• L’universalité et la singularité de la franc-maçonnerie

    La franc-maçonnerie est une association, en partie secrète, de personnes qui professent des principes de fraternité, se reconnaissent entre elles à des signes, symboles et emblèmes, et se divisent en groupes appelés « loges ».

    Quelques définitions :

    ·        Cosmopolite : C’est la manière de vivre, le caractère de ce qui comprend des éléments de multiples nations. La doctrine des stoïciens, reprise par Kant, concerne l’homme, indépendamment de sa nationalité, comme « citoyen du monde ».

    ·        Internationalisme : Doctrine ou opinion de ceux qui préconisent une alliance internationale des classes sociales. Doctrine selon laquelle les divers intérêts nationaux doivent être subordonnés à un intérêt général supranational.

    ·        Universalité : Caractère de ce qui est universel. Est universel ce qui s’étend à tout et à tous, qui embrasse la totalité des êtres et des choses.

     

    Ce qui fait « obstacle » à l’universalité, ce sont notamment :

    ·        La nationalité : nationalisme ou cosmopolitisme

    ·        La classe sociale : riches et pauvres. Le franc-maçon est l’ »ami des riches et des pauvres »

    ·        La race : racisme ou « Une seule race, la race humaine »

    ·        Le genre : masculin, féminin, etc.…

     

    Il y a de la concurrence sur le marché de l’universalité :

    ·        En économie politique : la mondialisation, la globalisation,…

    ·        L’Eglise catholique : Le fondateur du christianisme, Jésus-Christ, vivait dans un petit milieu. Jésus a parcouru un territoire grand comme deux fois un département français, et il s’adressait d’abord à un public juif. C’est Paul qui a étendu sa doctrine aux Gentils. Il a donc fallu une longue période historique et de nombreux conciles pour que la « théorie » chrétienne devienne « universelle » et s’adresse au monde entier.

    ·        L’Islam : Ainsi, Sayyid Abul Ala Maududi (1903-1979), penseur indien, fondateur de jamaat-e-islam, Parti de l’Islam, déclare dans Al-jihad-fil-islami (Le Djihad en Islam) : « L’Islam n’a pas l’intention de limiter son pouvoir à un seul Etat ou une poignée de pays. Le but de l’islam est d’amener une révolution universelle. »

     

    Ce qui est en cause, ce sont les traditions culturelles des grandes civilisations orientales, à savoir :

    ·        Chine : Confucianisme, Taoïsme, Bouddhisme

    ·        Inde : Hindouisme

    ·        Japon : Zen

    En toute humilité, pour un occidental, il est extrêmement difficile de simplement comprendre ces traditions culturelles, les barrages étant nombreux : obstacle de la langue et également des réalités culturelles qui ont donné naissance à ces théories. Si l’on prend par exemple un des textes fondateurs du taoïsme, le « Tao Tö-king », même les grands érudits chinois n’ont pas un avis unifié sur les principes de base.

     

    Et qu’en est-il de la maçonnerie ?

    Ceci oblige à diverses définitions :

    La franc-maçonnerie est une association, en partie secrète, de personnes qui professent des principes de fraternité, se reconnaissent entre elles à des signes, symboles et emblèmes, et se divisent en groupes appelés « loges ».

    La fraternité est le lien naturel qui devrait unir tous les membres de la fraternité humaine, pour constituer la fraternité universelle.

    L’idéal maçonnique comporte des principes tels que la fraternité, la tolérance, le respect de l’autre (sans considérations raciales, sociales, de religion, de nationalité), la liberté d’expression, la justice et la disparition des oppressions de toutes sortes.

    L’idéal maçonnique vise donc à l’universalité. La réalisation complète des principes maçonniques implique que la totalité des hommes se rejoigne dans une entente universelle, quelles que soient leurs différences. Sous cet aspect, l’idéal maçonnique trouve son expression dans la définition du but de la franc-maçonnerie qui apparaît dans les Constitutions d’Anderson, texte fondateur de 1723 : devenir le « centre de l’union ».

