• L'OMBRE. LA PART SOMBRE.

    La part sombre appartient au chaos, dans lequel il convient de mettre de l’ordre. En quelque sorte, le chaos est informé par la lumière pour donner un certain ordre : cet ordre peut aller dans le sens du bien ou le sens du mal.

     

    INTRODUCTION :

    Il est banal de dire que l’ombre est absence de lumière. On peut dire aussi qu’il y a ombre parce qu’un obstacle s’interpose et empêche le passage de la lumière. La première prise de  conscience de la part sombre, c’est l’ombre que chaque personne emmène avec elle. On a beau courir, cette ombre nous suit partout. La seule façon de la supprimer, c’est la lumière : il faut que le soleil nous atteigne de telle manière, par exemple lorsqu’il est à l’aplomb, et que l’ombre demeure alors sous nos pieds.

    La part sombre étant à la fois nécessaire et utile, nous développerons le sujet en deux parties : Nous examinerons dans une première partie ce qu’est cette « part sombre », présente notamment chez chaque Chevalier Kadosch. Puis dans une seconde partie, ce que fait le Chevalier Kadosch de cette « part sombre » qu’il porte en lui.

    A noter que la part sombre s’oppose à la part claire. Sombre signifie : origine douteuse, qui reçoit peu de lumière, foncé, tirant sur le noir et le brun, inquiétant, morne, triste, obscur, ténébreux. Par opposition, clair signifie : brillent, qui reçoit beaucoup de lumière, qui laisse passer la lumière, qui est transparent, qui brille comme la lumière, qui est luisant, poli, net,qui n’est pas trouble, qui est pur, limpide, serein, qui est sans équivoque, manifeste, facile à comprendre. Cela oppose aussi le dehors (visible) et le dedans (invisible).

     

    PREMIERE PARTIE :

    Part lumineuse, part sombre.

    La « part sombre » sera comprise en deux sens tout à fait différents :

    ·                     D’une part, il y a la « part sombre » qui est le contraire de la « part claire ». En ce sens, la « part sombre » est un aspect négatif, qui s’oppose à un aspect positif : Noir-Blanc, Mort-Vie, Mal-Bien, Laid-Beau, etc.

    ·                     D’autre part, il y a la « part sombre » qui présente un caractère neutre. En ce sens, il n’y a pas de jugement de valeur, comme précédemment, mais un contenu objectif. Par exemple, l’inconnu, « part sombre » est ce qui s’oppose au connu, « part claire ». De même, la force vitale, l’énergie, quel que soit son nom (Dharma, chi, pulsions, orgone, passions, libido, etc.), est neutre. C’est l’orientation ou l’intention qui donne une forme bonne ou mauvaise. Ainsi s’oppose : Connu-Inconnu, Conscient-Inconscient, Mesure-Démesure, etc.

    La part claire est ce qui relève du langage et de la rationalité. On peut dire que l’expression d’une idée est plus ou moins claire, la vérité correspondant à la clarté et la distinction la plus complète. Ainsi, pour Descartes et Spinoza, la vérité est l’expression « claire et distincte » de la réalité. Inversement, dans ce cas, la part sombre correspond à ce qui est au delà du langage, ce qui ne peut pas s’exprimer par le langage. C’est ainsi que les symboles sont à la fois clairs (ils s’expriment par le langage) et obscurs (il y a une partie du symbole qui est au-delà du langage, qui relève du sentiment et de l’émotion. La part sombre correspond également à la distance, à l’écart qu’il y a entre le mot et la chose. Les archétypes au sens jungien, comme la vie, la mort, l’amour, l’initiation, le phénix, etc. relèvent donc en partie de la part sombre de l’individu, de la société et de l’humanité, car ils présentent un aspect rationnel et conscient mais aussi un aspect irrationnel et émotif qui ne se traduisent pas par des mots, mais par un ressenti.

