871,…

    ·   Une seconde partie qui se range du côté de la classe montante résolument : la bourgeoisie triomphante en 1789, le prolétariat, en 1871,…

    ·   Une troisième partie se compose du « marais », et a tendance, au début du processus de changement de tenter de concilier les deux camps irrémédiablement opposés.

     

    Il est regrettable que la franc-maçonnerie, hier comme aujourd’hui, n’intègre que des personnes de la classe moyenne et fasse l’impasse sur les classes populaires. Il en est ainsi notamment des ouvriers, ainsi que des femmes du peuple qui ont joué un rôle essentiel dans l’instauration de la Commune de Paris, mise à l’écart justifiée par des arguments financiers, la cherté de la cotisation.

     

    1)    FRANCS-MACONS FAVORABLES A LA COMMUNE :

    Jules Henri Marius Bergeret (1830-1905) :

    Charles Victor Beslay (1795-1878) :

    Louis-Auguste Blanqui (1805-1881) : Fondateur du journal Ni Dieu, ni maître, il est membre de plusieurs loges : les Amis de la Vérité, le Temple des Amis de l’Honneur Français et le Lien des Peuples.

    Karl Marx déclare dans La guerre civile en France (la commune de Paris), 1871 : « Le véritable meurtrier de l’archevêque Darboy, c’est Thiers. La Commune, à maintes reprises, avait offert d’échanger l’archevêque et tout un tas de prêtres pardessus le marché, contre le seul Blanqui, alors aux mains de Thiers. Thiers refusa obstinément. Il savait qu’avec Blanqui, il donnerait une tête à la Commune. »

    Jean-Baptiste Clément (1836-1903) : Initié à la Loge « Les Rénovateurs » en 1898. Membre de la loge des Rénovateurs. Le Temps des Cerises est considéré comme l’hymne de la Commune, que les communards sifflaient sur les barricades.

    Louis Gaston Isaac Crémieux (1836-1871) : Fusillais par les Versaillais pour sa participation à la Commune de Marseille. Ardent franc-maçon. C’est l’époque où des francs-maçons blanquistes et républicains (alors jugés d’extrême gauche) tentent d’entraîner leurs Frères dans la voie de la lutte révolutionnaire, au service des valeurs de la République, démocratique et sociale. Ceux des Amis choisis fondent le 11 février 1868 un comité central d’initiative des loges comprenant dix commissaires : Barne, Brochier, Carriol, Chappuis, Crémieux, Pleuc, Dhionnet, Massip, Rouvier et Adolphe Royannez, Ainsi qu’une caisse centrale de secours.

    Jaroslaw Dombrowski (1836-1871) :

    Emile Eudes (1843-1888) : Initié à la loge l’Ecossaise 133

    Gustave Flourens (1838-1871) : Initié le 12 juin 1866 à la loge l’Union d’Orient

    Henry Fortuné (1821-1882) : Il participe le 29 avril à la manifestation des Francs-maçons demandant une trêve.

    Guiseppe Garibaldi (1807-1882) : Garibaldi est Grand Maître de presque toutes les obédiences italiennes. Initié à la maçonnerie en 1844 dans la loge « Asilo de la Virtud », de Montevideo, Uruguay, il rejoint la loge du Grand Orient de France « Les amis de la patrie ».

    François Jourde (1843-1893) :  

    Napoléon La Cécilia (1835-1878) :

    Adolphe Gustave Lefrançais (1826-1901) : Initié le 27 octobre 1863 à la loge l’Ecossaise 133 et affilié en 1866 à l’Union Parfaite de la Persévérance.

    Commune de Marseille : Elle dure quatorze jours, du 22 mars au 5 avril 1871. La Loge « La Réunion des Amis choisis » du Grand Orient, formée de républicains et de blanquistes, fonde, pour entraîner les autres loges, le 11 février 1868, un Comité central d’initiative des loges de dix membres : l’avocat Gaston Crémieux, Barne, Brochier, Chappuis, de Pleuc, Dhionnet, Massip, Rouvier et Adolphe Royannez. Parallèlement voient le jour l’Association phocéenne de l’Enseignement, de l’Instruction et de l’Education des deux sexes et la Caisse Centrale de Secours.

    Simon Mayer : Initié en 1867 à l’Union Parfaite de la Persévérance

    Benoît Malon (1841-1893) : Militant ouvrier, communard, journaliste, écrivain.

    Louise Michel (1830-1905) : Militante anarchiste, aux idées féministes et l’une des figures majeures de la Commune de Paris.

    Eugène Pottier (1816-1887) : Créateur de l’Internationale.

    Eugène Protot (1839-1921) : Initié le 3 mai 1866

    Félix Aimé Pyat (1810-1889) :

    Gabriel Ranvier (1828-1879) : Initié le 7 décembre 1863. Blanquiste. Peintre et décorateur sur porcelaine.

    Elie Reclus (Jean-Pierre Michel Reclus) (1827-1904):  

    Elisée Reclus (Jean Jacques Elisée Reclus) (1830-1905) : Géographe, militant et penseur de l’anarchisme. Il participa à des congrès d’organisations ouvrières (notamment AIT, Ligue de la Paix et de la Liberté). En 1860, en compagnie d’Elie, Elisée est admis dans une loge maçonnique (Les Emules d’Hiram). Il n’y fut jamais actif et au bout d’un an, il quitte la franc-maçonnerie, ne supportant pas l’esprit qui y régnait.

    Raoul Rigault :

    Victor Henri de Rochefort, plus connu sous le nom d’Henri Rochefort (1831-1913) : Membre des Amis de la Renaissance. Au retour du bagne de Nouvelle-Calédonie, il se rapproche progressivement du boulangisme et de l’extrême droite. Lorsqu’éclate l’affaire Dreyfus, il laisse libre cours à son antisémitisme pour mener campagne avec les « anti ».

    Emile Thirifocq (1824-1900) : Membre de la loge Le Libre Examen du Suprême Conseil. Militant socialiste. Il est initié le 9 janvier 1850 à la loge Jérusalem Ecossaise 99 du Suprême Conseil, en devient le secrétaire l’année suivante, l’orateur en 1854 et le vénérable en 1864. Il est déiste. En 1869, orateur de la première section de la Grande Loge Centrale, il défend vainement le maintien de la croyance en « une puissance infinie désignée sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. » En 1870, il rallie la loge naissante, Le Libre Examen, destinée à regrouper des déistes rationnels qui poursuivent avec l’Alliance religieuse universelle le chimérique espoir de réaliser une synthèse des religions.

    Jules Vallès (1832-1885) : Nom de plume de Jules Louis Joseph Vallez. Journaliste, écrivain et homme politique d’extrême gauche.

    Auguste-Jean-Marie Vermorel (1841-1871) :

    Walery Wroblewski (1836-1908): Après la Commune, il siège au Conseil général de l’Association international des travailleurs.

     

    2)    MACONS OPPOSES À LA COMMUNE :

    Léonide Babaud-Larivière (1819-1873) : Elu Grand-maître du Grand Orient de France en 1870. Il est par la suite nommé préfet des Pyrénées Orientales (1872-1873).

    Louis Blanc : En 1870-1871, c’est un traître à la cause révolutionnaire, soutenant la cause de l’amnistie.

    Isaac-Jacob Crémieux, plus connu sous le nom d’Adolphe Crémieux (1796-1880) : Membre du gouvernement de la Défense nationale, du 4 septembre 1870 au 17 février 1871, comme Ministre de la Justice. Initié en 1818, à la loge du Bienfait anonyme (à Nîmes), qui dépendait du Grand Orient de France. En 1860, il quitte le Grand Orient de France pour le Suprême Conseil de France, dont il devient le Souverain Grand Commandeur en 1869.

    Jules Ferry (1832-1893) : Le 8 juillet 1875, les francs-maçons donnent une grande solennité à sa réception par le Grand Orient de France (Loge « La Clémente Amitié »). Il y est reçu en même temps que Littré et que Grégoire Wyrouboff. Par la suite, Ferry appartiendra à la Loge « Alsace-Lorraine ».

    Léon Gambetta (1838-1882) : Initié en 1869 à la loge « La Réforme », à laquelle appartiennent également Gustave Naquet et Maurice Rouvier.

    Ernest Hamel (1826-1898) : Ancien vénérable de l’Avenir.

     

    Pierre-Antoine-Frédéric. Malapert (1815-1890) : Orateur du Suprême Conseil.

    Jean-Baptiste Alexandre Montaudon (1818-1899) : Général du 1° corps d’armée de l’armée versaillaise. Ses opinions politiques étaient celles d’un conservateur-monarchiste. Mais il refusa de tirer sur ses frères.

    Eugène Pelletan (1813-1884) : Initié franc-maçon en 1864 dans la loge l’Avenir, dont il devient vénérable, avant d’entrer au Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France.

    Jules Simon (1814-1896) : Ministre franc-maçon du gouvernement de Thiers.

    Etienne Philippe Théodore Tenaille-Saligny (1830-1889) : Un tablier du 18° degré lui appartenant a été retrouvé et est actuellement conservé dans son ancien Château d’Achun (58).

     

    3)    FRANC-MACONS MEDIATEURS :

    Charles Thomas Floquet (1828-1896) :

    Edgar Quinet (1803-1875) : Membre du Grand Orient de France.

    Victor Schœlcher (1804-1893) : Il adhère à la franc-maçonnerie à la loge « Les Amis de la Vérité » puis à « La Clémente Amitié ».

     

    La Franc-maçonnerie a également joué un rôle dans las autres communes sur le territoire de la France.

    Ainsi, à Saint-Etienne, le journal l’Eclaireur, organe radical, est fortement influencé par la franc-maçonnerie. Thiers y est traité de « roi des Capitulards ». Le clergé y est vivement pris à partie. Ainsi fa franc-maçonnerie organise une souscription pour aider les familles de mobilisés, geste de solidarité et de patriotisme.

    A Rouen, dès avril 1871, les francs-maçons déclarèrent adhérer pleinement au manifeste officiel du conseil de l’ordre, qui porte inscrits sur son drapeau, les mots liberté, égalité, fraternité. – « Prêche la paix parmi les hommes, et au nom de l’humanité, proclame inviolable la vie humaine et maudit toutes les guerres, il veut arrêter l’effusion du sang et poser les bases d’une paix définitive, qui soit l’aurore d’un avenir nouveau.

    Voilà ce que nous demandons énergiquement, et si notre voix n’est pas entendue, nous vous disons ici que l’humanité et la patrie l’exigent et l’imposent. ».

    Signataires :

    Le président d’honneur de la maçonnerie rouennaise Desseaux

    Le vénérable des Arts réunis, Hédiard

    Le vénérable de la Constance éprouvée, Lorand

    Le vénérable de la Persévérance couronnée, E. Vienot

    Les T.°. S.°. des Arts réunis et de la Persévérance couronnée, Hédiard et Goudy

    Le président du conseil philosophique, Dieutie

    Par mandements des ateliers réunis et de l’Orient de Rouen, le secrétaire Jules Godefroy.

     

    4)    L’Obédience du Grand Orient de France était foncièrement hostile à la Commune et favorable au gouvernement de Thiers.

     

    Depuis plus de 140 années, de Thiers à Furet, une véritable chape de plomb recouvre les œuvres et les idéaux de la Commune. A l’époque, les responsables de l’obédience du Grand orient de France avaient un comportement indigne, puisqu’ils avaient condamnés la Commune et en particulier les francs-maçons qui avaient participé à celle-ci. Lorsque cette Obédience commémore chaque 1° mai, au Mur des Fédérés, la Commune, le devoir de mémoire exige a minima un rappel de cette position, en contradiction flagrante avec les idéaux de « liberté, égalité, fraternité ».

     

    Le nouveau Suprême Commandeur du Suprême Conseil de France, de 1869 à sa mort en 1880, Adolphe Crémieux, est lui aussi réservé sur l’insurrection communarde. Néanmoins, le Suprême Conseil apparaît alors (à tort ou à raison), comme l’obédience qui a résisté à l’Empire. En effet, de 1860 à 1868, le Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France, Jean Pons Viennet, a lutté pied à pied pour maintenir l’indépendance de son obédience contre le GODF et son Grand Maître, le maréchal Magnan, nommé par Napoléon III. Les loges parisiennes du Suprême Conseil voient alors affluer les opposants au régime impérial, plus qu’au GODF, perçu alors comme une obédience « officielle ».

     

    La récupération s’effectue a posteriori. Au moment des Communes, le président du conseil de l’ordre du Grand Orient juge qu’il s’agit d’une « criminelle sédition qui ensanglante la France et déshonore la franc-maçonnerie ». Les maçons qui s’engagent ne sont pas soutenus au niveau national. Les dignitaires considèrent que les communards maçons sont des éléments isolés dont la franc-maçonnerie ne peut se réclamer. Certaines loges s’impliquent, mais les plus révolutionnaires feront l’objet de sanctions. La franc-maçonnerie revendique, en revanche, la Commune à partir de 1880, quand les communards seront amnistiés.

     

    A partir de la seconde moitié du XIX° siècle, la maçonnerie a profondément modifié son recrutement. Auparavant, les maçons appartenaient à la noblesse et à la haute bourgeoisie, accueillant quelques intellectuels de la petite-bourgeoisie. Une petite –bourgeoisie, encore très proche des ouvriers et des paysans, composée essentiellement de petits patrons, de commerçants, de petits fonctionnaires, d’employés, de vignerons, d’instituteurs, de médecins de campagne et d’aubergistes va peu à peu y devenir majoritaire.

    Ces nouveaux maçons ont encore leurs racines sociales dans les classes laborieuses. Ils ne sont pas acceptés par la haute bourgeoisie et ils en ont conscience à chaque instant de leur existence.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    I)      MISE EN PERSPECTIVE HISTORIQUE DE LA COMMUNE DE PARIS : 

     

    1)    PRINCIPALES DATES DE LA COMMUNE DE 1871

     

    Septembre 1864 :

    29 septembre : Fondation de l’Association Internationale des Travailleurs.

     

    Janvier 1870 :

    10 janvier : Assassinat de Victor Noir par le prince Bonaparte.

     

    Juillet 1870 :

    19 juillet : Déclaration de guerre de la France à la Prusse.

     

    Septembre 1870 :

    2 septembre : Défaite de Sedan. Capitulation de l’armée de Mac-Mahon à Sedan. Napoléon III est prisonnier.

    4 septembre : Le Palais-Bourbon est envahi ^par les manifestants. Proclamation de la république à l’Hôtel de Ville de Paris. Formation du gouvernement de la Défense nationale présidé par le général Trochu.

    19/20 septembre : Début du siège de Paris par les Prussiens. Blocus de Paris. La capitale est encerclée par 180000 Prussiens.

     

    Octobre 1870 :

    31 octobre ; Insurrection à Paris.

     

    Janvier 1871 :

    7 janvier : Affiche rouge.

    26 janvier : Signature de l’armistice ; annonce officielle le 28.

    29 janvier : Paris capitule, l’armistice est proclamé.

     

    Février 1871 :

    8 février : Elections à l’Assemblée nationale.

    17 février : A Bordeaux où s’est réunie l’Assemblée nationale, Adolphe Thiers est désigné comme chef du pouvoir exécutif.

    19 février : Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif, présente le nouveau gouvernement devant l’Assemblée nationale réunie à Bordeaux.

     

    Mars 1871 :

    1° mars : Les préliminaires de paix sont ratifiés par l’Assemblée nationale réunie à Bordeaux par 546 voix contre 107.

    10 mars : L’Assemblée nationale décide de se transférer de Bordeaux à Versailles, ce qui rappelle de très mauvais souvenirs aux parisiens. Elle vote la fin du moratoire des dettes, des effets de commerce et des loyers, accablant ainsi la population parisienne sans le sou. Par le Pacte de Bordeaux, les députés ne tiennent pas pour acquis le maintien de la République.

    15 mars : Le Comité central de la Garde nationale est définitivement constitué.

    18 mars : Thiers tente de faire enlever les canons de Montmartre et de Belleville. Insurrection qui marque le début de la Commune.

    19 mars : Le Comité central de la Garde nationale annonce la tenue d’élections pour créer le Conseil de la Commune.

    23 mars : Proclamation des Communes de Marseille et de Lyon.

    24 mars : Proclamation des Communes de Narbonne et de Saint-Étienne. Fin de la Commune de Lyon.

    25 mars : Proclamation de la Commune de Toulouse.

    26 mars : Proclamation de la Commune du Creusot. Election pour le Conseil de la Commune de Paris.

    28 mars : Installation du Conseil de la Commune de Paris à l’Hôtel de Ville. Proclamation de la Commune de Paris. Fin des Communes de Saint-Étienne, de Toulouse et du Creusot.

    29 mars : La Commune décrète que les loyers dus depuis le moratoire du 13 août 1870, sont annulés ; la vente des objets déposés au Mont-de-piété est suspendue. La conscription militaire et l’armée de métier sont abolies.

    31 mars : Fin de la Commune de Narbonne.

     

    Avril 1871 :

    2 avril : La Commune décrète la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le budget des cultes est supprimé. Les traitements des fonctionnaires ne pourront plus dépasser 6000 francs annuels. La Commune décrète la mise en accusation du gouvernement de Thiers.

    4 avril : Proclamation d’une Commune à Limoges, aussitôt étouffée. Fin de la Commune de Marseille.

    6 avril : Décret des otages.

    8 avril : Première tentative de conciliation par les francs-maçons.

    11 avril : Fondation de l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés.

    12 avril : La Commune décide de suspendre les poursuites judiciaires concernant les échéances (loyers, effets de commerce,…).

    14 avril : La Commune interdit les arrestations arbitraires.

    16 avril : La Commune fait recenser les ateliers abandonnés et favorise la création de coopératives ouvrières. La Commune décide un délai de trois ans pour le remboursement des échéances et des dettes. Elections complémentaires au Conseil de la Commune.

    18 avril : La Commune décrète que toute arrestation doit faire l’objet d’un procès-verbal.

    19 avril : La Commune fait une Déclaration au Peuple français où elle expose son programme.

    21 avril : Les francs-maçons tentent une conciliation entre la Commune et le gouvernement Thiers.

    Deuxième tentative de conciliation par les francs-maçons.

    26 avril : Les francs-maçons se rallient à la Commune.

    28 avril : La Commune supprime le système des amendes par lesquelles les patrons pénalisent leurs salariés. Formation d’une commission pour organiser l’enseignement laïc, primaire et professionnel.

    29 avril : Troisième tentative de conciliation des francs-maçons.

    Le 26 avril, la loge parisienne Les Disciples du Progrès du Grand Orient ouvrit ses travaux au Rite écossais tandis que le frère Émile Thirifocq de la loge Le Libre Examen du Suprême Conseil demandait que les bannières maçonniques soient plantées sur les remparts, avant de devenir l'un des deux émissaires de la tentative de conciliation du 29 avril.