    L’universalisme est une conception de la réalité qui considère qu’au-delà de l’apparence des différences et des contraires, il persiste un principe fondamental qui préside à cette réalité et qui la rend cohérente, qui lui donne sens. Selon la franc-maçonnerie, la vocation de l’homme est de retrouver pour autant qu’il le puisse, le sens de ce principe fondamental ou, tout au moins, de s’en rapprocher. Pour cette raison, la franc-maçonnerie s’attache à mettre en avant les valeurs et les vérités auxquelles tous les hommes sincères ne peuvent qu’adhérer et autour desquelles ils peuvent se rassembler, en dépit des formes différenciées que peuvent revêtir ces valeurs et ces vérités selon le lieu et les cultures. Dans cette aspiration, la franc-maçonnerie manifeste un respect et une reconnaissance des différences dans tous les domaines, quelles que soient leur nature, sous la seule réserve que l’expression de ces différences ne lèse ni ne bafoue les droits, la reconnaissance ou la dignité d’autres hommes.

     

    Reste alors à faire le double inventaire : en quoi la franc-maçonnerie peut prétendre à l’universalité, à l’image des traditions culturelles des grandes civilisations, et en quoi elle ne peut pas prétendre à l’universalité, et reste donc singulière.

     

    UNIVERSALITE :

     

    De nombreuses valeurs sont universelles de fait : la fraternité universelle, l’agape, « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que les autre te fassent », ou l’aspect positif : « fais aux autres tout ce que tu voudrais que les autres te fassent », etc. On retrouve ces valeurs dans la plupart des traditions.

     

    La vérité est universelle. Elle n’est pas personnelle et n’appartient à personne. Elle n’est ni hindouiste, ni chrétienne, ou encore ni française, américaine ou grecque : la vérité est universelle et elle est la même pour tous.

     

    En chaque homme demeure une pierre cubique, au-delà de la pierre brute, qu’il s’agit de faire émerger pour la faire rayonner dans la vie quotidienne. C’est l’éclosion et l’épanouissement dans l’homme de la véritable lumière. Cela rapproche la pierre cubique du Soi hindouiste ou bouddhiste, par rapport à l’ego, qui est la pierre brute.

    Tout homme dispose d’une pierre cubique, qui est là depuis « toujours ». Elle est recouverte d’un ego la pierre brute, qui est une surimpression sociale. Alors, du point de vue individuel, la maçonnerie est une démarche qui permet d’aller au contact de cet aspect universel, le Soi (« Connais-toi toi-même » et VITRIOL). La pierre brute est l’image de l’homme non dégrossi. La pierre cubique est le modèle de l’initié accompli. Grâce au travail de ses frères, et à son propre travail, l’initié s’insère dans le temple spirituel idéal. Il atteint la pierre cachée des sages.

    Cependant, il s’agit de tailler la pierre brute pour obtenir la pierre cubique, en allant en profondeur. C’est l’abandon de l’ego. (Graphique 1 ci-dessous).

    Il ne s’agit pas d’ajouter n’importe quoi sur la pierre brute pour lui donner l’apparence de la pierre cubique, ce qui serait rester en surface et créer un super-ego. (Graphique 2 ci-dessous)

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    SINGULARITE :

     

    Du point de vue symbolique, la franc-maçonnerie se place dans un lieu et un temps sacré : le lieu, c’est le cosmos, l’univers (le ciel étoilé, les trois fenêtres qui ouvrent sur le monde, etc.) ; le temps, c’est le présent éternel (la chaîne d’union, l’orient éternel, ajout de 4000 ans à la datation, soit symboliquement, Adam et l’origine du monde, etc.).

    Mais du point de vue historique, la franc-maçonnerie est située dans un espace et un temps déterminés :

    ·        Espace judéo-chrétien : référence aux symboles judéo-chrétiens bibliques, l’Europe donc…

    ·        Temps : naissance de la franc-maçonnerie spéculative au début du XVIII° siècle.

     

    La multiplicité des obédiences indique des différences quant aux fondamentaux, qui ne sont pas les mêmes : exemple : référence au « GADLU ». Il y a une maçonnerie dogmatique et une maçonnerie « libérale ».

     

    Ce constat est vrai pour toutes les traditions. Comme toutes les traditions, la franc-maçonnerie crée un en-dedans et un en-dehors. Il y a le sacré et le profane. Les maçons travaillent « à couvert ».