    Si l’on considère la pensée, la parole et l’action, du point de vue de l’observateur extérieur, la pensée fait partie de la part sombre, cachée, non exprimée, non tangible, alors que la parole et l’action font partie de la part claire, exprimée, objectivée, tangible. Par ailleurs, l’intention, bonne ou mauvaise, positive ou négative fait également partie de la part sombre.

    La question posée pourrait donc être reformulée de la façon suivante : Le Chevalier Kadosch informe (au sens de donner une forme) de façon positive (lumineuse) ou négative (obscure), dans le sens du Bien, ou dans le sens du Mal, de l’énergie vitale neutre (« part sombre ») qu’il porte en lui ?

    La lumière et l’ombre sont présents tant dans la nature que dans la société. On les symbolise par le Blanc et le Noir.

    La part sombre que chaque homme a en lui est le moi secret et caché, ce que l’on appelle parfois le « jardin secret ».

    L’homme rencontre sa part sombre en période de mélancolie, de dépression, de nuit obscure,…dans le sommeil, l’oubli et la mort.

    Selon Carl Jung, l’ombre est un phénomène psychique formé de la part individuelle refoulée, mise à l’abandon par l’éducation, et qui rassemble des complexes psychique souvent perçus par la conscience comme négatifs, à l’origine du caractère et de l’humeur : « Le point de départ est simple : la plupart des hommes ignorent leur ombre. (…) Le plus souvent elle est projetée dans les troubles somatiques, des obsessions, des fantasmes plus ou moins délirants, ou dans l’entourage. Elle est « les gens », auxquels on prête la bêtise, la cruauté, la couardise qu’il serait tragique de se reconnaître. Elle est tout ce qui déclenche la jalousie, le dégoût, la tendresse. ». L’ombre est le double du moi, qui se retrouve dans les rêves et dans les projections psychiques liées par exemple au racisme et à la peur de l’autre.

    Jung : « L’ombre est quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais. ». « Il n’y a pas de lumière sans ombre et pas de totalité psychique sans imperfection. La vie nécessite pour son épanouissement non pas de la perfection mais de la ^plénitude. Sans imperfection, il n’y a ni progression, ni ascension. ». L’ombre est la projection de nos défauts sur les autres. Accepter son ombre, c’est donc accepter que l’on ait une vie intérieure, et accepter aussi nos défauts et nos erreurs. Cette connaissance est le point de départ pour les changer et s’améliorer. L’ombre est donc cette part de nous-mêmes que la plupart des individus refusent d’assumer. Cela ne doit pas être le cas du Chevalier Kadosch. Le type littéraire de Mr Jekyll et de Mr Hyde de l’écrivain Stevenson illustre cette nature duale chez l’homme. Il y a aussi le mythe de la Belle et la Bête. Ou bien le Miroir magique qui révèle la part « maléfique » mais vraie de la reine dans le conte de Blanche Neige.

    Par rapport aux autres, la part claire est le « paraître », ce que chacun laisse entrevoir de soi, et la part sombre est le moi profond, le moi réel, l’ « être ». L’objectif de l’initié, du maçon, et a fortiori, encore plus du Chevalier Kadosch, est de faire coïncider le paraître et l’être, le dehors et le dedans, de faire l’unité des deux.

    Dans la société aussi, il y a des parts sombres qui coexistent avec les parts plus claires. Par exemple, pendant longtemps, dans le cadre de la démocratie parlementaire, les femmes étaient exclues. De même, si l’on prône l’égalité, celle-ci reste plus formelle (« égalité devant la loi ») que réelles (égalité économique).

    Sans le Mal, il n’y a pas non plus de Bien, et dès l’origine, l’un et l’autre se combattent indéfectiblement.

    Chez les égyptiens, l’état chaotique primordial était appelé Nun. Alors – comme dans les descriptions sumériennes ou bibliques de la précréation --, tout était ténèbres, abîme aquatique sans soleil, avec une puissance, une force créatrice en son sein, qui commanda à l’ordre de se manifester.