     

    Mai 1871 :

    1° mai : Création par la Commune du Comité de Salut Public, sorte de gouvernement.

    2 mai : La Commune abolit le serment politique et professionnel pour les fonctionnaires.

    4 mai : La Commune interdit le cumul des traitements.

    6 mai : Thiers repousse une nouvelle fois la tentative de conciliation de la Ligue d’Union républicaine des Droits de Paris.

    7 mai : Décret sur les Mont-de-piété.

    8 mai : Thiers adresse un ultimatum aux parisiens.

    9 mai : Renouvellement du Comité de salut public.

    15 mai : Publication du Manifeste de la Minorité hostile au Comité de salut public.

    17 mai : La Commune décrète l’égalité des enfants légitimes ou naturels, des épouses et des concubines pour la perception des pensions.

    19 mai : La Commune décrète que les fonctionnaires ou les fournisseurs de la Commune qui seront accusés de concussion seront traduits devant une Cour martiale où ils risqueront la peine de mort. Arrestation des Dominicains du couvent d’Arcueil, soupçonnés d’aider les troupes versaillaises. Décret de laïcisation de l’enseignement.

    21 mai : Grâce à une trahison, les troupes versaillaises entrent dans Paris par la Porte de Saint-Cloud. C’est le début de la Semaine sanglante.

    27 mai : Durs combats dans Belleville, au cimetière du Père-Lachaise et aux Buttes-Chaumont.

    28 mai : Exécution des défenseurs de la Commune de Paris devant le mur des Fédérés.

    29 mai : Capitulation du fort de Vincennes, dernier bastion communard. Fin de la commune de Paris. Les procès, exécutions et déportations de prisonniers communards vont commencer.

     

    1872

    Dissolution de la Garde nationale.

     

    Mars 1879 :

    3 mars 1879 : Vote d’une loi d’amnistie partielle.

     

    Mai 1880 :

    23 mai 1880 : Première commémoration de la Commune au Mur des Fédérés.

     

    Juillet 1880 :

    11 juillet : La loi d’amnistie totale est votée à l’Assemblée nationale.

     

    2)    QUELQUES EVENEMENTS :

     

    a)    Le rationnement lors du siège de Paris de 1870

    Lors de la guerre de 1870, Paris est assiégé et le rationnement est mis en place.

    6 octobre 1870 : rationnement de la viande et création des boucheries municipales.

    29 et 30 novembre 1870 : les éléphants Castor et Pollux du Jardin des plantes sont abattus et vendu 13 500 francs, chaque, à la boucherie anglaise du boulevard Haussmann, qui écoulait la viande des animaux du Jardin, sous la dénomination de « viande de fantaisie ».

    4 décembre 1870 : le quotidien Les Nouvelles publie un menu de circonstance, utilisant toutes les ressources alimentaires dont les parisiens peuvent encore disposer :

    Consommé de cheval au millet 

    Brochette de foie de chien à la maître d'hôte

    Émincés de râble de chat sauce mayonnaise 

    Épaule de filet de chien sauce tomate 

    Civet de chat aux champignons 

    Côtelettes de chien aux petits pois 

    Salmis de rats à la Robert

    Gigot de chien flanqué de ratons

    Plum pudding au jus de moelle de cheval

    16 décembre 1870 : les vivres diminuent, la viande qui était rationnée manque totalement, ainsi que le bois et le charbon.
    Le
    gouverneur de Paris ordonne que l'on procède au réquisitionnement des chevaux pour les abattre, et les manger. Les queues s'allongent pour un morceau de pain. On mange du chat, du chien et on chasse le rat.

    Menu du 25 décembre 1870 — 99e jour du siège —, servi au café Voisin, 261, rue Saint-Honoré. Il s'agit d'un menu de siège dont le prix n'est pas indiqué, reproduit sur l'image ci-contre.

    31 décembre 1870 : pour fêter son élection en tant que maire du 3e arrondissement de Paris, Théodore Jacques Bonvalet offre un repas à vingt de ses amis, servi au restaurant Noël Peter’s 95, rue de Richelieu - 24, passage des Princes. Les mets sont composés d'animaux du zoo du Jardin des Plantes.

    18 janvier 1871 : le pain, qui constitue alors la base de l’alimentation, est rationné : 300 grammes à 10 centimes pour les adultes, 150 grammes pour les enfants au-dessous de cinq ans. Ce pain, officiellement, doit ne contenir que du blé, du riz et de l’avoine, mais il est essentiellement fait de paille moisie hachée. Parfois, les municipalités font des distributions de viande séchée, de haricots, d’huile, de café, mais la misère est vraiment terrible dans les quartiers populaires.

    8 février 1871 : le maire de Paris, Jules Ferry, prend un arrêté qui indiquant la fin du rationnement du pain et son prix.

    Arrêté du maire de Paris

    « Le membre du gouvernement, maire de Paris,

    ARRÊTE :

    Art.1er. À dater du 10 février, le rationnement du pain cessera d'avoir lieu.
    En conséquence, l'arrêté du 18 janvier est rapporté.

    Art. 2. Sont également rapportés les arrêtés du maire de Paris, du 3 décembre 1870, limitant les livraisons de la caisse de la boulangerie ; du 12 décembre, défendant la vente des farines ; du 5 janvier 1871 défendant la sortie du pain du 12 janvier, interdisant la fabrication et la vente de pain de luxe, et le blutage des farines par les boulangers.

     Le commerce des farines, la fabrication et le colportage du pain, sous quelque forme que ce soit, ne seront désormais soumis à aucune restriction, sauf la taxe municipale, qui est maintenue jusqu'à nouvel ordre.

    Art. 3. Le pain sera désormais taxé au prix de 47 centimes 1/2 le kilogramme, comme avant l'arrêté du 18 janvier dernier.

    Fait à Paris, le 8 février 1871

    Le maire de Paris,

    Jules Ferry »

     

    b)   AFFICHE ROUGE

    « Au peuple de Paris,

    Les délégués de vingt arrondissements de Paris.

    Le gouvernement qui, le 4 septembre, s’est chargé de la défense nationale a-t-il rempli sa mission ? – Non !

    Nous sommes 500 000 combattants et 200 000 Prussiens nous étreignent ! À qui la responsabilité, sinon à ceux qui nous gouvernent ? Ils n’ont pensé qu’à négocier au lieu de fondre des canons et de fabriquer des armes.

    Ils se sont refusés à la levée en masse.

    Ils ont laissé en place les bonapartistes et mis en prison les républicains.

    Ils ne se sont décidés à agir enfin contre les Prussiens qu’après deux mois, au lendemain du 31 octobre. Par leur lenteur, leur indécision, leur inertie, ils nous ont conduits jusqu’au bord de l’abîme : ils n’ont su ni administrer ni combattre, alors qu’ils avaient sous la main toutes les ressources, les denrées et les hommes.

    Ils n’ont pas su comprendre que dans une ville assiégée, tout ce qui soutient la lutte pour sauver la patrie possède un droit égal à recevoir d’elle la subsistance ; ils n’ont rien su prévoir : là où pouvait exister l’abondance, ils ont fait la misère ; on meurt de froid, déjà presque de faim : les femmes souffrent, les enfants languissent et succombent. La direction militaire est plus déplorable encore : sorties sans but ; luttes meurtrières sans résultats ; insuccès répétés, qui pouvaient décourager les plus braves ; Paris bombardé. Le gouvernement a donné sa mesure : il nous tue. Le salut de Paris exige une décision rapide. Le gouvernement ne répond que par la menace aux reproches de l’opinion. Il déclare qu’il maintiendra l’ORDRE, comme Bonaparte avant Sedan.

    Si les hommes de l’Hôtel de Ville ont encore quelque patriotisme, leur devoir est de se retirer, de laisser le peuple de Paris prendre lui-même le soin de sa délivrance. La municipalité ou la Commune, de quelque nom qu’on appelle, est l’unique salut du peuple, son seul recours contre la mort. Toute adjonction, ou immixtion au pouvoir actuel ne serait qu’un replâtrage, perpétuant les mêmes errements, les mêmes désastres. Or la perpétuation de ce régime, c’est la capitulation, et Metz et Rouen nous apprennent que la capitulation n’est pas seulement encore et toujours la famine, mais la ruine et la honte. C’est l’armée et la Garde nationale transportées prisonnières en Allemagne, et défilant dans les villes sous les insultes de l’étranger ; le commerce détruit, l’industrie morte, les contributions de guerre écrasant Paris : voilà ce que nous prépare l’impéritie ou la trahison.

    Le grand peuple de 89, qui détruit les Bastilles et renverse les trônes, attendra-t-il dans un désespoir inerte, que le froid et la famine aient glacé dans son cœur, dont l’ennemi compte les battements, sa dernière goutte de sang ? – Non ! La population de Paris ne voudra jamais accepter ces misères et cette honte. Elle sait qu’il en est temps encore, que des mesures décisives permettront aux travailleurs de vivre, à tous de combattre.

    Réquisitionnement général

    Rationnement gratuit

    Attaque en masse

    La politique, la stratégie, l’administration du 4 septembre, constituées de l’Empire, sont jugées.

    Place au peuple !

    Place à la commune ! »

     

    c)    Appel du Comité central de la Garde nationale le 25 mars 1871.

    Le texte de l'appel :

    « CITOYENS

    Notre mission est terminée: nous allons céder la place dans votre Hôte l- de - Ville à vos nouveaux élus, à vos mandataires réguliers. Aidés par votre patriotisme et votre dévouement, nous avons pu mener à bonne fin l'œuvre difficile entreprise en votre nom. Merci de votre concours persévérant ; la solidarité n'est plus un vain mot : le salut de la République est assuré. Si nos conseils peuvent avoir quelque poids dans vos résolutions, permettez à vos plus zélés serviteurs de vous faire connaître, avant le scrutin, ce qu'ils attendent du vote aujourd'hui.

    CITOYENS

    ·   Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre propre vie, souffrant des mêmes maux.

    ·   Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne considèrent que leurs propres intérêts et finissent toujours par se considérer comme indispensables.

    ·   Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l'action ; ils sacrifieront tout à un discours, à un effet oratoire ou à un mot spirituel.

    ·   Évitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère.

    ·   Enfin, cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du Peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue.

    ·   Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c'est aux électeurs à choisir leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter.

    ·   Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considèreront jamais comme vos maîtres. »

    — Hôtel de Ville, 25 mars 1871, le comité central de la Garde nationale

     

    d)    Journal Officiel de la Commune de Paris, 2 avril 1871 : L’Education nouvelle.

    Les délégués de la société l’Education nouvelle ont été reçus hier par les membres de la Commune, auxquels ils ont remis une requête conçue en ces termes :

                              A la Commune de Paris,

    Considérant la nécessité qu’il y a, sous une république, à préparer la jeunesse au gouvernement d’elle-même par une éducation qui est toute à créer ;

    Considérant que la question de l’éducation, laquelle n’est exclusive d’aucune autre, est la question mère, qui embrasse et domine toutes les questions politiques et sociales, et sans solution de laquelle il ne sera jamais fait de réformes sérieuses et durables ;

    Considérant que les maisons d’instruction et d’éducation entretenues par la commune, ou par le département ou par l’Etat, doivent être ouvertes aux enfants de tous les membres de la collectivité, quelles que soient les croyances intimes de chacun d’eux ;

    Les soussignés délégués de la société l’Education nouvelle, demandent d’urgence, au nom de la liberté de conscience, au nom de la justice :

    Que l’instruction religieuse ou dogmatique soit laissée tout entière à l’initiative et à la direction libre des familles, et qu’elle soit immédiatement et radicalement supprimée, pour les deux sexes, dans toutes les écoles, dans tous les établissements dont les frais sont payés par l’impôt ;

    Que ces maisons d’instruction et d’éducation ne contiennent aux places exposées aux regards des élèves ou du public aucun objet de culte, aucune image religieuse ;

    Qu’il n’y soit enseigné ou pratiqué, en commun, ni prières, ni dogmes, ni rien de ce qui est réservé à la conscience individuelle ;

    Qu’on n’y emploie exclusivement que la méthode expérimentale ou scientifique, celle qui part toujours de l’observation des faits, quelle qu’en soit la nature, physiques, moraux, intellectuels ;

    Que toutes les questions du domaine religieux soient complètement supprimées dans tous les examens publics, et principalement dans les examens pour brevets de capacité ;

    Qu’enfin, les corporations enseignantes ne puissent plus exister que comme établissements privés ou libres.

    La qualité de l’enseignement étant déterminée tout d’abord par l’instruction rationnelle, intégrale, qui deviendra le meilleur apprentissage possible de la vie privée, de la vie professionnelle et de la vie politique ou sociale, la société l’Education nouvelle émet en outre le vœu que l’instruction soit considérée comme un service public de premier ordre ; qu’en conséquence, elle soit gratuite et complète pour tous les enfants des deux sexes, à la seule condition du concours pour les spécialités professionnelles.

    Enfin, elle demande que l’instruction soit obligatoire, en ce sens qu’elle devienne un droit à la portée de tout enfant, quelle que soit sa position sociale, et un devoir pour les parents ou pour les tuteurs, ou pour la société.

    Au nom de la société l’Education nouvelle, les délégués nommés dans la séance  du 26 mars 1871, à l’Ecole Turgot :

    Henriette GAROSTE, rue Saint-Paul, 43 ; -- Louise LAFITTE, rue Saint-Paul, 43 ; -- J. MANIER, rue du Faubourg-Saint-Martin, 148 bis ; -- RHEIMS, rue d’Hauteville, 33 ; -- Maria VERDURE, rue Sainte-Marie-du-Temple, 8.

     

    Il a été répondu aux délégués que la Commune était complètement favorable à une réforme radicale de l’éducation dans le sens qu’ils indiquaient ; qu’elle comprenait l’importance capitale de cette réforme, et qu’elle considérait la présente démarche comme un encouragement à entre dans la voie où elle était résolue à marcher.

     

    e)     Extrait de la déclaration au peuple français du 19 avril 1871.

    « Il faut que Paris et le pays tout entier sachent quelle est la nature, la raison, le but de la Révolution qui s’accomplit. […]

    La Commune a le devoir d’affirmer et de déterminer les aspirations et les vœux de la population de Paris ; de préciser le caractère du mouvement du 18 mars, incompris, inconnu et calomnié par les hommes politiques qui siègent à Versailles. […] Que demande-t-il ?

    La reconnaissance de la consolidation de la République, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du peuple et le développement régulier et libre de la société. […]

    Nos ennemis se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de vouloir imposer sa volonté ou sa suprématie au reste de la nation, et de prétendre à une dictature qui serait un véritable attentat contre l’indépendance et la souveraineté des autres communes.

    Ils se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de poursuivre la destruction de l’unité française, constituée par la Révolution, aux acclamations de nos pères, accourus à la fête de la Fédération de tous les points de la vieille France.

    L’unité, telle qu’elle nous a été imposée jusqu’à ce jour par l’empire, la monarchie et le parlementarisme, n’est que la centralisation despotique, inintelligente, arbitraire ou onéreuse. […]

    La lutte engagée entre Paris et Versailles est de celles qui ne peuvent se terminer par des compromis illusoires : l’issue n’en saurait être douteuse. La victoire, poursuivie avec une indomptable énergie par la Garde nationale, restera à l’idée et au droit. […]

    Nous avons le devoir de lutter et de vaincre ! »

    Paris, le 19 avril 1871, La Commune de Paris.

     

    f)    Déclaration des maires et des députés de Paris, réunis en conseil à Saint-Germain-l’Auxerrois le 25 mars 1871

    « Les députés de Paris, les maires et les adjoints intégrés dans les mairies de leurs arrondissements, et les membres du conseil central fédéral de la garde nationale,

    Convaincus que le seul moyen d’éviter la guerre civile, l’effusion du sang à Paris, et en même temps d’affermir la république, est de procéder à des élections immédiates, convoquent pour demain dimanche tous les citoyens dans les collèges électoraux.

    Les bureaux seront ouverts à huit heures du matin, et fermés à midi.

    Vive la République !

     

    Les maires et adjoints de Paris.

    1° Arrondissement Edmond ADAM, MELINE, adjoint.

    2°, Emile BRELAY, LOISEAU-PINSON.

    3°, BONVALLET, maire, CH. MURAT, adjoint.

    4°, VAUTRIN, maire, DE CHATILLON, LOISEAU, adjoints.

    5°, JOURDAN, COLLIN, adjoints.

    6°, A. LEROY, adjoint.

    9°, DESMARETS, maire, E. FERRY, André NAST, adjoints.

    10°, A. MURAT, adjoint.

    11°, MOTTU, maire, BLANCHON, POIRIER, TOLAIN, adjoints.

    12°, GRIVOT, maire, DENISSON, DUMAS, TURILLON, adjoints.

    13° COMBES, Léo MEILLET, adjoints.

    15°, JUBBES, DUVAL, SEXTUS-MICHEL, adjoints.

    16°, CHAUDEY, SEVESTRE, adjoints.

    17°, François FAVRE, MALON, VILLENEUVE, CACHEUX, adjoints.

    18°, CLEMENCEAU, maire, J. LAFONT, DEREURE, JUCLARD, adjoints.

    19°, DEVEAUX, SALORY, adjoints.

     

    Les représentants de la Seine présents à Paris.

    Lockroy, Floquet, Tolain, Clemenceau, Schoelcher, Greppo.

     

    Le comité de la garde nationale.

    Avoine fils, Antoine Arnaud, G. Arnold, Assi, Audignoux, Bouit, Jules Bergeret, Babick, Baron, Billioray, Blanchit, L. Boursier, Castioni, Chonteau, A. Dupont, Fabre, Ferrat, Henri Fortuné, Fleury, Fougeret, G. Gaudier, Gouhier, M. Géresme, Grélier, Grolard, Jourde, Josselin, Lavalette, Lisbonne, Maljournal, Edouard Moreau, Mortier, Prudhomme, Rousseau, Ranvier, Varlin. ».

     

    g)    Meeting de Londres pour la Commune de Paris :

    Journal Officiel de la Commune du 20 avril 1871.

    Dimanche 16 avril, un meeting populaire était convoqué dans Hyde Park, à Londres ; -- grande manifestation de la Ligue démocratique en faveur de la Commune de Paris.

    Trente ou quarante mille citoyens ont répondu à l’appel. Le Times constate, non sans regret, que le nombre des paletots l’emportait sur celui des blouses. Plusieurs orateurs ont parlé avec autant d’énergie que de conviction ; puis l’assemblée a voté par acclamation cette adresse de félicitations à la Commune de Paris :

    Frères,

    Nous vous saluons, au nom de la République universelle, et nous vous remercions du fond du cœur pour la grande œuvre que vous accomplissez en ce moment, au nom de la liberté et pour la défense de vos droits communaux.