    Ainsi, l’initiation crée le frère et l’Autre. Il y a donc exclusion, même si la frontière entre le dedans et le dehors a considérablement varié depuis le XVIII° siècle. Ceci alors qu’être universel signifie ne pas avoir d’identité séparée.

    Les Constitutions d’Anderson ont exclu notamment :

    ·        Les femmes (la moitié de l’humanité)

    ·        Les malades, les handicapés et les « laids » : en particulier, les sept « B » (bâtards, bègues, bigles, borgnes, boiteux, bossus, bougres – terme qui désigne les homosexuels)

    ·        Les « athées stupides et les libertins »

    ·        Les enfants et adolescents (pour être franc-maçon il faut avoir vingt-cinq ans révolus)

    ·        En un mot tous ceux qui ne sont pas « libres et de bonnes mœurs » (en particulier, il fallait disposer d’un certain niveau de fortune et de culture générale)

    En conséquence, à sa création, le franc-maçon est blanc, majeur, masculin, plutôt chrétien, aisé, plutôt « beau » (pas malade, ni handicapé. Le laid est quelqu’un qui pèche tant physiquement que moralement), conformiste et respectueux des autorités civiles et religieuses en place. Même si, quoique rares, il y avait quelques exceptions (sous-loges ou loges d’adoption pour les femmes, quelques personnes de religion juive, une personne de couleur noire, ou bossue,…)

     

    Aujourd’hui, il y a encore un fort barrage financier ; Il faut pouvoir payer une cotisation, et participer à des frais divers (augmentations de grades, hauts grades, décors, agapes,…). Cela exclut de fait tous les pauvres (chômeurs, ouvriers, paysans pauvres, etc.). Ainsi, au XVIII° siècles, certains nobles ont professé en loges la fraternité et l’égalité, mais ont défendu avant tout les intérêts de leur classe dans les diverses assemblées où ils siègent. Les domestiques, qui ne sont pas considérés comme des « hommes libres », restent alors interdits de séjour dans les temples, sauf pour remplir certaines fonctions indispensables (cuisinier, concierge, factotum,…). Toutefois, ils ne pouvaient pas accéder à tous les grades.

     

    En conséquence, la franc-maçonnerie est universelle quant à sa « doctrine » (idéal maçonnique de fraternité universelle), mais singulière quant à son recrutement (aristocratique au XVIII° siècle, élitiste aujourd’hui, la sélection s’effectuant par l’argent et par un certain niveau de culture indispensable pour participer aux travaux de loge).

    Si l’on prend l’image d’une montagne, le sommet représente le but à atteindre (la fraternité), et la franc-maçonnerie représente l’un des chemins parmi beaucoup d’autres qui mènent à ce sommet (dont les traditions culturelles de Chine, Inde et Japon sont d’autres chemins, qui peuvent croiser le chemin maçonnique). Le chemin emprunté par la franc-maçonnerie est réservé plutôt aux personnes d’origine occidentale, de culture judéo-chrétienne, ayant un revenu suffisant. Le sommet est unique (universel), mais les chemins sont multiples (singuliers).

    Ne pas prendre conscience de cela peut conduire à transformer la maçonnerie en société :

    ·        Utopique : l’idéal maçonnique se réalise « maintenant, mais pas ici », mais dans un espace qui n’existe pas

    ·        Uchronique : l’idéal maçonnique se réalise « ici, mais pas maintenant », dans un temps qui n’existe pas

    ·        Ou simplement uglossique : les maçons se contentent de fabriquer toute une symbolique de mots qui se greffent sur la réalité quotidienne et qui lui donnent un sens tout à fait différent. En quelque sorte, les maçons seraient alors des « bavards », sans aucune action sur la réalité, alors que le rituel précise : appliquer à l’extérieur du temple les vérités acquises dans le temple ! Cela met en porte à faux le franc-maçon par rapport à son engagement.

    Ces trois « défauts » ne remettent pas en cause l’universalité de la doctrine maçonnique, mais plutôt la séparation entre cette doctrine, et la pratique réelle : en quelque sorte, l’idéal maçonnique « n’est pas de ce monde ». C’est la conception de nombreuses autres traditions culturelles qui séparent également leur théorie de la pratique. Séparer pratique et théorie conduit immanquablement à ne jamais atteindre le sommet de la montagne, mais « à tourner en rond ».

     

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