    Au commencement est le « Grand Mystère », le Tout primordial, indifférencié, contenant toutes les virtualités dans son être, tous les instants dans son éternité. Il est polarisé en deux essences, l’une positive, active, mâle, spirituelle (le Feu, le « Fiat Lux », le « Grand Architecte »,…), l’autre négative, passive, femelle, matérielle (la « Grande Mère, les Eaux de la Genèse, …). Le principe mâle féconde le principe femelle et ordonne ainsi le Chaos en Cosmos.

    Pour vivre heureux, il faut vivre caché, disait Spinoza : il faut donc vivre dans l’ombre.

    Non seulement l’homme vit dans le Monde du Deux, mais lui-même est un être double. Il porte en lui une part lumineuse et une part sombre.

    Ceci est parfaitement représenté par la psychanalyse. Ainsi, selon Freud ou Jung, il y a notamment la partie consciente, que l’on peut identifier à la part lumineuse et la partie inconsciente, représentée par la part sombre.

    Chaque individu est double : corps et esprit, matière et esprit,… Plus précisément, d’un point de vue psychanalytique, l’individu est à la fois être conscient et être inconscient. L’inconscient est la part sombre. C’est une sorte d’iceberg, la partie la plus importante étant immergée et ignorée.

    On peut dire que le conscient, part lumineuse émerge de l’inconscient, part sombre. La lumière naît des ténèbres. Avec la conception freudienne s’est opérée une véritable révolution copernicienne : l’inconscient devient dominant.

    Cet inconscient individuel est un ensemble d’énergies (pulsions) qui se manifestent de nombreuses façons : maladies : névroses, psychoses,… actes manqués, lapsus, rêves,…

    Si l’on refuse d’affronter de façon consciente et déterminée cette part sombre que chacun a en soi, cette part sombre risque de se manifester d’autre manière (actes manqués, lapsus,…). Si la connaissance est en général le pouvoir, la connaissance de soi est aussi maîtrise de soi, cette maîtrise de soi étant l’objectif du maître maçon.

    En plus de cet inconscient individuel Ernst Jung a défini un inconscient collectif, commun à tout groupement humain, et même commun à l’ensemble de l’humanité. Cet inconscient collectif est notamment peuplé d’archétypes.

    Qu’est-ce encore que le côté sombre ? Pour certains alchimistes, c’est le double, le côté féminin pour l’homme, le côté masculin pour la femme. C’est aussi l’inconnu par rapport au connu, Si l’homme vit dans le monde du Deux : bien-mal, joie-tristesse, vie-mort, beau-laid, il aspire à se réconcilier avec lui-même et à réintégrer le Monde du Un.

    Pour le franc-maçon initié, cette contradiction entre le blanc et le noir ; entre la lumière et la part sombre, et ce travail sur soi est symbolisé par le pavé mosaïque.

    Le côté sombre, c’est le caractère brut de la pierre non taillée. C’est l’ensemble des aspérités, que l’on devrait, au cours de la vie maçonnique, avec l’aide des frères et sœurs, éliminer pour dégager la pierre cubique. La part sombre est aussi le chemin qu’il reste à parcourir sur le sentier initiatique.

    A l’image de chaque homme, de chaque maçon, le Chevalier Kadosch a en lui une part de lumière et une part sombre.

    Nous sommes depuis le 15° grade, à des grades de chevalerie. Donc, depuis ce moment, et jusqu’au 30° grade, qui nous préoccupe ici, chacun de nous est un être double :

    Il y a le Chevalier, et il y a le cheval, (ou cavale, ou kabbale). Le cheval symbolise notamment l’aspect animal. C’est l’animalité en l’homme. Il convient de maîtriser cette monture, qui peut être objet de chute. La maîtrise s’effectue par la bouche, tant la bouche du cavalier (le verbe), mais aussi la main de ce dernier qui tient les rênes, et la bouche du cheval (par l’intermédiaire du mors et des rênes et du collier). Le cou est l’intermédiaire entre la tête et le corps et, symboliquement entre le ciel et la terre.