    Nous vous saluons comme pionniers et les constructeurs d’un nouvel état social, tandis que nous regardons vos adversaires, les hommes de Versailles, comme les dignes émules de l’homme de Décembre, lâches instruments des despotes de l’Europe. Elus pour la plupart par des campagnes encore sous le joug des prêtres romains et des baïonnettes prussiennes, pour décider seulement les conditions de la paix, ils ont accompli leur mission par la vente honteuse qu’ils ont faite d’une partie de vos compatriotes aux hordes du Nord. Néanmoins, ils veulent encore exercer l’autorité ainsi usurpée, et ils osent s’arroger le droit de vous maîtriser et de vous opprimer.

    Malgré les efforts de nos gouvernements aux abois, d’accord avec les félons de Versailles pour appeler l’intervention étrangère et amener l’anéantissement de vos droits, nous, le peuple de Londres, assurés que vous combattez pour la liberté et l’affranchissement du genre humain tout entier, nous vous tendons la main de l’amitié et de la fraternité.

    Nous regardons votre proclamation de la Commune et de l’autonomie (self-government) comme la résurrection de cette ère glorieuse de votre histoire où la Constitution de 93 (articles 58, 59, 60) mit le gouvernement direct du peuple par le peuple entre les mains des Communes d’alors.

    Nous nous réjouissons de voir qu’au milieu de tant de difficultés, d’obstacles et de luttes, vous délibérez néanmoins sur d’importantes questions de réforme sociale, toutes intimement liées à la chose publique. Nous n’avons qu’un regret, c’est que notre éducation politique, de ce côté du détroit, ne soit pas encore assez complète pour nous entraîner à suivre votre noble exemple.

    Après la lecture et le vote unanime de cette adresse, le meeting s’est séparé aux cris mille fois répétés de : Vive la République universelle !

     

    h)    Annonce parue dans le Journal Officiel de la Commune le dimanche 23 avril 1871 :

    Réunie hier, vendredi, la franc-maçonnerie parisienne a défini le mandat à donner à ses délégués, qui ont dû partir aujourd’hui pour Versailles. Ce mandat se divise en deux parties :

    1. Obtenir un armistice pour l’évacuation des villages bombardés ;

    2.     Demander énergiquement la paix à Versailles, basée sur le programme de la Commune, le seul qui puisse amener la paix définitive.

    Ce mandat a été voté à l’unanimité. Il a été décidé ensuite qu’un appel serait fait à tous les francs-maçons de Paris, pour entendre le résultat de cette délégation, lundi, à deux heures, salle des Arts-et-Métiers, et prendre telle décision qu’il conviendra, suivant le résultat.

     

    i)       Adresse de la loge maçonnique de Limoges.

    Journal Officiel de la Commune du 25 avril 1841 :

    Aux citoyens membres de la Commune de Paris.

    La loge maçonnique écossaise de Limoges, sous le titre l’Etoile limousine, après avoir pris communication d’une délibération arrêtée en assemblée générale par les loges diverses de la ville de Bordeaux, le 12 avril 1871, et conçue dans les termes suivants :

    « En présence de la lutte fratricide depuis trop longtemps engagée entre les troupes de Versailles et les gardes nationaux de Paris, la maçonnerie manquerait au plus sacré de ses devoirs si elle restait impassible et muette.

    Au nom de la fraternité, au nom de la liberté, au nom de la République, elle conjure les combattants de désigner immédiatement des délégués chargés de mettre fin à un combat qui déshonore la patrie et met le comble à ses douleurs.

    Il est un terrain de conciliation sur lequel tous les citoyens honnêtes doivent franchement qu’elle est déterminée à maintenir la République et à établir les franchises municipales ; que la Commune de Paris répudie énergiquement toute usurpation sur le gouvernement de la France ; le soupçon fera place à la confiance, et l’ordre renaîtra, car il aura pour défenseurs tous ceux qui veulent en finir avec les révolutions. »

    S’inspirant des sentiments de liberté et de fraternité qui ont dicté cette délibération déclare à l’unanimité de ses membres s’associer au vœu qu’elle exprime et protester de toute son énergie contre la lutte fratricide, qui, non seulement ensanglante le sol français, mais ajoute encore aux malheurs de la patrie en aidant l’ennemi dont elle dit la joie, dans l’œuvre impie de démembrement qu’il poursuit avec une fureur jalouse qui s’attache à toutes les idées de civilisation et de progrès dont la France fut et sera toujours la grande initiatrice, au nom de la République universelle.

                              Le vénérable de la loge l’Etoile limousine

                                                                    L. Fonsagrive

     

    j)     Réception des francs-maçons à la Commune.

    Journal Officiel de la Commune du 27 avril 1871.

    Séance du 26 avril 1871 :

    Les membres de la Commune ont reçu, dans la cour d’honneur, une députation de francs-maçons qui venaient déclarer qu’ayant épuisé tous les moyens de conciliation avec le gouvernement de Versailles, la franc-maçonnerie avait résolu de planter ses bannières sur les remparts de Paris, et que si une seule balle les touchait, les F.°. M.°. marcheraient d’un même élan contre l’ennemi commun.

    Le F.°. Térifoque a déclaré que, depuis le jour où la Commune existe, la franc-maçonnerie a compris qu’elle serait la base de nos réformes sociales.

    « C’est, dit-il, la plus grande révolution qu’il n’ait jamais été donné au monde de contempler.

    Si, au début du mouvement, les francs-maçons n’ont pas voulu agir, c’est qu’ils tenaient à acquérir la preuve que Versailles ne voulait entendre à aucune conciliation quelconque avec leurs juges. »

    Un membre de la Commune, le citoyen Jules Vallès, après avoir remercié la députation en quelques mots partis du cœur, donne son écharpe au F.°.  Térifoque, qui déclare que cet emblème restera dans les archives de la franc-maçonnerie, en souvenir de ce jour mémorable.

    Le citoyen Lefrançais, membre de la Commune, déclare ensuite que depuis longtemps déjà, il était de cœur avec la franc-maçonnerie, ayant été reçu dans la loge écossaise n° 133, passant, à cette époque, pour une des plus républicaines ; qu’il était depuis longtemps assuré que le but de l’association était le même que celui de la Commune : la régénération sociale.

    Le citoyen Allix, membre de la Commune, ajoute que la Commune de Paris met en pratique, sous une forme nouvelle, ce que la franc-maçonnerie a depuis longtemps affirmé : que la construction du temple fut, certainement, pour l’époque, la réorganisation du travail.

    L F.°. M.°. de la Rose écossaise, dans une chaleureuse improvisation, annonce que la Commune, nouveau temple de Salomon, est l’œuvre que les F.°. M.°. doivent avoir pour but, c’est-à-dire la justice et le travail comme bases de la société ;

    La députation, composée de plus de deux-mille francs-maçons, s’est retirée après avoir enguirlandé sa bannière avec l’écharpe du citoyen Jules Vallès, et emporte un drapeau rouge, après deux triples batteries aux rites français et écossais.

    Une délégation de la Commune reconduit la députation maçonnique jusqu’à la rue Cadet. Elle est acclamée sur son passage par la foule enthousiasmée, et l’on se sépare après une vive et patriotique allocution au citoyen Ranvier, membre de la Commune. Tous les cœurs battent à l’unisson.

     

    k)    Annonce des francs-maçons. Journal Officiel de la Commune du 28 avril 1871 :

    Les francs-maçons, réunis au Châtelet ont décidé qu’un appel serait fait à toutes les LL.°. de l’Or.°. de Paris, à l’effet de se réunir, bannière en tête, samedi matin, à neuf heures, cour du Louvre.

     

    l)      La franc-maçonnerie à l’Hôtel-de-Ville. Journal Officiel de la Commune du dimanche 30 avril 1871 :

    Hier, 29, la ville de Paris présentait une animation à laquelle on n’était plus accoutumé depuis longtemps : on savait que les francs-maçons devaient essayer leur dernière démarche pacifique en allant planter leurs bannières sur les remparts de Paris, et que s’ils échouaient, la franc-maçonnerie tout entière devait prendre parti contre Versailles.

    Dès neuf heures du matin, une députation des membres de la Commune sortit de l’Hôtel-de-Ville, musique en tête, se dirigeant vers le Louvre, à la rencontre de la manifestation franc-maçonnique.

    A onze heures, la députation était de retour, et les francs-maçons faisaient leur entrée dans la cour d’honneur de l’Hôtel-de-Ville, disposée à l’avance pour les recevoir. La garde nationale faisait la haie.

    La Commune tout entière s’était placée sur le balcon, du haut de l’escalier d’honneur, devant la statue de la République, ceinte d’une écharpe rouge et entourée des trophées des drapeaux de la Commune.

    Les bannières maçonniques vinrent se placer successivement sur les marches de l’escalier, étalant aux yeux de tous, les maximes humanitaires, qui sont les bases de la franc-maçonnerie et que la Commune s’est donnée à tâche de mettre en pratique.

    Une bannière blanche entre toutes les autres a frappé notre attention. Elle était portée par un artilleur, et on y lisait en lettres rouges : « Aimons-nous les uns les autres ! ».

    Dès que la cour fut pleine, les cris : »Vive la Commune ! Vive la franc-maçonnerie ! Vive la République universelle ! » se font entendre.

    Le citoyen Félix Pyat, membre de la Commune, prononce d’une voix forte et émue les paroles suivantes :

    « Frères, citoyens de la grande patrie, de la patrie universelle, fidèles à nos principes communs : Liberté, Egalité, Fraternité, et plus logiques que la Ligue des droits de Paris, vous, francs-maçons, vous faites suivre vos paroles de vos actions.

    Aujourd’hui les mots sont peu, les actes sont tout. Aussi, après avoir affiché votre manifeste, -- le manifeste du cœur, -- sur les murailles de Paris, vous allez maintenant planter votre drapeau d’humanité sur les remparts de notre ville assiégée et bombardée.

    Vous allez protester contre les balles homicides et les boulets fratricides, au nom du droit et de la paix universelle. (Bravos unanimes et cris de : Vive la République ! Vive la Commune !).

    Aux hommes de Versailles, vous allez tendre une main désarmée, -- désarmée, mais pour un moment – et nous, les mandataires du peuple et les défenseurs de ses droits, nous les élus du vote, nous voulons nous joindre tous à vous, les élus de l’épreuve, dans cet acte fraternel. (Nouveaux applaudissements. – Vive la Commune ! – Vive la République !).

    La Commune avait décidé qu’elle choisirait cinq de ses membres pour avoir l’honneur de vous accompagner, et il a été proposé, justement, que cet honneur fût tiré au sort ; le sort a désigné cinq noms favorisés pour vous suivre, pour vous accompagner dans cet acte glorieux, victorieux. (Marque d’approbation.).

    Votre acte, citoyens, restera dans l’histoire de la France et de l’humanité.

    Vive la République universelle ! »

    (Applaudissements. – Vive la Commune ! – Vive la République !).

    Le citoyen Beslay, membre de la Commune : «  Citoyens, je me suis associé, comme vous, aux paroles que vous venez d’entendre, à ces paroles fraternelles qui rassemblent ici tous les francs-maçons.

    Le sort ne m’a pas favorisé, hier, lorsqu’on a tiré les noms des membres de la Commune qui devaient aller recevoir les francs-maçons. Nous avons voulu qu’il y eût un tirage au sort des noms, parce que toute la Commune de Paris voulait s’associer, dès le commencement, à cette grande manifestation ; je n’ai pas eu le bonheur d’être désigné, mais j’ai demandé pourtant à aller au-devant de vous, comme doyen de la Commune de paris, et aussi de la franc-maçonnerie de France, dont j’ai l’honneur de faire partie depuis cinquante-six ans.

    Que vous dirai-je, citoyens, après les paroles si éloquentes de Félix Pyat ? Vous allez faire un grand acte de fraternité en posant votre drapeau sur les remparts de notre ville et en vous mêlant dans nos rangs contre les ennemis de Versailles. (Oui ! oui ! – Bravos !).

    Citoyens, frères, permettez-moi de donner à l’un de vous l’accolade fraternelle. »

    (Le citoyen Beslay embrasse l’un des francs-maçons placé près de lui ;-- Applaudissements. – Vive la Commune ! – Vive la République !).

    Un franc-maçon, une bannière en main : « Je réclame l’honneur de planter la première bannière sur les remparts de Paris, la bannière de la Persévérance, qui existe depuis 1790. » (Bravos.)

    La musique jour la Marseillaise.

    Le citoyen Léo Meillet : « Vous venez d’entendre la seule musique que nous puissions écouter jusqu’à la paix définitive.

    Ce drapeau doit accompagner vos bannières pacifiques : c’est le drapeau de la paix universelle, le drapeau de nos droits fédératifs, devant lequel nous devons tous nous grouper, afin d’éviter qu’à l’avenir une main, quelque puissante qu’elle soit, ne nous jette les uns sur les autres autrement que pour nous embrasser. (Applaudissements prolongés).

    C’est le drapeau de la Commune de Paris, que la Commune va confier aux francs-maçons. Il sera placé au-devant de vos bannières et devant les balles homicides de Versailles.

    Quand vous les rapporterez, ces bannières de la franc-maçonnerie, qu’elles reviennent déchirées ou intactes, le drapeau de la Commune n’aura pas faibli. Il les aura accompagnées au milieu du feu, -- ce sera la preuve de leur union inséparable ». (Nouveaux applaudissements).

    Le citoyen Térifoque prend le drapeau rouge des mains du citoyen Léo Meillet et adresse ces paroles à l’assemblée :

    « Citoyens, frères,

    Je suis du nombre de ceux qui ont pris l’initiative d’aller planter l’étendard de la paix sur nos remparts, et j’ai le bonheur de voir à leur tête la bannière blanche de la loge de Vincennes, sur laquelle sont inscrits ces mots : « Aimons-nous les uns les autres ! ». (Bravos.).

    Nous irons présenter cette bannière la première devant les rangs ennemis ; nous leur tendrons la main, puisque Versailles n’a pas voulu nous entendre !

    Oui, citoyens, frères, nous allons nous adresser à ces soldats, et leur dirons : Soldats de la même patrie, venez fraterniser avec nous ; nous n’aurons pas de balles pour vous avant que vous nous ayez envoyé les vôtres. Venez nous embrasser, et que la paix soit faite ! (Bravos prolongés. – Sensation.).

    Et si cette paix s’accomplit, nous rentrerons dans Paris, bien convaincus que nous aurons remporté la plus belle victoire, celle de l’humanité !

    Si au contraire, nous ne sommes pas entendus et si l’on tire sur nous, nous appellerons à notre aide toutes les vengeances ; nous sommes certains que nous seront écoutés, et que notre maçonnerie de toutes les provinces de France suivra notre exemple ; nous sommes sûrs que sur chaque point du pays où nos frères verront les troupes se diriger sur Paris, ils iront au-devant d’elles pour les engager à fraterniser.

    Si nous échouons dans notre tentative de paix et si Versailles donne l’ordre de ne pas tirer sur nous pour ne tuer que nos frères sur les remparts, alors nous nous mêlerons à eux, nous qui n’avions pris jusqu’ici le service de la garde nationale que comme service d’ordre, ceux aussi qui n’en faisaient pas partie, comme ceux qui étaient déjà dans les rangs de la garde nationale, et tous ensemble, nous nous joindrons aux compagnons de guerre pour prendre part à la bataille et encourager de notre exemple les courageux et glorieux soldats défenseurs de notre ville. » (Adhésion générale. – Applaudissements prolongés. – Vive la Commune ! Vive la franc-maçonnerie !).

    Le citoyen Térifoque agite le drapeau de la Commune qu’il tient entre ses mains, et il s’écrie :

    « Maintenant, citoyens, plus de paroles, à l’action ! ».

    Les députations de la franc-maçonnerie, accompagnées des membres de la Commune, sortent de l’Hôtel-de-Ville.

    Pendant le défilé, l’orchestre joue la Marseillaise.

     

    Faits divers. Journal Officiel de la Commune du dimanche 30 avril18971 :

    Ce matin, à neuf heures, les francs-maçons se sont réunis dans la cour grillée des Tuileries.

    Tous les maçons présents à Paris s’étaient rendus à l’appel de leurs loges. Les dignitaires portant le cordon rouge ou bleu en sautoir, et les reins ceints du tablier symbolique, affluaient de tous les points, bannières et musique en tête, au milieu d’une foule compacte que l’attente de ce spectacle avait attirée là dès la première heure.

    La conviction avait été faite pour la cour du Louvre, mais l’obstacle apporté à cette réunion solennelle par une foule enthousiaste, qui emplissait la rue de Rivoli, la place du Louvre, celle du Palais-Royal, et, d’un autre côté, les quais, força les délégués des loges de se rendre à la cour des Tuileries par la place du Carrousel.

    Plusieurs bataillons de la garde nationale forment la haie et contiennent les curieux qui se poussent aux cris de : « Vive les francs-maçons ! Vive la Commune ! » Auxquels répondent d’autres cris : « A bas Versailles ! ».

    Les maçons se forment par rangs de quatre, la musique militaire joue la Marseillaise, le défilé commence.

    Cinquante-cinq loges sont représentées, bannières déployées, formant environ 10 000 citoyens de tout âge, de tous rangs, tous, suivant leur grade, porteurs de larges rubans de diverses couleurs. Une loge de femmes est particulièrement saluée de cette foule émue par ce spectacle unique dans l’histoire de la franc-maçonnerie.

    Le cortège, accompagné des six membres de la Commune délégués à cette réception, se met en marche au son d’une musique au rythme étrange, sévère, impressionnant.

    En tête la musique, les généraux et officiers supérieurs des gardes nationaux, et enfin les grands maîtres.

    Derrière eux marchent les six membres délégués par la Commune.

    Après le défilé des loges, les cris de : « Vive la république ! Vive la Commune ! » retentissent sur tout le parcours.

    La tête du cortège arriva sur la place de l’Hôtel-de-Ville, où sous un dais élevé, devant le buste de la République et le trophée de drapeaux rouges se trouvent les membres de la Commune.

    Des discours sont prononcés par les citoyens Monière et Térifoque, vénérables des loges.

    Tous les membres de la Commune présents se sont joints aux francs-maçons, tenant à les accompagner dans leur mission périlleuse. Le défilé commence, prend la rue de Rivoli, partant de l’Hôtel-de-Ville, et suit les grands boulevards depuis la Bastille jusqu’à l’Arc-de-Triomphe.

    Toujours même foule sympathique sur tout le parcours. Acclamations générales. La députation arrive aux avant-postes.

    Ordre est donné d’arrêter le feu. Quatorze mille francs-maçons sont à l’Arc-de-Triomphe. Ils demandent à aller planter en corps leurs bannières sur les remparts.

    Pluie incessante d’obus, reçue aux cris de : « Vive la Commune ! Vive la République universelle ! ».

    Une délégation, composée de tous les vénérables, accompagnés de leurs bannières respectives, s’avance par l’avenue de la Grande-Armée. Les bannières sont plantées sur les remparts aux postes les plus dangereux.

    Enfin, vers 5 heures 30 minutes du soir, le feu cesse du côté versaillais. On parlemente, et trois délégués de la franc-maçonnerie se rendent à Versailles.

    Il est convenu de part et d’autre que le feu ne pourra reprendre qu’après le retour des délégués.

    A Paris, dans l’après-midi, le bruit s’est répandu que deux francs-maçons auraient été blessés sous la pluie de projectiles qui tombaient sur l’avenue de la Grande-Armée. Jusqu’ici, d’après toutes nos informations, nous n’avons aucun renseignement de cette nature. Ce que nous sommes en droit d’affirmer, c’est qu’à la porte Maillot, deux bannières ont été trouées par les balles.

     

    m)  Annonce des francs-maçons. Journal Officiel de la Commune du 2 mai 1871 :

    Faits divers. Les francs-maçons de tous les rites sont convoqués mardi 2 mai, à 2 heures très précises, place de la Concorde, pour aller reprendre les bannières arborées sur les remparts de Paris, et que le feu de Versailles n’a pas su respecter. 

     

    n)    Manifeste des francs-maçons de Rouen. Journal Officiel de la Commune du vendredi 5 mai 1871 :

    On nous prie de publier le document suivant, qui émane de la franc-maçonnerie rouennaise :

    Les francs-maçons de Rouen, réunis en assemblée générale, convaincus que la paix, c’est-à-dire l’apaisement des haines sociales, la reprise du travail et du commerce, le rétablissement de l’économie et de la science, les nobles labeurs de l’agriculture, sont un besoin impérieux pour la France.

    Déclarent donner l’adhésion la plus complète au manifeste officiel du conseil de l’ordre de la maçonnerie française qu’ils s’approprient.

    MANIFESTE DE LA FRANC-MACONNERIE.

    Paris, le 8 avril 1871.

    En présence des événements douloureux devant lesquels la France entière gémit, en présence de ce sang précieux qui coule par torrents, la franc-maçonnerie, qui représente les idées d’humanité et qui les a répandues dans le monde, vient une fois encore affirmer devant vous, gouvernement et membres de l’Assemblée, devant vous, membres de la Commune, les grands principes qui font sa loi et qui doivent être la loi de tout homme ayant un cœur d’homme.

    Le drapeau de la maçonnerie porte, inscrite sur ses plis, la noble devise :

    Liberté. – Egalité. – Fraternité.

    La maçonnerie prêche la paix parmi les hommes, et, au nom de l’humanité proclame l’inviolabilité de la vie humaine.

    La maçonnerie maudit toutes les guerres, elle ne saurait assez gémir sur les guerres civiles.

    Elle a le devoir et le droit de venir au milieu de vous et de vous dire : Au nom de l’humanité, au nom de la fraternité, au nom de la patrie désolée, arrêtez l’effusion du sang, nous vous le demandons, nous vous supplions d’entendre notre appel !

    Nous ne venons pas vous dicter un programme, nous nous en rapportons à votre sagesse, nous vous disons simplement : Arrêtez l’effusion de ce sang précieux qui coule des deux côtés, et posez les bases d’une paix définitive qui soit l’aurore d’un avenir nouveau !

    Voilà ce que nous vous demandons énergiquement, et si notre voix n’était pas entendue, nous vous disons ici que l’humanité et la patrie l’exigent et l’imposent.

    Pour extrait conforme :

    Le président d’honneur de la maçonnerie rouennaise, Desseaux,

    Le vén.°. des Arts-Réunis, Hédiard,

    Le vén.°. de la Persévérance-Couronnée A. Lorond,

    Le T.°. S.°. du chapitre des Arts-Réunis, Hédiard,

    Le vén.°. de la Vérité, F. Deschamps,

    Le vén.°. de la Constance-Eprouvée, membre du conseil de l’ordre, E. Vienot,

    Le T.°. S.°. du Chapitre de la Persévérance-Eprouvée, Goudy,

    Le président du Conseil philosophique, Dieutée.

    Par mandement des Ateliers-Réunis de l’Orient de Rouen, le sec.°. Jules Godefroy.

     

    o)    Appel du 5 mai 1871 des Francs-maçons. Journal Officiel de la Commune du 11 mai 1871 :

    Le 29 avril 1871, une délégation de francs-maçons, alla sur les fortifications, entre l’armée de Versailles et celle de la Commune. A leur retour, les francs-maçons publièrent l’appel suivant :

    « Fédération des francs-maçons et compagnons de Paris

    Les francs-maçons et compagnons de Paris à leurs frères de France et du monde entier.

    Frères,

    C’est à vous tous que nous nous adressons :

    Francs maçons de tous les rites et de tous les orients,

    Compagnons de toutes les corporations,

    Vous le savez, les francs-maçons sont des hommes de paix, de concorde, de fraternité, d’étude, de travail ; ils ont toujours lutté contre la tyrannie, le despotisme, l’hypocrisie, l’ignorance.

    Ils défendent sans cesse les faibles courbés sous le joug, de ceux qui les dominent, leurs adeptes couvrent le monde : ce sont des philosophes qui ont pour précepte la morale, la justice, le droit.

    Les compagnons sont aussi des hommes qui pensent, réfléchissent et agissent pour le progrès et l’affranchissement de l’humanité.

    A l’époque malheureuse que nous traversons, lorsque le fléau de la guerre a été déchaîné par les despotes pour anéantir plus particulièrement la noble nation française ;

    Quand cette belle France qui, pour tout le monde, est l’espérance des opprimés, se voit réduite à merci et que Paris, sa capitale, est le but d’attaques épouvantables et fratricides ;

    Les francs-maçons et les compagnons sortent les uns et les autres de leurs sanctuaires mystérieux, tenant de la main gauche la branche d’olivier, symbole de la paix, et de la main droite le glaive de la revendication.

    Attendu que les efforts des francs-maçons ont été trois fois repoussés par ceux-là mêmes qui ont la prétention de représenter l’ordre, et que leur longue patience est épuisée, tous les francs-maçons et compagnons doivent prendre l’arme vengeresse et crier :

    Frères, debout ! que les traîtres et les hypocrites soient châtiés.

    Frères de la maçonnerie universelle, frères compagnons, écoutez !

    Les francs-maçons ont, dans la journée du 22 avril, envoyé à Versailles porter au chef du pouvoir exécutif des paroles d’apaisement et de conciliation, leurs délégués étaient accompagnés de deux citoyens désignés par les chambres syndicales de paris, ils n’ont pu obtenir qu’une trêve de neuf heures pour faire sortir les malheureuses et innocentes victimes qui périssaient dans les caves de Neuilly, des Ternes, de Levallois, de Clichy.

    Les hostilités ayant été reprises avec une haine indescriptible par ceux qui osent bombarder Paris, les francs-maçons se réunirent le samedi 26 avril au Châtelet et décidèrent que le samedi 29 ils iraient solennellement faire adhésion à la Commune de Paris, et planter leurs bannières sur les remparts de la ville, aux endroits les plus menacés, espérant qu’elles amèneraient la fin de cette guerre impie et fratricide.

    Le 29 avril, les francs-maçons, au nombre de 10 à 11 000 se rendirent à l’Hôtel-de-Ville, suivant les grandes artères de la capitale, au milieu des acclamations de toute la population parisienne ; arrivés à l’avenue de la Grande-Armée, malgré les bombes et la mitraille, ils arborèrent 62 de leurs bannières en face des assaillants.

    Leur bannière blanche : Aimons-nous les uns les autres, s’avançant sur les lignes ennemies versaillaises, fit cesser le feu de la porte Dauphine à la porte Bineau : la tête de leurs profondes colonnes atteignit seule la première barricade des assaillants.

    Trois cents francs-maçons furent admis comme délégués.

    Ces délégués n’ayant obtenu qu’une courte trêve des généraux auxquels ils s’étaient adressés à Neuilly, à Courbevoie et à Rueil, où les populations les acclamaient aux cris de Vive la Maçonnerie, Vive la Commune, deux d’entre eux, cédant à l’instance des généraux qui déclarèrent d’ailleurs qu’ils ne pouvaient pas être leurs interprètes, allèrent à Versailles, sans mandat et contrairement à la ligne de conduite qu’ils s’étaient tracée, mais pour démontrer une fois de plus que toute tentative nouvelle de conciliation était inutile.

    Ils n’obtinrent rien, absolument rien, du chef du pouvoir exécutif.

    Le feu, interrompu le 29 à quatre heures de relevée, recommença plus formidable, accompagné de bombes incendiaires, le 30 à 7 h. 45 mn du soir. La trêve n’avait donc duré que 27 h. 45 mn.

    Une délégation de francs-maçons placée à la porte Maillot a constaté la profanation des bannières.

    C’est de Versailles, que sont partis les premiers coups, et un franc-maçon en a été la première victime.

    Les francs-maçons et compagnons de Paris, fédérés à la date du 2 mai s’adressent à tous ceux qui les connaissent.

    Frères en maçonnerie et frères compagnons, nous n’avons plus à prendre d’autres résolutions que celle de combattre et de couvrir de notre égide sacrée le côté du droit.

    Armons-nous pour la défense !

    Sauvons Paris !

    Sauvons la France !

    Sauvons l’humanité !

    Paris, à la tête du progrès humain, dans une crise suprême, fait appel à la Maçonnerie universelle, aux compagnons de toutes les corporations, il crie : A moi les enfants de la Veuve !

    Cet appel sera entendu par tous les francs-maçons et compagnons ; tous s’uniront pour l’action commune, en protestant contre la guerre civile que fomentent les souteneurs de monarchie.

    Tous comprendront ce que veulent les frères de Paris, c’est que la justice passe de la théorie à la pratique, que l’amour des uns pour les autres devient la règle générale, et que l’épée n’est tirée du fourreau, à Paris, que pour la légitime défense de l’humanité.

    Non ! Frères maçons et compagnons, vous ne voudrez pas permettre que la force brutale l’emporte, vous ne supporterez pas que nous retournions au chaos, et c’est ce qui adviendrait si vous n’étiez pas avec vos frères de Paris qui vous appellent à la rescousse.

    Agissez de concert, toutes les villes ensemble, en vous jetant au-devant des soldats qui combattent bien malgré eux pour la plus mauvaise cause, celle qui ne représente que des intérêts égoïstes, et entraînez-les à servir la cause de la justice et du droit.

    Vous aurez bien mérité de la Patrie universelle, vous aurez assuré le bonheur des peuples pour l’avenir !

    Vive la République ! Vivent les Communes de France fédérées avec celle de Paris !

                                                                    Paris, 5 mai 1871.

    Pour les francs-maçons, et les délégués compagnons de Paris.

    Thirifocq, ancien vénérable de la loge J.°. E.°. Orateur de la L.°. E.°. L.°. E.°.

    Masse, trésorier de la fédération, président de la réunion des originaires de l’Yonne.

    Baldue, ancien vénérable de la Loge la Ligne droite.

    Deschamps, Loge de la Persévérance.

    J. Remy, de l’orient de Paris, orient de la Californie.

    J.-B. Parche, de l’orient de Paris.

    De Beaumont, de la Tolérance.

    Grande-Landes, orateur de Bagneux.

    Lacombe, de l’orient de Paris.

    Vincent, de l’orient de Paris.

    Grasset, orateur de la Paix, union de Nantes.

    A. Gambier, de la Loge J.-J. Rousseau, Montmorency.

    Martin, ex-secrétaire de la Loge l’Harmonie de Paris.

    E. Louet, du Chapitre des Vrais amis de Paris.

    A. Lemaître des Philadelphes, orient de Londres.

    Conduner, de la Loge des Acacias.

    Louis Lebeau, de la Loge la Prévoyance.

    Gonty, de la Loge la Prévoyance.

    Emm. Vaillant, de la Loge de Seules.

    Jean Baptiste Elin, des Amis triomphants.

    Léon Klein, de l’Union parfaite de la Persévérance.

    Budaille, des Amis de la paix.

    Pierre Lachambeaudie, de la Rose du parfait silence.

    Durand, garant d’amitié de la Loge le B.°. de Marseille.

    Magdelenas, de la Clémente Amitié cosmopolite.

    Mossurenghy, du Grand Orient du Brésil.

    Fauchery, des Hospitaliers de Saint-Ouen.

    Radigue, de l’Etoile polaire.

    Rudoyer, des Amis de la paix d’Angoulême.

    Rousselet des Travailleurs de Levallois.

     

                              Les délégués compagnons :

    Vincent, dit Poitevin, l’Ami de l’intelligence.

    Cartier, dit Draguignan, le bien-aimé.

    Chabanne, dit Nivernais-noble-cœur.

    Thevenin, dit Nivernais, l’Ami du tour de France.

    Dumnis, dit Gâtinais le Protecteur du devoir.

    Gaillard, dit Angevin l’Ami des arts.

    Thomas, dit Poitevin Sans-gêne.

    Ruffin, dit Comtois le Fidèle courageux.

    Auriol, dit Carcassonne C.°. M.°.D.°. D.°. .

    Francoeur de Marcilly.

    La Liberté le Nantais.

    Lassal, la Vertu.

    Lyonnais, le Flambeau du devoir. ».

     

    Selon le témoignage de Louise Michel, dans La Commune, plusieurs francs-maçons « combattirent comme ils l’avaient promis et moururent bravement. »

     

    p)    Annonce franc-maçonnerie. Journal Officiel de la Commune de Paris du 5 mai 1871.

    La franc-maçonnerie a fait partir hier deux ballons de la place de l’Hôtel –de-Ville, l’un à deux heures, l’autre à quatre heures et demie.

    Ces ballons portaient les emblèmes maçonniques des trois rites réunis, et étaient chargés de circulaires adressées aux loges de la province.

    Le vent les a portés dans la direction du nord.

     

    q)    Manifeste du 15 mai 1871 de la Minorité :

    « Par un vote spécial et précis, la Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public. La majorité de la Commune s’est déclarée irresponsable par son vote et a abandonné à ce Comité toutes les responsabilités de notre situation. La minorité, à laquelle nous appartenons, affirme au contraire cette idée que la Commune doit au mouvement révolutionnaire, politique et social, d’accepter toutes les responsabilités et de n’en décliner aucune, quelque dignes que soient les mains à qui on voudrait les abandonner. Quant à nous, nous voulons, comme la majorité, l’accomplissement des rénovations politiques et sociales ; mais contrairement à sa pensée, nous revendiquons au nom des suffrages que nous représentons, le droit de répondre seuls de nos actes devant nos électeurs sans nous abriter derrière une suprême dictature que notre mandat ne nous permet d’accepter ni de reconnaître. Nous ne nous présenterons donc plus à l’Assemblée que le jour où elle se constituerait en Cour de justice pour juger un de ses membres. Dévoués à notre grande cause communale, pour laquelle tant de citoyens meurent tous les jours, nous nous retirons dans nos arrondissements, trop négligés peut-être. Convaincus d’ailleurs que la question de la guerre prime en ce moment toutes les autres, le temps que nos fonctions municipales nous laisseront, nous irons le passer au milieu de nos frères de la Garde nationale et nous prendrons notre part de cette lutte décisive soutenue au nom des droits du peuple>. Là encore, nous servirons utilement nos convictions et nous éviterons de créer dans la Commune des déchirements que nous réprouvons tous, persuadés que, majorité ou minorité, malgré nos divergences politiques, nous poursuivons tous un même but : la liberté politique, l’émancipation des travailleurs. Vive la république sociale ! Vive la Commune ! »

    Ont signé :

    Membres de la minorité (CSP= opposant au Comité de salut public; M= signataire du Manifeste) :

    Jules Andrieu (CSP/M); Georges Arnold (M); Arthur Arnould (CSP/M); Augustin Avrial(CSP/M); Jules-Nicolas-André Babick (CSP); Charles Beslay (CSP/M); Adolphe Clémence (CSP/M); Victor Clément (CSP/M); Gustave Courbet (CSP/M); Léo Fränkel (M); Eugène Gérardin (CSP/M); François Jourde (CSP/M); Camille Langevin (CSP); Gustave Lefrançais (CSP/M); Charles Longuet(CSP/M); Benoît Malon (CSP/M); François-Charles Ostyn (CSP/M); Jean-Louis Pindy(CSP/M); Paul Philémon Rastoul (CSP); Auguste Serraillier (CSP/M); Albert Theisz (CSP/M); Edme-Louis-Gustave Tridon (CSP/M); Jules Vallès (CSP/M); Eugène Varlin (CSP/M); Auguste-Jean-Marie Vermorel (CSP/M).

     

    r)    Annonces des francs-maçons. Journal Officiel de la Commune du mercredi 17 mai 1871 :

    Les francs-maçons et compagnons fédérés ont établi pour les vingt arrondissements, par une délégation, un service officieux qui a pour but de signaler à toutes les administrations civiles et militaires les abus qui existent ; ils recueillent également les plaintes pour y porter remède. Ils se proposent de faire exécuter strictement les décrets de la Commune. Un bureau est établi dans chaque mairie.

     

    Les francs-maçons et compagnons fédérés du XV° arrondissement prient leurs frères dudit arrondissement de se réunir demain 17  courant, à sept heures du soir, dans le pavillon de la justice de paix.

     

    s)    Nécrologie. Journal Officiel de la Commune, jeudi 18 mai 1871 :

    Les francs-maçons sont priés d’assister au convoi du F.°. Pierre-Jean Budor, mort en combattant pour la liberté, qui aura lieu jeudi 18 mai à trois heures et demie. On se réunira au G.°. O.°. de France, 16 rue Cadet.

     

    t)    Proclamation des francs-maçons de tous les rites :

    Journal Officiel de la Commune du mercredi 24 mai 1871 :

    Aux francs-maçons de tous les rites et de tous les grades.

    Frères,

    La Commune, défenseur de nos principes sacrés, nous appelle à elle.

    Vous l’avez entendue, et nos bannières vénérées sont déchirées par les balles et brisées par les obus de ses ennemis.

    Vous avez répondu héroïquement ; continuez avec l’aide de tous les compagnonnages.

    L’instruction que nous avons reçue dans nos respectables ateliers dictera à chacun de nous, à tous, le devoir sacré que nous avons à remplir.

    Heureux ceux qui triompheront ; glorieux ceux qui succomberont dans cette lutte sainte.