    Le Chevalier a également une Dame : le Chevalier, le masculin, est l’être extérieur, agissant, tandis que la dame, le féminin, est l’intériorité, à la fois réceptrice et motrice de l’action.

    Individuellement, le Chevalier Kadosch est environné de parts d’ombre :

    ·                     D’abord, ombre inconsciente, symbolisée par le cheval, l’animalité en lui ;

    ·                     Ensuite, ombre consciente : ce sont les mauvais choix faits  

    Collectivement, le Camps des Chevaliers Kadosch est également environné de parts d’ombre :

    ·                     Il s’agit notamment des métaux dans le Temple.

    En quelque sorte, la part d’ombre est le « double » du Chevalier Kadosch. D’un côté, il y a la Lumière (Sanchos, Jésus, la Vérité (Raison), le Roi, Lucifer ou Satan, l’ « Adversaire », l’autorité séculaire, le cerveau) et de l’autre côté, il y a l’ombre (Don Quichotte, Judas, l’Amour, le Prêtre, dieu ou le « Grand Architecte », l’autorité spirituelle, le cœur). Ceci peut être représenté soit par les deux colonnes, Jakin et Boaz, mais également par les deux montants de l’échelle du 30° grade.

    A noter que la part sombre existera toujours, sauf à estimer que demain le Chevalier Kadosch soit un être de lumière. La partie sombre est le signe de notre imperfection, de notre incomplétude. C’est la marque d’un manque. Dire qu’il y a en nous une part sombre, c’est dire que nous sommes imparfaits, et donc, en tant que maçons, que nous sommes sur la route, que nous travaillons pour augmenter la part de Lumière (vertus) et diminuer la part d’obscurité (vices).

    En conséquence nous pouvons dire que la dualité, ombre et lumière, existe tant dans la nature, dans la société, que dans l’homme, le maçon et aussi le Chevalier Kadosch. Il nous reste à examiner ce que fait le Chevalier Kadosch de cette part sombre présente en lui.

     

    DEUXIEME PARTIE :

    Le Chevalier Kadosch, passeur : de Lumière, à partir de la part sombre, socle et énergie : La part sombre est également l’énergie qui nous anime. C’est la force de la vie.

    Cette force est appelée libido par la psychanalyse, « dao » ou « chi » par la philosophie chinoise, « dharma » et « karma » par la philosophie hindoue, le destin par la philosophie grecque, les passions par Descartes, etc.

    C’est dire que cette force est unique, commune à l’homme bon et à l’homme mauvais, à l’ange et au saint (Kadosch signifie saint, séparé), ainsi qu’au diable et à l’être satanique. Cependant on peut donner deux orientations différentes à cette force : soit vers le haut, soit vers le bas ! La part sombre est donc le levier, le point d’appui, ce qui fournit l’envie d’abord, l’énergie ensuite. Il faut sublimer cette part sombre et transformer la part sombre en lumière.

    Cela signifie donc deux choses essentielles :

    ·                     Il ne s’agit pas de détruire cette force, car ce serait mourir. Mais il s’agit de la dompter, de la maîtriser ; le chevalier Kadosch ne supprime pas la part d’ombre qu’il y a en lui, mais il apprivoise le cheval.

    ·                     Il s’agit aussi de lui donner une orientation positive, lumineuse, vers le vrai, le bien et le juste.

    Si l’on accepte l’image d’un vecteur (objet, but, énergie), il s’agit de reprendre l’énergie de la part sombre pour l’affecter au bien. Bien et mal puisent dans le même « sac » d’énergie.