     

    3)    Les doctrines de la Commune :

     

    La Commune est l’expression de diverses tendances : jacobine, blanquiste, internationaliste,…

    Les éléments participant à la Commune sont très hétérogènes :

    ·   Les ouvriers internationalistes ;

    ·   Les blanquistes, fidèles à la tradition du coup de force politique ;

    ·   Les proudhoniens, qui admettaient en théorie la lutte des classes, mais s’enlisaient dans un vain corporatisme ;

    ·   Les petits-bourgeois, qui s’élevaient avec fureur contre la loi des loyers et la loi des échéances ;

    ·   Les républicains, qui s’insurgeaient contre l’assemblée réactionnaire de Bordeaux ;

    ·   Les autonomistes, qui ne voulaient ni du centralisme napoléonien, ni de la décapitalisation de Paris ;

    ·   Les patriotes, meurtris par la défaite militaire.

     

    L’action de la Commune a été indécise et vacillante : on a tardé à marcher sur Versailles, et on a respecté avec une sorte de piété la Banque de France.

     

    Démocratie directe :

    Villiers de l’Isle-Adam, dans son « Tableau de Paris » : « On entre, on sort, on circule, on s’attroupe. Le rire du gamin de Paris interrompt les discussions politiques. Approchez-vous des groupes, écoutez. Tout un peuple s’entretient de choses graves, pour la première fois on entend les ouvriers échanger leurs appréciations sur des problèmes qu’avaient abordés jusqu’ici les seuls philosophes. De surveillants, nulle trace ; aucun agent de police n’obstrue la rue et ne gêne les passants. La sécurité est parfaite. Autrefois, quand ce même peuple sortait aviné de ses bals de barrière, le bourgeois s’écartait, disant tout bas : Si ces gens-là étaient libres, que deviendront-nous ? – Ils sont libres, et ne dansent plus. Ils sont libres, et ils travaillent. Ils sont libres et ils combattent. Quand un homme de bonne foi passe auprès d’eux aujourd’hui, il comprend qu’un nouveau siècle vient d’éclore, et le plus sceptique reste rêveur. ».

     

    Blanqui

    Blanqui affirmait que la révolution devait être le résultat d’une impulsion donnée par un petit groupe organisé de révolutionnaires, qui donneraient le « coup de main » nécessaire à amener le peuple vers la révolution. Les révolutionnaires arrivant ainsi au pouvoir seraient en charge d’instaurer le nouveau système socialiste. Engels définit ainsi le blanquisme dans Le programme des émigrés blanquistes de la Commune en 1873 : « Blanqui est essentiellement un révolutionnaire politique, qui n’est socialiste que de sentiment, par sympathie pour les souffrances du peuple, mais il n’a pas de théorie socialiste ni de projets pratiques de transformation sociale. Dans son activité politique, il fut avant tout un « homme d’action » qui croyait qu’une petite minorité bien organisée pourrait, en essayant au bon moment d’effectuer un coup de main révolutionnaire, entraîner à sa suite, par quelques premiers succès la masse du peuple et réaliser ainsi une révolution victorieuse. (…) De l’idée blanquiste que toute révolution est l’œuvre d’une minorité dérive automatiquement la nécessité d’une dictature après le succès de l’insurrection, d’une dictature que n’exerce naturellement pas toute la classe révolutionnaire, le prolétariat, mais le petit nombre de ceux qui ont effectué le coup de main et qui, à leur tour, sont soumis d’avance à la dictature d’une ou de plusieurs personnes. L’ont voit que Blanqui est un révolutionnaire de la génération précédente. ».

    En 1870, l’organisation de ses disciples comptait en France 2500 membres.

     

    Proudhon

    La Commune réalise les options fondamentales de l’anarchisme : gestion collective, suppression de l’armée permanente, fédération, élection des hauts fonctionnaires, égalité des salaires ouvriers et des traitements de la fonction publique.

    Les principes de l’autonomie et du fédéralisme procèdent de Proudhon, qui voulait remplacer l’autorité étatique par des accords contractuels librement consentis. L’influence de Proudhon dépérit depuis 1868, et la Commune marque le point d’arrêt de la propagation de sa doctrine.

    Au sein de l’Association internationale des travailleurs, il y eut une scission entre les anarchistes proches de Bakounine et ceux qui étaient proches des idées de Proudhon. Les mutualistes proudhoniens pensaient que la propriété collective était indésirable et que la révolution sociale pouvait être atteinte pacifiquement.

    La théorie de Proudhon ne signifiait pas soulèvement violent, ni guerre civile, mais plutôt transformation de la société par l’avènement d’une classe moyenne.

    Proudhon désapprouve l’action révolutionnaire. Fils d’artisans, il se méfie de la classe ouvrière dont il redoute la violence.

    Dans Misère de la philosophie, en réponse à Philosophie de la misère de Proudhon, Marx démontre le caractère petit-bourgeois des théories de Proudhon.

     

    ·   Bakounine :

    Son influence fut déterminante dans le Midi de la France, en particulier à Marseille et à Lyon. Mais l’échec lamentable de l’insurrection de Lyon, qu’il ne sut ni préparer ni développer marque les limites de son influence.

     

    ·   La 1° Internationale (Association Internationale des Travailleurs)

    Sur la proposition du blanquiste Eudes, l’assemblée du conseil communal prend explicitement le nom de « Commune de Paris ». Choisir ce nom, c’est certes évoquer des compétences municipales, celles qui manquent à Paris. Mais c’est sans doute encore plus revendiquer un héritage, celui que tous les révolutionnaires parisiens ont en tête, celui qui est dans presque toutes les paroles et dans presque tous les discours, celui de la Commune insurrectionnelle de 1792, synonyme du contrôle du pouvoir par les sans-culottes parisiens. C’est aussi entrevoir une Commune autonome de Paris, se gouvernant seule, en attendant pour la France une future fédération des communes ;

    Au cours du troisième procès de l’Internationale à Paris, le procureur, se basant sur les documents des sections françaises, estime qu’en 1870, l’A.I.T. comptait 435000 membres en France.

    Les deux principales idées qui constituent le programme historique de l’émancipation du prolétariat, c’est-à-dire sa suppression, sont :

    a)     La nécessité pour les ouvriers de se constituer en classe autonome, avec leurs propres représentants et de devenir les sujets de leur affranchissement.

    b)    La dimension internationale du prolétariat – en tant que class universellement soumise aux mêmes conditions d’exploitation et d’esclavage – qui l’oblige à considérer son avenir dans la perspective d’une solidarité antinationale.

     

    Lors du IVe congrès de Bâle (6-12 septembre 1869), on peut apprécier le poids respectif de chacune des sensibilités. À partir de votes sur des motions ou amendements présentés par ces divers « courants », on peut établir le « rapport de force » comme suit :

    ·   63 % des délégués de l'A.I.T. se regroupent sur des textes collectivistes dits « antiautoritaires » (« bakouninistes »).

    ·   31 % se regroupent sur des textes collectivistes dits « marxistes ».

    ·   6 % maintiennent leurs convictions mutuellistes (proudhoniens).

    Les deux premières sensibilités se retrouvent sur une proposition ayant trait à la socialisation du sol. Enfin, et à l'unanimité, le congrès décide d'organiser les travailleurs dans des sociétés de résistance (syndicats).

     

    Avant la Commune de 1871, l’Internationale a fait l’objet de trois procès en France :

    ·   La première fois le 28 mars 1898, devant le tribunal correctionnel de Paris. Les accusés étaient au nombre de 15 : Chémalé, Tolain, Murat, Camélinat, Perrachon, Fournaise, Dantier, Gautier, Bellamy, Gérardin, Bastier, Guyard, Delahaye, Delorme. Chacun des accusés eut cent francs d’amende et l’Internationale fut déclarée dissoute.

    ·   Le second procès eut lieu le 23 mai suivant, et les nouveaux prévenus étaient : Varlin, Malon, Humber, Grandjean, Bourdon, Charbonneau, Combault, Sandrin, Moilin. Les accusés étaient condamnés à trois mois de prison et cent francs d’amende, l’Internationale étant déclarée dissoute.

    ·   Puis eu lieu le procès dit des trente, qui comportait en fait 37 accusés. La première catégorie était composée de ceux que l’on considérait les chefs : Varlin, Malon, Murat, Johannard, Pindy, Combault, Héligon, Avrial, Sabourdy, Colmia dit Franquin, Passedouet, Rocher, Assi, Langevin, Pagnerre, Robin, Leblanc, Carle, Allard. La seconde catégorie comprenait les affiliés : Theisz, Collot, Germain Casse, Ducauquie, Flahaut, Landeck, Chalain, ansel, Berthin, Boyer, Cirode, Delacour, Durand, Duval, Fournaise, Frankel, Girot, Malzieux. Varlin, Malon, Pindy, Combault, Héligon, Murat, Johannard furent condamnés à un an de prison et 100 francs d’amende. Avrial, Sabourdy, Colmia dit Franquin, Passedouet, Rocher, Langevin, Pagnerie, Robin, Leblanc, Carle, Allard, Theisz, Collot, Germain Casse, Chalain, Mangold, Ansel, Bertin Royer, Cirode, Delacour, Durand, Duval, Fournaise, Giot, Malezieux furent condamnés à deux mois de prison et 25 francs d’amende. Assi, Ducanquie, Flahaut et Landeck furent acquittés. Tous furent solidairement privés de leurs droits civils et condamnés aux dépens. Ceux condamnés à une année d’emprisonnement ne l’achevèrent pas, puisque la Commune les délivrera.

     

    ·   Internationalisme :

    La Commune a un caractère international. Notamment en nommant des étrangers à des postes de dirigeants :

    o Le hongrois Léo Fränkel, siège au Conseil général de la Commune. Le 30 mars 1871, la commission des élections valide ainsi son élection : « Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent, la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis et vous propose l’admission du citoyen Fränkel. Puis Fränkel est promu ministre du Travail.

    o Deux généraux polonais, Dombrowski et Wroblewski.

    o Une femme d’origine russe, Elisabeth Dmitrieff à la direction de l’Union des femmes. ETC.

     

    4)    LES CLUBS

    Dans le Journal Officiel de la Commune de Paris du vendredi 5 mai 1871, on lit :

    Un club a été ouvert hier soir, 3 mai, dans l’église Saint-Michel, rue Saint-Jean, à Batignolles.

    Il prend le nom de Club de la Révolution sociale.

    L’église était comble et les femmes en majorité. On sentait qu’en partant se battre pour la Commune, les maris avaient laissé au logis un germe solide d’idées révolutionnaires.

    Plusieurs membres de la Commune étaient présents.

    Le bureau, composé des citoyens Faillet, Sévin, Simon, Léon Angevin, était disposé juste en face de la tribune, la chaire naturellement.

    L’orgue a ouvert la séance par la Marseillaise, chantée tout au long par les citoyens et citoyennes du club, avec en enthousiasme admirable.

    Ce chant patriotique retentissant sous ces voûtes produisait un effet magistral.

    Après plusieurs discours révolutionnaires très intéressants, prononcés par les citoyens Combault, Sévin, Sassin, Faillet, l’écharpe rouge à été attachée à la chaire à prêcher, transformée désormais en une tribune populaire.

    Alors est venu le Chant du départ. Puis on a clos cette séance d’ouverture en reprenant la Marseillaise, et on s’est séparé aux cris unanimes de Vive la Commune ! Vive la Révolution sociale !

     

    5)    LA PRESSE

     

    Le Journal officiel de la Commune de Paris, puis Journal Officiel

    L’Action : Edmond Bazire. Lissagaray, rédacteur en chef.

    Le Bonnet rouge :

    Le Châtiment :

    L’Estafette :

    Le fils Duchêne : Heugène, Gugusse et Dodorre.

    Le Fils du Père Duchêne :

    L’Indépendance française :

    La Nouvelle république : Paschal Grousset.

    La Justice :

    La Ligue du bien public :

    Le Mot d’Ordre de Rochefort

    Paris Libre :

    Le Père Duchesne de Vermesch, Humbert, Maroteau et Guillaume, qui tire à 60000 exemplaires

    Le Père Fouettard :

    Le Réveil du Peuple :

    Le Triomphe de la République :

    Le Cri du Peuple de Vallès, qui tire à 100000 exemplaires

    Le Vengeur de Félix Pyat

    La Commune :  

    Le Tribun du Peuple

    L’Affranchi : Rédacteur en chef : Paschal Grousset. Proche des idées blanquiste.

    L’Avant-Garde

    Le Pilori des mouchards

    L’Officiel

    La Bouche de fer de Vermorel

     

    6)    LES STRUCTURES DE GOUVERNEMENT :

    Gouvernement de Napoléon III : 10 août 1870 au 4 septembre 1870

    ·   Comte de Palikao : Chef du Cabinet.

    ·   Henri Chevreau

    ·   Amiral Rigault de Genouilly

    ·   Jules Brame

    ·   Henri La Tour d’Auvergne

    ·   Grandperret

    ·   Clément Duvernois

    ·   Magne

    ·   Busson Billot

    ·   Jérôme David

     

    Gouvernement de la République ou Gouvernement de la Défense nationale (4 septembre) :

     

    « Ce gouvernement de fortune se compose de onze membres, parmi lesquels huit maçons – dix si l’on compte Jules Ferry, initié en 1875 seulement, et Jules Favre, initié en 1877. Tous les postes importants de l’administration sont par ailleurs confiés à des maçons. »

    Source : Pierre Marion Mes bien-aimés frères Histoire et dérive de la franc-maçonnerie Flammarion 2001.

     

    ·   Emmanuel Arago. Franc-maçon.

    ·   Adolphe Isaac Crémieux (à la Justice). Franc-maçon. Initié en 1818.

    ·   Jules Favre (aux Affaires étrangères). Franc-maçon. Initié en 1877.

    ·   Jules Ferry. Franc-maçon. Initié en 175.

    ·   Léon Gambetta (à l’Intérieur). Franc-maçon. Initié en 1869.

    ·   Louis-Antoine Garnier-Pagès. Franc-maçon.

    ·   Alexandre Glais-Bizoin.

    ·   Eugène Pelletan. Franc-maçon. Initié en 1864.

    ·   Ernest Picard (aux Finances). Franc-maçon.

    ·   Henri Rochefort. Franc-maçon.

    ·   Jules Simon (à l’Instruction publique). Franc-maçon.

    ·   Trochu, gouverneur de Paris (Victor Hugo : « Trochu, participe passé du verbe trop choir. »)

    Le ministère est complété par deux militaires :

    ·        Le général Le Flô

    ·        L’amiral Fourichon

    Et deux députés de province :

    ·        L’ingénieur Dorian (aux Travaux publics)

    ·        Magnin (au Commerce).

     

    Gouvernement Thiers :

    ·   Thiers, chef du pouvoir exécutif. Surnommé « Tom Pouce ». Son œuvre : décapitaliser Paris révolutionnaire, écraser les revendications ouvrières, rétablir une monarchie.

    ·   Jules Favre, ministre des affaires étrangères

    ·   Ernest Picard, intérieur

    ·   Dufaure, justice

    ·   Général Le Flô, guerre

    ·   Pouyer-Quertier, finances

    ·   Jules Simon, instruction publique

    ·   Amiral Porthuau, marine

    ·   Lambrecht, commerce

    ·   Delarey, travaux publics

    ·   Jules Ferry, maire de Paris

    ·   Vinoy, gouverneur de Paris

     

    LA COMMUNE :

     

    « Les maçons se divisent. Certains, dont les généraux, rejoignent le gouvernement provisoire conservateur qui s’installe à Versailles. D’autres se rallient à la Commune, dont les dirigeants comprennent maintenant seize frères. »

    Source : Pierre Marion Mes bien-aimés frères Histoire et dérive de la franc-maçonnerie Flammarion 2001.

     

    Dès le lendemain de sa proclamation, la Commune a créé neuf commissions qui ont assumé le pouvoir exécutif de l’assemblée délibérative. Elle a assuré le ravitaillement de la capitale, le secours aux indigents, la sauvegarde de la santé, la sécurité et la justice, l’ouverture et la laïcisation des écoles, la levée et la distribution du courrier, l’ouverture au public des musées et des bibliothèques, le fonctionnement des services des Monnaies et médailles, de l’Imprimerie nationale, des Poids et mesures, la collecte des impôts et taxes nécessaires au fonctionnement de ces services, au paiement de la solde des gardes nationaux, aux fabrications de guerre par les régies financières existantes et les avances de la Banque de France.

     

    Le Comité centrale de la garde nationale :

    ·   André Alavoine (1843-1909).

    ·   Jean Allemane (1843-1935). Franc-maçon.

    ·   Edouard Andignoux (1844-1885).

    ·   Armand Antoine Jules Arnaud (1831-1885).

    ·   Georges Arnold (1837-19012).

    ·   Adolphe Alphonse Assi (1841-1886). Franc-maçon.

    ·   Audoynard ;

    ·   Jules Avoine (1832- ?).

    ·   Jules Nicolas André Babick (1820-1902). Il portait en sautoir le collier d’un ordre maçonnique. Opposant au Comité de salut public.

    ·   Badois

    ·   Baroud ;

    ·   Jules Henri Marius Bergeret (1830-1905). Franc-maçon.

    ·   Stanislas Xavier Pourille dit Blanchet (1833- ?).

    ·   David Boison ;

    ·   Bouit

    ·   Boursier

    ·   Cadaze

    ·   Claude Romain Capellaro (1826-1899).

    ·   Castioni

    ·   Henri Chouteau (1834-1896).

    ·   Hyppolite Adolphe Clémence dit Roussel (1838-1889).

    ·   Lucien Louis Joseph Combatz (1837-1887).

    ·   Courty ;

    ·   Clovis Joseph Dupont (1830-1902).

    ·   Jacques Louis Durand (1817-1871).

    ·   Dutil

    ·   Emile Hector Duval (1840-1871).

    ·   Emile François Désiré Eudes (1843-1888). Franc-maçon.

    ·   François Fabre (1819-1892).

    ·   Ferrat

    ·   Fleury

    ·   Fougeret

    ·   Frontier

    ·   Jean Baptiste Hubert Géresme, dit Hubert (1828-1890).

    ·   Grélier

    ·   Gritz

    ·   J. Grolard

    ·   Henry Sixte-Casse, dit Fortuné Henry (1821-1882). Franc-maçon.

    ·   Lucien Félix Henry (1850-1896).

    ·   Victor Charles Jaclard (1840-1903). Franc-maçon.

    ·   Josselin

    ·   François Jourde (1843-1893). Franc-maçon.

    ·   Lagarde

    ·   Laroque

    ·   Gilbert Lavalette (1829-1905).

    ·   Maxime Lisbonne (1839-1905).

    ·   Alphonse Nicolas Sébastien Joseph Lonclans (1836- ?).

    ·   Charles Ernest Lullier (1838-1891).

    ·   Charles Maljournal (1841-1894).

    ·   Marcand

    ·   Masson

    ·   Matté

    ·   Léo Melliet (1843-1909).

    ·   Edouard Auguste Moreau (1836-1871).

    ·   Henri Joseph Mortier (1843-1894).

    ·   François Hosteins Léoplod Charles Ostyn (1823-1912).

    ·   Piconel

    ·   Jean Louis Pindy (1840-1907).

    ·   Henri Place (1847- ?). Franc-maçon.

    ·   Pouchain

    ·   Gabriel Ranvier (1828-1879). Franc-maçon.

    ·   Rousseau

    ·   Tessier

    ·   Louis Eugène Varlin (1839-1871).

    ·   Weber

     

    TOTAL : 65 membres dont 9 francs-maçons.

     

    Le Conseil de la Commune :

    79 membres, dont une trentaine d’ouvriers et « artisans ».

    ·   Jean Allemane (1843-1935). Franc-maçon.

    ·   Jules Allix (1818-1897).

    ·   Charles Amouroux (1843-1885).

    ·   Jules Louis Andrieu (1838-1884). Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Antoine Arnaud (1831-1885).

    ·   Georges Arnold (1837-1912). Minorité.

    ·   Arthur Arnould (1833-1895). Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Jean Baptiste Joseph Charles Arnould (1847-1904).

    ·   Adolphe Assi (1841-1886). Franc-maçon.

    ·   Augustin Avrial (1840-1904). Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Jules Babick (1820-1902). Il portait en sautoir le collier d’un ordre maçonnique. Opposant au Comité de salut public.

    ·   Barré.

    ·   Jules Bergeret (1830-1905). Franc-maçon.

    ·   Charles Beslay (1795-1878). Franc-maçon. Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Alfred Edouard Billioray (1841-1876).

    ·   Stanislas Xavier Pourille, dit Blanchet (1833- ?).

    ·   Louis Auguste Blanqui (1805-1881). Franc-maçon.

    ·   Louis Alfred Briosne (1825-1873).

    ·   Paul Magloire Antoine Brunelle, dit Paul Antoine Brunel (1830-1904).

    ·   Louis Denis Chalain (1845-1885).

    ·   Henri Jean Louis Champy (1846-1902).

    ·   Jean Baptiste Chardon (1839-1898).

    ·   Adolphe Clémence dit Roussel (1838-1889). Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Jean Baptiste Clément (1836-1903). Franc-maçon.

    ·   Emile Léopold Clément (1826-1881).

    ·   Victor Clément (1824- ?). Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Gustave Paul Cluseret (1823-1900).

    ·   Gustave Courbet (1819-1877). Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Frédéric Constant Etienne Cournet (1837-1885).

    ·   De Bouteiller.

    ·   Louis Charles Delescluze (1809-1871).

    ·   Antoine Mathieu Demay (1822-1884).

    ·   Simon Dereure (1838-1900).

    ·   Baptiste Descamps (1836-peut-être 1873).

    ·   Clovis Joseph Dupont (1830-1902).

    ·   Jean Martial Anthime Dupont (1841- vers 1890).

    ·   Jacques Louis Durand (1817-1871).

    ·   Emile Duval (1840-1871).

    ·   Emile Eudes (1843-1888). Franc-maçon.

    ·   Théophile Ferré (1846-1871).

    ·   Léo Fränkel (1844-1896). Minorité.

    ·   Charles Gambon (1820-1887).

    ·   Charles Hyppolite Louis Gérardin (1843-1921).

    ·   Eugène François Gérardin (1827- ?). Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Jean Baptiste Hubert Géresme, dit Hubert (1828-1890).

    ·   Edmond Alfred Goupy ou Goupil (1838-1919).

    ·   Paschal Grousset (1844-1909).

    ·   Henry Sixte-Casse, dit Fortuné Henry (1821-1882). Franc-maçon.

    ·   Jules Paul Johannard (1843-1888). Franc-maçon.

    ·   François Jourde (1843-1893). Franc-maçon. Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Camille Pierre Langevin (1843-1913). Opposant au comité de salut public ; Minorité.

    ·   Charles François Ledroit (1818- ?).

    ·   Gustave Lefrançais (1826-1901). Franc-maçon. Opposant au comité de salut public ; Minorité.

    ·   Ernest François Lefèvre (né en 1837).

    ·   Edmond Adolphe Lepelletier de Bouhélier, dit Edmond Lepelletier (1846-1913). Franc-maçon.

    ·   Maxime Lisbonne (1839-1905).

    ·   Charles Martin Loiseau-Pinson (1815-1876).

    ·   Alphonse Nicolas Sébastien Joseph Lonclans (1836- ?).

    ·   Charles Longuet (1839-1903). Franc-maçon. Opposant au comité de salut public ; Minorité.

    ·   Benoît Malon (1841-1893). Franc-maçon. Opposant au comité de salut public ; Minorité.

    ·   Pierre Joseph Henri Marmottan (1832-1914). Franc-maçon.

    ·   Jules Martelet (1843-1916).

    ·   Jules Méline (1838-1925).

    ·   Léo Melliet (1843-1909).

    ·   Jules Miot (1809-1883).

    ·   Charles Betrtrand Murat (1818-1897).

    ·   André Nast ;

    ·   François Hosteins Léoplod Charls Ostyn (1823-1912). Opposant au comité de salut public ; Minorité.

    ·   Joseph Emile Oudet (1826-1919).

    ·   Pierre Ulysse Parent (1828-1880). Franc-maçon.

    ·   François Louis Parisel (1841-1878).

    ·   Jean Philippe Fenouillas, dit Philippe (1830-1873).

    ·   Jean Jacques Pillot (1808-1877).

    ·   Jean Louis Pindy (1840-1907). Opposant au comité de salut public ; Minorité.

    ·   Pothier

    ·   Eugène Pottier (1816-1887). Franc-maçon.

    ·   Eugène Louis Charles Protot (1839-1921). Franc-maçon.

    ·   Alfred Ernest Puget (1836- ?).

    ·   Félix Pyat (1810-1889). Franc-maçon.

    ·   Arthur Ranc (1831-1908). Franc-maçon.

    ·   Gabriel Ranvier (1828-1879). Franc-maçon.

    ·   Barthélémi Paul Emile Philémon Rastoul (1835-1875). Opposant au Comité de salut public.

    ·   Dominique Théophile Régère (1816-1893).

    ·   Raoul Rigaud (1846-1871). Franc-maçon.

    ·   Jean François Eugène Robinet (1825-1899).

    ·   Louis Augustin Rogeard (1820-1896).

    ·   Auguste Serrailler (1840-1872). Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Auguste Sicard (1839- ?).

    ·   Alfred Frédéric Félix Theisz (1839-1881). Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Edme Marie Gustave Tridon (1841-1871).

    ·   Alexis Trinquet (1835-1882).

    ·   Raoul Urbain (1837-1902).

    ·   Edouard Vaillant (1840-1915).

    ·   Jules Vallès (1832-1885). Franc-maçon. Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Eugène Varlin (1839-1871). Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Augustin Verdure (1825-1873).

    ·   Auguste Vermorel (1841-1871). Franc-maçon. Opposant au Comité de salut public. Minorité.

    ·   Pierre Vésinier (1826-1909).

    ·   Auguste Vincent Pompée Viard (1836-1892).

     

    TOTAL : 98 conseillers dont 24 ou 25 francs-maçons.

     

    Le Conseil de la Commune : Elections du 26 mars 1871.

    91 conseillers.  

    1. Premier arrondissement (Louvre) : Adam, Melin, Rochard, Barré.

    2.     Deuxième arrondissement (Bourse) : Brélay, Loiseau, Tirard, Chéron.

    3.     Troisième arrondissement (Temple) : Demay, Arnaud, Pindy, Murat, Dupont.

    4.     Quatrième arrondissement (Hôtel-de-Ville) : Arthur Arnould, Lefrançais, Clémence, Gérardin, Amouroux.

    5.     Cinquième arrondissement (Panthéon) : Régère, Jourde, Tridon, Blanchet, Ledroy.

    6.     Sixième arrondissement (Luxembourg) : Leroy, Goupil, Robinet, Beslay, Varlin (élu dans les 17° et 12°).

    7.     Septième arrondissement (Palais-Bourbon) : Parizel, Lefèvre, Urbain, Brunel.

    8.     Huitième arrondissement (Elysée) : Raoul Rigault, Vaillant, Arthur Arnould, Alix.

    9.     Neuvième arrondissement (Opéra) : U. Parent, Desmarets, E. Ferry, Nast.

    10.  Dixième arrondissement (Enclos Saint-Laurent) : Gambon, Félis Pyat, Henri Fortuné, Champy, Babick, Rastoud.

    11.   Onzième arrondissement (Popincourt) : Mortier, Delescluze (élu dans le 19°), Assi, Protot, Eudes, Avrial, Verdure.

    12.  Douzième arrondissement (Reuilly) : Varlin (élu dans le 17° et le 6°), Geresme, Theisz (élu dans le 18°), Fruneau.

    13.  Treizième arrondissement (Gobelins) : Léo Meillet, Duval, Chardon, Frankel.

    14.  Quatorzième arrondissement (Observatoire) : Billioray, Martelet, Decamp, Ducoudray.

    15.  Quinzième arrondissement (Vaugirard) : Clément, L. Vallès, Langevin.

    16.  Seizième arrondissement (Passy) : Marmottan, Du Bouteiller.

    17.  Dix-septième arrondissement (Batignolles-Monceau) : Varlin, Clément, Ch. Gérardin, Chalin, Malon.

    18.  Dix-huitième arrondissement (Butte-Montmartre) : Blanqui, Theisz, Dereure, Clément, Ferré, Vermorel, P. Grousset.

    19.  Dix-neuvième arrondissement (Butte-Chaumont) : Oudet, Puget, Delescluze (élu dans le 11°), J. Miot, Ostyn, Flourens.

    20.                  Vingtième arrondissement (Ménilmontant) : Bergeret, Ranvier, Flourens, Tridon.

     

    Les citoyens suivants se sont démis des fonctions de membre de la Commune : Adam, Méline, Rochart, Barré, Loiseau, Tirard, Chéron, Leroy, Robinet, Desmarest, Ferry, Nast, Fruneau, Marmottan, De Bouteiller.

    Des options ont été exercés par les citoyens suivants : A. Arnould, Varlin, Delescluze, Theisz et Blanqui.

     

    En conséquence, des élections complémentaires sont prévues pour élire 19 conseillers :

    ·   1° arrondissement : 4 : Vésinier, Cluseret, Pillot, Andrieu.

    ·   2° arrondissement : 4 : Pothier, Serrailler, Durand, Johannard.

    ·   6° arrondissement : 2 : Courbet, Rogeard.

    ·   7° arrondissement : Sicard.

    ·   8° arrondissement : 1 : Pas d’élu.

    ·   9° arrondissement : Briosne.

    ·   12° arrondissement : 2 : Philippe, Lonclas.

    ·   16° arrondissement : 2 : Longuet.

    ·   17° arrondissement : 1 : Dupont.

    ·   18° arrondissement : 2 : Cluseret, Arnold.

    ·   19° arrondissement : Menotti Garibaldi. 1

    ·   Vingtième arrondissement : Viard, Trinquet.

     

    Sont créées neuf commissions qui correspondent à des ministères, chapeautées par une commission exécutive.

    La commission exécutive, à l’origine nommée pour un mois et composée de Le français, Duval, Pyat, Bergeret, Tridon, Eudes et Vaillant, fait appliquer les décrets de la Commune et les décisions des autres commissions.

    Les commissions, de la Commune, souvent remaniées, furent ainsi primitivement composées :

    ·   Commission militaire (Guerre) : Delescluze, Tridon, Avrial, Arnold, Ranvier.

    ·   Commission des Finances : Beslay, Billioray, Victor Clément, Lefrançais, Félix Pyat.

    ·   Commission de la Sûreté générale (Police) : Cournet, Vermorel, Ferré, Trinquet, Dupont.

    ·   Commission de l’Enseignement : Courbet, Verdure, Jules Miot, Vallès, J. B. Clément.

    ·   Commission des Subsistances : Varlin, Parisel, Victor Clément, Arthur Arnould, Champy.

    ·   Commission de la Justice : Cambon, Dereure, Clémence, Langevin, Durand.

    ·   Commission du Travail, Industrie et Echange : Theisz, Malon, Serailler, Ch. Longuet, Chalin.

    ·   Commission des Relations extérieures : Léo Meillet, Ch. Gérardibn, Amouroux, Johannard, Vallès.

    ·   Commission des Services publics : Ostyn, Vesinier, Rastoul, Antoine, Arnaud, Poitier.

     

    Organisation des commissions le 30 mars 1871 :

    ·   Commission exécutive : Eudes, Tridon, Vaillant, Lefrançais, Duval, Félix Pyat, Bergeret.

    ·   Commission des finances : Victor Clément, Varlin, Jourde, Beslay, Régère.

    ·   Commission militaire : Pindy, Eudes, Bergeret, Duval, Chardon, Flourens, Ranvier.

    ·   Commission de la justice : Ranc, Protot, Léo Mellet, Vermorel, Ledroit, Babick.

    ·   Commission de la sûreté générale : Raoul Rigault, Ferré, Assy, Cournet, Oudet, Chalain, Gérardin.

    ·   Commission des subsistances : Dereure, Champy, Ostyn, Clément, Parizl, Emile Clément, Fortuné Henry.

    ·   Commission du travail – industrie et échange : Malon, Frankel, Theisz, Dupont, Avrial, Loiseau-Pinson, Eug. Gérardin, Puget.

    ·   Commission des relations extérieures : Delescluze, Ranc, Paschal Grousset, Ulysse Parent, Arthur Arnauld, Ch Girardin.

    ·   Commission des services publics : Ostyn, Billioray, Clément (J.-B.), Mardet, Mortier, Rastoul.

    ·   Commission de l’enseignement : Jules Vallès, Docteur Goupil, Lefèvre, Urbain, Albert Leroy, Verdure, Demay, Docteur Robinet, Miot.

     

    DELEGATIONS :*

    ·   Guerre : Cluseret

    ·   Finances : Jourde

    ·   Subsistances : Viard

    ·   Relations extérieure : Paschal Grousset

    ·   Enseignement : Vaillant

    ·   Justice : Protot

    ·   Sûreté générale : Raoul Rigaud

    ·   Travail et échanges : Fraenkel

    ·   Services publics : Andrieu.

     

    La Commission fédérale des artistes :

    ·   Peintres : Bouvin, Corot, Courbet, Daumier, Arnaud, Dursée, Hyppolite Dubois, Feyen, Perrio, Armand Gauthier, Gluck, Jules Hereau, Lançon, Eugène Leroux, Edouard Manet, François Millet, Oulevay, Pichio.

    ·   Sculpteurs : Becquet, Agénor Chapuy, Dalou, Lagrange, Edouard Lindenchet, Moreau, Vauthier, Hippolyte Moulin, Othin, Portevin, Debleyer.

    ·   Architectes : Boileau fils, Delbrouck, Nicolle, Achille Oudinot, Raulin.

    ·   Graveurs lithographes : Georges Bellanger, Bracquement, Flameng, André Gill, Huot, Pothey.

    ·   Artistes industriels : Emile Aubin, Boudieu, Chabert, Chesneau, Fuzier, Meyer, Ottin fils, Eugène Pottier, Ranber, Rester.

     

    Comité de Salut Public :

     

    Le 28 avril le vieux « jacobin », Jules Miot, propose la création d’un Comité de Salut Public. Le 1° mai, par 45 voix contre 23, la proposition de Miot est adoptée. Il est composé d’Antoine Arnaud, de Léo Melliet, de Gabriel Ranvier, de Félix Pyat et de Charles Gérardin. Le 8 mai, Gérardin, Melliet et Pyat sont remplacé par Gambon, Eudes et Delescluze. Ce dernier, nommé délégué à la Guerre, laisse sa place à Billioray.

     

    VERSAILLAIS :

     

    Conseil de guerre (juges) :

    ·   Merlin, colonel, président,

    ·   Gaulet, chef de bataillon, juge,

    ·   De Guibert, capitaine, juge,

    ·   Mariguet, juge,

    ·   Cassaigne, lieutenant, juge,

    ·   Léger, sous-lieutenant, juge,

    ·   Labat, adjudant, sous-officier,

    ·   Gaveau, chef de bataillon au 68 ° de ligne,

    ·   Sénart, capitaine, substitut.

     

    7)    CITATIONS SUR LA COMMUNE DE PARIS

     

    Léonide Babaud-Laribière : Grand Maître du Grand Orient de France, dans une Circulaire du 1° août 1871, publiée dans le Bulletin officiel du Grand Orient :

    Il qualifie le mouvement communard de « criminelle sédition qui a épouvanté l’univers, en couvrant Paris de sang et de ruines ».

    « Il n’y a aucune solidarité entre ses [du Grand Orient] doctrines et celles de la Commune, et que si quelques hommes indignes du nom de maçons ont pu tenter de transformer notre bannière pacifique en drapeau de guerre civile, le Grand Orient les répudie comme ayant manqué à leurs devoirs les plus sacrés. ».

     

    Catulle Mendès : Adversaire de la Commune, il a aussi protesté contre les bombardements des Versaillais :

    « Les balles et les obus des Versaillais ne se contentent pas de tuer des combattants et de battre en brèche les forts et les remparts. Ils tuent des femmes, des enfants, des gens qui passent… Paris bombardé ! Prenez garde, Messieurs de l’Assemblée nationale ! Ce que les prussiens ont fait, il serait aussi infâme qu’imprudent de le refaire ».

    Les 73 jours de la Commune.

     

    Maria Deraismes :

    « L’infériorité des femmes n’est pas un fait de la nature, c’est une invention humaine, c’est une fiction sociale ».

     

    Maxime Ducamp (ou Du Camp) (Les Convulsions de Paris)

    « Le sexe faible fit parler de lui, et pour faire suite au Mérite des femmes, on pourrait écrire un livre curieux : Du rôle des femmes pendant la Commune. Le récit de leurs sottises devrait tenter le talent d'un moraliste ou d'un aliéniste. Elles avaient lancé bien autre chose que leur bonnet par-dessus les moulins ; tout le costume y passa. Celles qui se donnèrent à la Commune - et elles furent nombreuses - n'eurent qu'une seule ambition : s'élever au-dessus de l'homme en exagérant ses vices. Elles furent mauvaises. Utilisées par la police des Rigault et des Ferré, elles se montrèrent impitoyables dans la recherche des réfractaires qui se cachaient pour ne point servir la Commune. Comme "ambulancières", elles abreuvèrent les blessés d'eau-de-vie, sous prétexte de les "remonter", et poussèrent dans la mort bien des malheureux qu'une simple médication aurait guéris. Dans les écoles où elles s'installèrent, elles apprirent aux petits enfants à tout maudire, excepté la Commune. Du haut de la chaire des églises converties en clubs, elles se dévoilèrent ; de leur voix glapissante, au milieu de la fumée des pipes, dans le bourdonnement des hoquets, elles demandèrent "leur place au soleil, leurs droits de cité, l'égalité qu'on leur refuse" et autres revendications indécises qui cachent peut-être le rêve secret qu'elles mettaient volontiers en pratique : la pluralité des hommes. [...] Ces évadées du dispensaire parlaient de Jeanne d'Arc, et ne dédaignaient pas de se comparer à elle. La Commune, sans trop s'en douter, aida à ce soulèvement féminin qui vidait les maisons à gros numéro au détriment de la santé publique et au profit de la guerre civile ».

    Voir Les Écrivains contre la Commune, Paul Lidsky, Maspéro, 1970.

     

    Maxime Du Camp décrit ainsi, de façon délirante, Florence Wandeval, Anne-Marie Ménard et Aurore Machu :

    « Trois sinistres femelles animaient, enfiévraient les hommes, embrassaient les pointeurs et faisaient preuve d’une impudeur qui ne redoutait pas le grand jour. (…) La Machu la Ménard, la Vandeval, en sueur, les vêtements débraillés, la poitrine presque nue, passaient d’homme en homme, et criaient parfois : A boire !... »

    Description d’Anne-Marie Ménard :

    « Je n’ai jamais vu une laideur pareille à la sienne. Brune, l’œil écarquillé, les cheveux ternes et sales, le visage tout prolé de tâches de rousseur, la lèvre mince et le rire bête, elle avait je ne sais quoi de sauvage qui rappelait l’effarement des oiseaux nocturnes subitement placés au soleil… ».

    Convulsions de paris, III, pages 113-114.

     

    Alexandre Dumas fils

    À propos du peintre Gustave Courbet (communard) :

    « De quel accouplement fabuleux d'une limace et d'un paon, de quelles antithèses génésiaques, de quel suintement sébacé peut avoir été générée cette chose qu'on appelle Gustave Courbet ? Sous quelle cloche, à l'aide de quel fumier, par suite de quelle mixture de vin, de bière, de mucus corrosif et d'œdème flatulent a pu pousser cette courge sonore et poilue, ce ventre esthétique, incarnation du Moi imbécile et impuissant ».

    Le même Dumas fils à propos des femmes de la Commune :

    « Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour les femmes à qui elles ressemblent— quand elles sont mortes ».

     

    Anatole France

    « Enfin le gouvernement du crime et de la démence pourrit à l'heure qu'il est dans les champs d'exécution ».

     

    Gustave Flaubert

    « Je trouve qu'on aurait dû condamner aux galères toute la Commune et forcer ces sanglants imbéciles à déblayer les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats. Mais cela aurait blessé l'humanité. On est tendre pour les chiens enragés, et point pour ceux qu'ils ont mordus ».

     

    Théophile Gautier (dans ses Tableaux de siège) :

    Il évoque cette « population immonde, inconnue au jour, et qui grouille sinistrement dans les profondeurs des ténèbres souterraines », pour conclure : « Un jour il advient ceci que le belluaire distrait oublie ses clés aux portes de la ménagerie, et les animaux féroces se répandent par la ville épouvantée avec des hurlements sauvages. Des cages ouvertes s’élancent les hyènes de 93 et les gorilles de la Commune. »

     

    Edmond de Goncourt (Journal)

    « A toutes les fenêtres, les drapeaux tricolores ; sur toutes les voitures, des drapeaux tricolores. Les soupiraux de cave de toutes les maisons fermés et maçonnés. Sur les pavés qu'on replace, l'essaim des Parisiens, reprenant en habits de voyage la possession de leur ville. C'est bon. Il n'y a eu ni conciliation ni transaction. La solution a été brutale. Ç'a été de la force pure. La solution a retiré les âmes des lâches compromis. La solution a redonné confiance à l'armée, qui a appris, dans le sang des communeux, qu'elle était encore capable de se battre. Enfin, la saignée a été une saignée à blanc ; et les saignées comme celle-ci, en tuant la partie bataillante d'une population, ajournent d'une conscription la nouvelle révolution. C'est vingt ans de repos que l'ancienne société a devant elle, si le pouvoir ose tout ce qu'il peut oser en ce moment ».

    Journal, mercredi 31 mai 1871.

     

    Jules Guesde :

    « … Toute la Révolution du dix-huit mars est dans ce fait : la bourgeoisie, toutes les fractions de la bourgeoisie chassées du gouvernement, le gouvernement pris en main par le prolétariat parisien.

    Peu importe l’usage qu’ont pu faire de ce pouvoir, dans des circonstances exceptionnellement difficiles, les travailleurs non préparés, n’ayant ni but ni méthode.

    Peu importe qu’imbus des idées bourgeoises sur la propriété, ils aient organisé eux-mêmes leur défaite en « respectant » la Banque de France.

    Peu importe qu’égarés par d’autres idées non moins bourgeoises, négligeant le véritable et unique ennemi : le capitalisme, pour un adversaire de fantaisie : le cléricalisme, ils aient pris leurs otages dans les archevêchés et les sacristies, alors qu’ils avaient Rothschild au bout de leur mandat d’amener.

    Peu importe qu’ayant à venger leurs assassinés d’avril et de mai, le fusil de leurs représailles se soit trompé de cible, perdant ses balles de désespoir dans la carcasse de « quelques obscurs jésuites », lorsque patrons et financiers traînaient par les rues à la douzaine.

    Toutes ces fautes – qui ne se répéteraient pas aujourd’hui – disparaissent devant et dans cet événement qui est un avènement : la classe dépossédée maîtresse pendant deux mois de l’outil de toutes les transformations sociales, l’Etat.

    C’est cette conquête – malheureusement provisoire – de l’Etat par les prolétaires de Paris que nous fêtons et que fête avec nous le prolétariat du monde entier, internationalement d’accord pour placer dans l’expropriation politique de la classe politique le secret et l’instrument de son expropriation économique. »

     

    Victor Hugo

    Victor Hugo n’est pas communard:

    “Ce que représente la Commune est immense, elle pourrait faire de grandes choses, elle n’en fait que de petites. Et des petites choses qui sont des choses odieuses, c’est lamentable. Entendons-nous, je suis un homme de révolution. J’accepte donc les grandes nécessités à une seule condition : c’est qu’elles soient la confirmation des principes et non leur ébranlement. Toute ma pensée oscille entre ces deux pôles : « civilisation-révolution ». La construction d’une société égalitaire ne saurait découler que d’une recomposition de la société libérale elle-même. »

    Actes et paroles, Depuis l’exil.

    Il ne soutient pas non plus la réaction d’Adolphe Thiers.

    Devant la répression qui s’abat sur les communards, le poète dit son dégoût :

    « Des bandits ont tué soixante-quatre otages. On réplique en tuant six mille prisonniers »

     

    Lénine :

    « Pour qu’une révolution sociale puisse triompher, deux conditions au moins sont nécessaires : des forces productives hautement développées et un prolétariat bine préparé. Mais en 1871 ces deux conditions faisaient défaut. Le capitalisme était encore peu développé et la France était surtout un pays de petite bourgeoisie ‘artisans, paysans, boutiquiers, etc.). Il n’existait pas de parti ouvrier ; la classe ouvrière n’avait ni préparation ni long entraînement et, dans sa masse, elle n’avait même pas une idée très claire de ses tâches et des moyens de les réaliser. Il n’y avait ni sérieuse organisation politique du prolétariat, ni syndicats et associations coopératives de masse. » Dans A la mémoire de la Commune, in La Commune de Paris, pages 18-19.

    « Se souvenant des enseignements de la Commune, il [le prolétariat russe] savait que le prolétariat ne doit pas négliger les moyens de lutte pacifiques – ces derniers servent ses intérêts quotidiens et sont indispensables en période de préparation de la révolution – mais qu’il ne doit pas oublier non plus que dans certaines circonstances la lutte de classe se transforme en lutte armée et en guerre civile : il est des moments où les intérêts du prolétariat exigent l’extermination implacable de ses ennemis dans des combats déclarés ». La Commune de Paris, page 14.

     

    Marx et la Commune :

    Marx : « Les principes de la Commune sont éternels et ne peuvent être détruits. Ils resurgiront toujours de nouveau jusqu’à ce que la classe ouvrière soit émancipée. »

    Le prolétariat pouvait, certes, faire une révolution sans être bien organisé ni conduit par un parti puissant, mais il ne pouvait vaincre dans ces conditions.

    « Pour qu’au jour de la décision, le prolétariat soit assez fort pour VAINCRE, il est nécessaire qu’il se constitue en un Parti autonome, un parti de classe conscient, séparé des autres. C’est ce que Marx et moi nous avons cessé de défendre depuis le Manifeste de 1848. » (Engels à G. Trier, le 18 décembre 1889).

    Marx : « Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d’une société nouvelle. Le souvenir des martyrs est conservé pieusement dans le grand cœur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l’histoire les a déjà cloués à un pilori éternel, et toutes les prières de leurs prêtres n’arriveront pas à les libérer. » (La Guerre civile en France).

    Engels : « Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat. » (Préface de La Guerre civile en France).

    Marx : « Qu’après la plus terrible guerre des temps modernes, le vaincu et le vainqueur fraternisent pour massacrer en commun le prolétariat, cet événement inouï prouve non pas comme Bismarck le pense, l’écrasement définitif d’une nouvelle société montante, mais la désagrégation complète de la vieille société bourgeoise… ».

     

    Louise Michel

    « Cherchez, trouvez un appel au meurtre, au pillage, une ligne cruelle dans ces journaux communeux, chauffés par la bataille et comparez maintenant avec les feuilles versaillaises qui demandent les fusillades de masse dès que les troupes auront vaincu Paris. (…) M. Thiers fait tirer sur les ambulances de la Commune. Il a répondu aux protestations de la Société internationales de secours aux blessés : « La Commune n’ayant pas adhéré à la convention de Genève, le Gouvernement de Versailles n’a pas à l’observer. » ».

    Les consignes de Versailles : « Pas de prisonniers ! Si dans le tas il se trouve un honnête homme réellement entraîné de force, vous le verrez bien dans ce moment-là. Un honnête homme se distingue par son auréole ; accordez aux braves soldats la liberté de venger leurs camarades en faisant sur le théâtre et dans la rage même de l’action ce que le lendemain ils ne voudraient pas faire de sang-froid. »

    (Les communeux) « Ils seront vengés ensemble à la grande révolte, le jour où sur un front de bataille large comme le monde, l’émeute se lèvera. »

    « Plus de 10000 femmes aux jours de mai, éparses ou ensemble, combattaient pour la liberté ».

    « Habitants de Paris,

    L’armée de la France est venue vous sauver ! Paris est délivré, nos soldats ont enlevé en quatre heures les dernières positions occupées par les insurgés. Aujourd’hui la lutte est terminée, l’ordre, le travail, la sécurité vont renaître.

    Le maréchal de France commandant en chef

    Mac-Mahon, duc de Magenta. »

    « 100000 ouvriers disparus de Paris ». Donc, officiellement, selon Versailles : 35000 morts. Selon Louise Michel, peut-être 100000.

    « Plutôt cent mille que trente-cinq mille cadavres furent étendus en une Morgue immense dans le cadre de pierre de fortifications. »

    La Commune. Stock.

     

    Arthur Rimbaud :

    Dans les « Mains de Jeanne-Marie », il rend hommage aux communardes :

    « Elles ont pâli, merveilleuses,

    Au grand soleil d’amour chargé,

    Sur le bronze des mitrailleuses

    A travers Paris insurgé ! ».

     

    George Sand à propos des fusillades par les Versaillais :

    « Les exécutions vont leur train. C’est juste et nécessaire. ».

     

    Francisque Sarcey :

    « La bourgeoisie se voyait, non sans une certaine mélancolie, entre les Prussiens qui lui mettaient le pied sur la gorge, et ceux qu’elle appelait les rouges et qu’elle ne voyait qu’armés de poignards. Je ne sais de ces deux maux lequel lui faisait  le plus peur : elle haïssait plus l’étranger, mais elle redoutait davantage les Bellevillois. ».

     

    Adolphe Thiers :

    « Quoi ! Imaginer que des ouvrages de fortification quelconque peuvent nuire à la liberté et à l’ordre, c’est se placer hors de toute réalité. Et d’abord, c’est calomnier un gouvernement quel qu’il soit de supposer qu’il puisse un jour chercher à se maintenir en bombardant la capitale. Quoi ! Après avoir percé de ses bombes la voûte des Invalides ou du Panthéon, après avoir inondé de ses feux la demeure de vos familles, il se présenterait à vous pour vous demander la confirmation de son existence ! Mais il serait cent fois plus impossible après la victoire qu’auparavant ! ».

    (Discours quand la Chambre des députés discutait en 1840 la loi sur les fortifications).

     

    Maurice Thorez Fils du peuple, page 126 :

    « La monarchie de Juillet fut renversée en février 1848 par le prolétariat parisien, uni à la petite et moyenne bourgeoisie. Mais bientôt la réaction réussit à dresser les paysans et les boutiquiers contre les prolétaires. Au nom de l’ « ordre », la grande bourgeoisie écrasa le prolétariat au cours des journées de juin. Une fois le terrain déblayé, elle s’attaqua à toutes les conquêtes de la République, et le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte s’installait au pouvoir, sur les ruines de la démocratie.

    La Commune de Paris se laissa, elle aussi, isoler de la paysannerie française. Ses valeureux combattants furent massacrés par une armée de « ruraux », excités contre les « partageux » de la grande ville. »

     

    Jules Vallès

    Dans l’Insurgé, les gueux « ont pris les armes pour être libres, et pour qu’on ne crevât plus de faim… malgré le travail ou faute de travail. »

     

    Emile Zola

    « Le bain de sang que [le peuple de Paris] vient de prendre était peut-être d'une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres. Vous le verrez maintenant grandir en sagesse et en splendeur ». Ecrit le 3 juin 1871 dans le Sémaphore de Marseille.

    Dans sa nouvelle, Jacques Damour, parue en 1884, Zola donne l’image du communard comme étant quelqu’un qui abuse le peuple. Type même de l’ouvrier qualifié de la capitale, Jacques Damour, ciseleur sur métaux, faisant vivre honnêtement sa famille, se laisse entraîner dans la Commune par un homme fainéant et profiteur, Berru. A la différence de Berru, qui prend la fuite au bon moment, Damour combat sur les barricades jusqu’au dernier jour, et est condamné à la déportation. Damour est l’exemple du bon ouvrier victime des conditions de vie et de l’atmosphère du siège ; c’est alors qu’il se met à écouter Berru et à parler politique, qu’il commence à devenir l’exalté qu’il restera jusqu’aux derniers combats.

     

     

     

     

     

     

     

     

    II)       L’ŒUVRE DE LA COMMUNE : DES VALEURS PARTAGEES

     

    Les deux objectifs les plus urgents, si la Commune voulait triompher, étaient :

    ·   L’appui indispensable de la province ;

    ·   La lutte contre l’armée de Versailles.

     

    1)    Premières mesures de la Commune :

    ·        Suppression de la vente des objets du Mont-de-piété ; les objets déposés au Mont-de-piété pour moins de 25 francs furent rendus.

    ·        Abolition du budget des cultes ;

    ·        Confiscation des biens de main morte ;

    ·        Pensions alimentaires pour les fédérés blessés en combattant, réversibles à la femme, légitime ou non, à l’enfant, reconnu ou non, de tout fédéré tué en combattant ;

    ·        La femme qui demandait contre son mari la séparation de corps, appuyée par des preuves valables, avait droit à une pension alimentaire ;

    ·        La procédure ordinaire était abolie et l’autorisation donnée aux parties de se défendre elles-mêmes ;

    ·        Interdiction de perquisitionner sans mandat régulier ;

    ·        Interdiction du cumul de traitement (le 4 mai) et le maximum des traitements fixé à 6000 francs par an, réduisant ainsi considérablement l’écart dans la hiérarchie des salaires ; dans un rapport du 23 avril apparaît la très moderne notion de « minimum de rémunération ». Les salaires doivent être égaux pour un travail égal.

    ·        Les émoluments des membres de la Commune étaient de 15 francs par jour ;

    ·        Election des magistrats, l’organisation du jury et le jugement par ses pairs ;

    ·        On procéda immédiatement à la jouissance des ateliers abandonnés pour les sociétés de travail ;

    ·        Le traitement des instituteurs fut fixé à 2000 francs ;

    ·        Le renversement de la colonne Vendôme, symbole de force brutale, affirmation du despotisme impérial, fut décidé, ce monument étant attentatoire à la fraternité des peuples ;

    ·        Plus tard, afin de mettre un terme aux exécutions de prisonniers faites par Versailles, fut ajouté le décret sur les otages pris parmi les partisans de Versailles (ce fut en effet la seule mesure qui ralentit les tueries de prisonniers ; elle eut lieu tardivement, lorsqu’il devint impossible sans trahir de laisser égorger les fédérés prisonniers) ;

    ·        La Commune interdit les amendes dans les ateliers, abolit le secret politique et professionnel ;

     

    Démocratie directe, construire la démocratie républicaine à partir d’en bas. Auto administration et pouvoirs locaux à l’échelle des quartiers parisiens.

     

    2)    LA LIBERTE, L’EGALITE, LA FRATERNITE :

    Sans attendre un quelconque ordre, les citoyens du XI° arrondissement décidèrent de procéder à la destruction des deux guillotines qu’ils avaient trouvées dans une annexe de la sinistre prison de la Roquette. Le 137° bataillon de la Garde nationale se chargea le 6 avril 1871 de cette tâche.

    L’idée des Communards était d’établir une justice égale pour tous. Cela signifie la gratuité. Furent supprimés le 23 avril la vénalité des offices. Le 16 mai est décrété la gratuité des actes.

    Protot : « Sans doute, le principe de l’élection des magistrats par le suffrage universel doit être la loi de l’avenir. »

    Deux réformes essentielles : la Commune fixe la limite des salaires les plus élevés à 6000 francs par an (décret du 2 mai) et abolit le serment politique (décret du 4 mai). Le premier décret a pour but la création d’un gouvernement « à bon marché », idée reprise par Lénine dans L’Etat et la révolution. Tout régime qui s’en écarte va vers la création d’une bureaucratie privilégiée, dont les membres ne tardent pas à constituer une nouvelle « classe » d’oppresseurs. Par ailleurs, la Commune voulait confier les postes clés de l’administration à des citoyens élus par le peuple, donc responsables devant lui et révocables par lui. Faute de temps, cette expérience décisive n’a pas pu être tentée.

    Par un décret du 28 avril 1871, la Commune supprime le système des amendes. Ce système, institué sous l’Empire, permettait de frapper les ouvriers pour retards, malfaçons, déplacements,…refus de dénonciation d’un camarade.

     

    Un des premiers soucis de la Commune, pouvoir ouvrier, a été de décréter l’instruction gratuite et obligatoire.

     

    Pour les membres de la Commune, être collectiviste (ou communiste), c’est vouloir la collectivisation des moyens de production, condition préliminaire à toute égalité sociale.

     

    3)    LA LAÏCITE

    L’Eglise s’était liée avec l’Empire et elle en avait profité avec la loi Falloux pour multiplier le nombre des écoles confessionnelles.

    Aux yeux du peuple de Paris, l’Eglise était liée étroitement aux intérêts de la bourgeoisie.

     

    L’un des premiers décrets de la Commune, adopté à l’unanimité le 2 avril 1871, décida la séparation de l’Eglise et de l’Etat et supprima le budget des cultes.

    Edouard Vaillant, nommé délégué à l’Enseignement le 20 avril 1871, créa, huit jours plus tard, une commission chargée d’établir dans tous les arrondissements de Paris le même modèle d’enseignement intégral, primaire et professionnel, laïque et gratuit, incluant les arts et la culture pour tous, filles et garçons.

     

    4)    LA DEMOCRATIE DIRECTE

    La Commune était avant tout un essai de démocratie directe. C’est ce qui faisait la force des communards : Ils étaient convaincus que la souveraineté ne se délègue pas, ne se représente pas, mais qu’elle s’exerce. Ils se sont dressés contre ce qui leur était inacceptable, se sont organisés eux-mêmes, souverainement, au sens le plus fort de ce terme.

    La souveraineté populaire est imprescriptible, inaliénable et indélégable. Les élus du peuple, parce qu’ils sont nantis d’un mandat impératif, sont désignés sous l’appellation de mandataires. Ils doivent être incessamment contrôlés et peuvent être révoqués à merci.

    Pierre Denis estimait qu’était révolue l’époque où le peuple était comme « un troupeau appelé à jour et heure fixes par ses gouvernants à voter sans abdication de tout pouvoir et de tout droit […]. « La souveraineté nationale étant dans le suffrage universel lui-même, [ce dernier] avait toujours le droit de se convoquer, c’est-à-dire que ce droit appartenait à tout groupe d’hommes qui avaient à consulter l’opinion sur une idée, sur un fait surtout, quand les événements sollicitaient et nécessitaient cette consultation. »

     

    Sous la Commune, des clubs s’ouvrirent un peu partout. Ils avaient un triple but : éducation, information et expression.

    Les décisions de la Commune étaient commentées au jour le jour et chacun pouvait les critiquer. La critique était sanctionnée par le vote d’une motion, qui était portée le lendemain à l’Hôtel de Ville. Ainsi les clubs exerçaient un contrôle sur l’Etat en le tenant au courant de la volonté populaire et en l’obligeant à en tenir compte.

     

    5)    LES FEMMES :

    Un fait certain est la participation importante, massive, extraordinaire des femmes à la Commune. L’enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars le confirme : 1051 femmes furent déférées aux Conseils de guerre. D’autres, dont on ignorera toujours le nombre, furent tuées sur les barricades et dans les grands massacres de la Semaine sanglante de mai.

    En 1866, l’agriculture fait encore vivre la majorité des Français. Mais la mécanisation du travail pousse de plus en plus à l’exode rural. Les femmes constituent 33 % de la population active. C’est une population qui se concentre principalement dans les manufactures du vêtement, à domicile, en ateliers ou en usines. Mais elles travaillent aussi dans les mines ou le terrassement pour la construction du chemin de fer.

    A noter le rôle actif joué dans la Commune par les ouvriers et notamment par les ouvrières. Si cette classe a joué un rôle important lors de la révolution bourgeoise de 1789 (« Les bras nus »), c’est la première fois dans l’histoire que la classe ouvrière dispose, sur un bout de territoire, du pouvoir d’Etat, et qu’elle peut mettre en œuvre le modèle de société qu’elle porte en elle : le socialisme et la dictature du prolétariat. Le mariage légal et religieux est propre aux femmes de la bourgeoisie, et n’est pas la règle de la famille ouvrière, qui pratiquent le concubinage et l’union libre. L’habitude du peuple de Paris est de ne pas se marier ni à l’église, ni à la mairie, mais de pratiquer de fidèles « unions libres ».

    La Commune revendique l’égalité des droits de la femme par rapport à l’homme.

     

    6)    LES CAUSES DE L’ECHEC :

    ·   Désorganisation : division entre le comité central et le conseil communal

    ·   Faiblesses militaires : indiscipline

    ·   Manque d’initiative : la Banque de France.

    En 1881, Karl Marx reproche à la Commune de ne pas avoir pensé à réquisitionner la banque de France : « Outre qu’elle fut simplement le soulèvement d’une ville dans des circonstances exceptionnelles, la majorité de la Commune n’était nullement socialiste et ne pouvait l’être. Avec un tout petit peu de bon sens, elle eût cependant pu obtenir de Versailles un compromis favorable à toute la masse du peuple – seul objectif réalisable à l’époque. A elle seule, la réquisition de la Banque de France eût mis un terme aux rodomontades versaillaises. » (Lettre du 22 février 1881 de Karl Marx à Nieuwenhuis).

    Prosper-Olivier Lissagaray note : « Toutes les insurrections sérieuses ont débuté par saisir le nerf de l’ennemi, la caisse. La Commune est la seule qui ait refusé. Elle abolit le budget des cultes qui était à Versailles et resta extase devant la caisse de la haute bourgeoisie qu’elle avait sous la main. » (Histoire de la Commune de 1871, parue en 1876).

    La seule exigence de la Commune est d’obtenir de la Banque de France les avances qui lui permettent notamment d’assurer le paiement de la solde des gardes nationaux. A ce titre, la Commune reçoit 16.7 millions de francs : les 9.4 millions d’avoirs que la ville avait en compte et 7.3 millions réellement prêtés par la Banque. Au même moment, les Versaillais reçoivent 315 millions de francs du réseau des 74 succursales de la Banque de France !

    Engels : « Bien des choses ont été négligées que, selon notre conception d’aujourd’hui, la Commune aurait dû faire. Le plus difficile à saisir est certainement le saint respect avec lequel on s’arrêta devant les portes de la Banque de France. Ce fut d’ailleurs une lourde faute politique. La Banque aux mains de la Commune, cela valait mieux que dix mille otages. Cela signifiait toute la bourgeoisie française faisant pression sur le gouvernement de Versailles pour conclure la paix avec la Commune ». (Introduction à la réédition de La guerre civile en France en 1891).

     

    « La grande faute de tous ceux qui touchèrent de près ou de loin au ministère de la Guerre, de tous ceux qui trempèrent plus ou moins dans la direction des affaires militaires, ce fut de vouloir faire la guerre régulière, classique, de s’embourber jusqu’au cou dans l’ornière de la routine. On s’épuisa en vains efforts pour organiser des armées, des régiments, distribuer des commandements, enfanter des plans stratégiques. Pendant deux mois, on envoya aux remparts, aux forts, aux avant-postes, l’élite de la population révolutionnaire. Pendant deux mois, on perdit des milliers d’hommes, sans que ceux de qui cela dépendait aient rien trouvé de nouveau, d’original, aient conçu l’idée d’organiser sérieusement la véritable guerre populaire. La majorité demandait à cor et à cri des moyens révolutionnaires. C’est là qu’il fallait les appliquer. ». (Arthur Arnould, Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris).

     

    7)    LA REPRESSION :

     

    Les fédérés n’ayant pas obtenu la qualité de belligérants réguliers, les chefs de l’armée versaillaise s’estimaient dans leur droit en procédant à des exécutions sommaires.

     

    Les incendies dans Paris ont sans doute trois causes :

    ·   Les bombes à pétrole et les obus incendiaires de Thiers et des Versaillais ;

    ·   Les incendies causés par les bonapartistes pour faire disparaître des traces et des archives compromettantes (Cour des Comptes, Conseil d’Etat, ministère des Finances,…) ;

    ·   Les Fédérés pour protéger leur défense et leur fuite.

     

    Le comportement des Versaillais :

    La grande préoccupation du gouvernement fut l’émeute. Ce n’était pas du siège par les prussiens qu’il voulait sauver Paris, mais avant tout des révolutionnaires.

    Le 29 janvier 1871, 400000 hommes, armés de fusils, de canons, capitulaient devant 200000.

    Le cri des réactionnaires était : « C’est la République qui veut la guerre ! Paris est aux mains des partageux ! ».

     

    Le rouge dans le vêtement sera considéré, par les Conseils de guerre, comme une preuve d’allégeance à la Commune.

     

    Au début du mois d’avril, l’armée du gouvernement de Versailles compte environ 55000 hommes ; du côté de la Commune, on estime les combattants à un maximum de 50000 hommes. Pour mener le « second siège de Paris », celui de la guerre civile, Thiers veut renforcer son armée. Il renforce les effectifs en puisant dans les « armées provinciales », et pour un quart de l’effectif, sur la libération des soldats détenus par les Allemands. Les effectifs passèrent donc à 120000 hommes en fin mai. Du côté de la Commune, le nombre des combattants alla en diminuant, pour tomber à 40000 hommes ou moins en mai.

     

    Il y aura plus de 500 barricades.

     

    Le bilan est estimé à la mort de 35000 communeux, dont 20000 au cours de la Semaine sanglante. Louise Michel estime les morts plutôt à plus de cent mille personnes.

    A cela s’ajoute, selon Thiers, le temps de l’ « expiation légale », celle qui consistait à juger les individus qui avaient été arrêtés et faits prisonniers, plus de 46000 au total.

    En mars 1875, le général Appert écrivait dans un rapport sur les opérations de la justice militaire relatives à l’insurrection de 1871 concernant les décisions liées à la région parisienne : « 46835 individus avaient été jugés par les conseils. » Il y avait eu 23727 ordonnances de non-lieu, 10137 condamnations prononcées contradictoirement, 3313 condamnations prononcées par contumace, 2445 acquittements, 7213 refus d’informer. Su les 10000 condamnations prononcées contradictoirement, il y eut 95 condamnations à la peine de mort et, in fine, 25 exécutions ; 251 individus furent condamnés aux travaux forcés, 1169 à la déportation dans une enceinte fortifiée et 3417 à la déportation simple. Parmi les autres condamnations diverses, figurait par exemple, la condamnation de moins ou de plus d’un an. 55 enfants de moins de 16 ans furent condamnés à être envoyés en maison de correction.

    Aux morts, massacrés essentiellement, et aux condamnés, s’ajoutent ceux qui se sont enfuis, gagnant pour une longue proscription, les pays de la Belgique, de la Suisse, de l’Angleterre,…

     

    L’hystérie anti-parisienne des « ruraux » explique les massacres de la Semaine sanglante, les camps de détention qui sont déjà des camps d’extermination, les conseils de guerre.

     

    Dès son installation à Versailles, Thiers se préoccupa d’isoler Paris, moins d’abord pour l’affamer, que pour éviter de voir se répandre en province la contagion révolutionnaire. Il fit donc contrôler la poste, saisir les journaux, couper le télégraphe.

     

    A l’occasion de travaux municipaux, le journal le Matin du 29 janvier 1897 écrit : « Les terrassiers actuellement occupés aux travaux du réservoir que la Ville de Paris fait construire sur une partie de l’emplacement de l’ancien cimetière de Charonne, en haut de la rue de Bagnolet, ont mis à jour depuis le commencement de la semaine, près de 800 squelettes encore enveloppés de vêtements militaires…Il résulte de l’examen des boutons d’uniforme que ces restes sont ceux de Fédérés inhumés en cet endroit en mai 1871… » (Cité par Emile Tersen dans l’ouvrage collectif La Commune de 1871, Editions sociales, Paris, 1860).

     

    La répression versaillaise fut suivie après la Semaine sanglante, par une vague de dénonciations : il y eut, selon les chiffres officiels, 399823 dénonciations. Une sur vingt était signée.

     

    La caserne Lobau, proche de l’Hôtel de Ville, fut un des hauts lieux de la répression versaillaise. Pierre Dominique, collaborateur de Charles Maurras, a écrit : « A l’intérieur, c’est un abattoir. Les feux de peloton se succèdent, suivis des coups isolés qui achèvent. Les soldats sont pressés. Parfois, on tue par derrière avant que les condamnés aient atteint le mur et on pousse les morts sur le tas. S’ils sont plus de dix, on emploie la mitrailleuse… ».

     

    « Toutes les fois que le nombre de condamnés dépassera dix hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d’exécution. » (Paris-Journal, 9 juin). « Vingt-six mitrailleuses judiciaires fonctionnèrent. » (Lissagaray, Histoire de la Commune). « Les mitrailleuses moulent dans les casernes… c’est une boucherie humaine ; ceux qui, mal tués, restent debout ou courent contre les murs, sont abattus à loisir. » (Louise Michel, La Commune. Histoire et Souvenirs.)

     

    Depuis le 18 mars 1871, les entrepreneurs demeurés à Paris avaient baissé les salaires. Peut-être pour tenter de créer ainsi un courant d’hostilité à l’égard du gouvernement communard, en aggravant la situation économique.

     

    8)    La Commune n'est pas morte.

     

    18 mars 2013

    Tribune Le 18 mars 1871, débutait la Commune de Paris... Et si ce combat était toujours d'actualité ?

    Par Fanélie CARREY-CONTE, députée de la XVe circonscription de Paris et Patrick BLOCHE, député de la VIIe circonscription de Paris

    Libération

    Il y a 142 ans, le 18 mars 1871, débutait la Commune de Paris, insurrection née des souffrances liées au siège de la capitale par les Prussiens, d’une paupérisation croissante du peuple parisien, et d’un fort élan républicain suite à l’élection à l’Assemblée d’une chambre à dominante monarchiste.

    Pendant deux mois, la Commune de Paris a porté les valeurs universelles de liberté, d’égalité et de fraternité, à travers l’émergence du droit du travail, l’école gratuite et laïque pour tous, l’égalité d’accès à la justice, la liberté de la presse, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la promotion de l’art et de la culture… Autant de projets et de réalisations qui nous interpellent par leur brûlante modernité.

    On connait la fin tragique de l’expérience communarde : pendant la Semaine Sanglante du 22 au 28 mai 1871, la répression des troupes versaillaises s’abattit sur les communards, et plusieurs dizaines de milliers d’entre eux furent fusillés.

    Nous avons la conviction que la connaissance des événements qui ont marqué l’Histoire et participé à l’affirmation des valeurs communes de notre République est indispensable à la constitution d’une mémoire nationale partagée.

    En ce sens, nous affirmons que la mémoire de la Commune de Paris, dont nombre de moments forts se déroulèrent dans nos quartiers de l’est parisien, doit vivre et prospérer.

    C’est ce que permet le travail des associations, dont celui, indispensable, mené par les «Amis de la Commune de Paris 1871», à travers ses actions de sensibilisation, et l’organisation de cet intense moment de fraternité qu’est la montée annuelle au mur des Fédérés.

    Mais la puissance publique a également un rôle majeur à jouer, à travers la matérialisation des lieux de mémoire dans l’espace public et les administrations, ou par des gestes forts : à cet égard, alors que le Président de la République a fait part de son intention de faire entrer des femmes au Panthéon, nos pensées ne peuvent que se tourner vers cette grande figure de la Commune que fut l’institutrice Louise Michel.

    Le Parlement enfin peut favoriser la reconnaissance des évènements constitutifs de l’identité républicaine, à travers notamment l’adoption de résolutions. Le 11 juillet 1880, la loi portant amnistie générale des communards a mis fin aux poursuites pénales et a effacé les peines prononcées. Nous croyons aujourd’hui nécessaire d’aller au-delà : c’est en ce sens que nous avons décidé, avec plusieurs députés socialistes parisiens, de déposer une proposition de résolution affirmant la pleine réhabilitation de la Commune et des Communards, et le rôle de cette période de l’histoire dans la conquête des droits politiques et sociaux aujourd’hui au fondement de notre République.

    On l’a vu, la Commune est moderne, et ses idéaux bien d’aujourd’hui. Nous sommes dépositaires d’une mémoire qui ne demande qu’à vivre, qu’à irriguer le présent. Droit de vote des étrangers aux élections locales, démocratie dans l’entreprise, éducation et formation pour tous et toutes, laïcité, égalité entre les femmes et les hommes, réquisition des logements vacants pour les mal logés ... Autant de principes et de projets qui continuent à nous guider, et nous amènent à suivre le chemin de liberté, d’égalité et de fraternité tracé hier par la Commune. Car non, vraiment, elle n’est pas morte.

     

    9)    La franc-maçonnerie au XIX° siècle et après la Commune.

     

    Quel rôle ont joué les loges maçonniques dans l’établissement de la République ?

    La franc-maçonnerie se glorifie de sa contribution à l’établissement de la République. Pour elle, il est hors de doute que tous les francs-maçons ont milité pour la cause républicaine. Les milieux antimaçonniques corroborent cette thèse. Deux exemples : Monseigneur de Ségur publia en 1867 Les Francs-Maçons, ouvrage qui connut tub fort succès de librairie, et Monseigneur Fava publia en 1883 Le Secret de la franc-maçonnerie.

    Sous l’Empire, les républicains ont investi les loges alors qu’un bon nombre de celles-ci avait soutenu le pouvoir napoléonien.

    Gambetta n’est pas, contrairement à ma légende, un grand franc-maçon. Il se fait initier à la loge « La Réforme » à Marseille pour des raisons électorales. C’est un maçon peu actif.

    Les amis de L éon Gambetta ne sont pas des maçons militants. Parmi les membres du groupe parlementaire de l’Union républicaine, 23 sur 113 sont francs-maçons du temps de l’Assemblée nationale ; en 1882, 31 sur 173 sont initiés.

    Si Gambetta compte de nombreux amis dans la franc-maçonnerie, il y compte également des adversaires politiques. Bien des membres de la Gauche républicaine et du centre gauche sont en effet membres de l’Ordre, de Méline et Noël Parfait à Le Royer et Arago. Jules Simon et Louis Andrieux sont les plus notables. Andrieux est longtemps, quoiqu’il en laisse penser, un maçon actif : en septembre 1877, il représente sa loge à l’assemblée générale du Grand Orient de France. Ses positions conduisent à la rupture ; il est exclu, en 1885, de la franc-maçonnerie. Il verse alors dans les milieux antimaçonniques.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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