    C’est dire que de cette part sombre, on peut faire le meilleur, comme le pire : ce qui compte, c’est l’intention et la volonté. Il est attendu du chevalier Kadosch, après des années de maçonnerie, qu’il en fasse bien évidemment, le meilleur.

    Par exemple on peut donner au couteau une orientation positive – dans les mains du chirurgien -- ou une orientation négative – dans les mains du criminel.

    Arrivé au 30° grade, on peut estimer que le Chevalier Kadosch a ingurgité suffisamment de Lumière pour être un être positif.

    L’architecture d’un temple égyptien, ou du temple de Salomon illustre parfaitement la démarche maçonnique. Après les deux colonnes, une fois l’entrée franchie, on pénètre dans le Pronaos, ou chambre extérieure. Dans cette partie, éclairée par la lumière du Soleil, le peuple peut être présent. Puis, séparé par un voile, on pénètre dans le Naos, ou « Saint ». Seule les prêtres initiés peuvent accéder à cette partie, éclairée par le chandelier à sept branches, et un éclairage à base d’huile d’olive. Enfin, séparé par un second voile, on trouve le « Saint des Saints ». C’est une pièce cubique obscure, entièrement plongée dans l’obscurité la plus totale. C’est là que se trouve la divinité (Shekina, arche d’alliance). Seul le Grand Prêtre peut entrer dans cette pièce, une fois par an. L’initié véritable « voit », parce qu’il a accumulé suffisamment de lumière en lui. Cette lumière accumulée, qui est en quelque sorte le vêtement nuptial d’or, n’est pas composé de connaissances, mais de l’ensemble des bonnes actions effectuées au cours de la vie.

    A noter que Jésus parle le premier de Naos quand il parle de son propre corps.

    Chaque maçon est une pierre du Temple idéal.

    Le temple est une image du monde. Il unifie le matériel et le spirituel, donnant la primauté au spirituel. L’ascension se fait par paliers, par degrés, et démontre à l’initié que c’est en lui, et en se retournant sur lui-même qu’il pourra atteindre son but, chaque corps humain étant un temple. Il convient un jour de pénétrer dans le Saint des Saints, lieu sacré, où se trouvent les trois lumières, et c’est la raison pour laquelle il est demandé au maçon de laisser les métaux à la porte du temple. Cette part sombre, c’est la partie spirituelle que chacun possède  et qui permet de transformer l’aspect extérieur, le côté clair, afin d’irradier l’amour fraternel.

    Le Naos est le « cœur » du temple.

    « Le Tétragramme Sacré a dit qu’il réside dans la brume » (I, Rois, VII-12)

    La recherche du maçon s’effectue dans l’obscurité et dans le silence. La franc-maçonnerie recherche, au sein d’une étroite fraternité, et à travers un symbolisme difficile, une vérité perdue, que nos habitudes et nos façons de penser empêche désormais de percevoir. L’ironie du sort veut que les francs-maçons aient été excommuniés par l’Eglise pour protéger un secret qu’ils avouent eux-mêmes avoir perdu (le Verbum dimissum) ! Pour le franc-maçon, le serment de silence est parfaitement inutile et n’a pas de sens, puisqu’il a perdu le secret qu’il prétend protéger !

     

    Le deuxième sens de l’obscurité dans le Saint des Saint, est que l’on cherche vainement la Vérité dans les ténèbres qui nous environnent, alors que la clarté ne saurait être trouvée qu’en soi-même (« Connais-toi toi-même »).

    L’objectif est de faire Un de fusionner cavalier et cheval, masculin et féminin, intérieur et extérieur d’abord et de répandre cette lumière acquise à l’extérieur ensuite.

    La Lumière est le domaine du Nom, du déterminé, du mesurable, du connaissable, alors que l’ombre est le domaine de l’indicible, de l’intangible, de l’obscur, du sans-Nom, de l’indéterminé et du Nom substitué. Donner un Nom, c’est dominer, maîtriser, connaître : c’est le règne du logos. Ne pas pouvoir donner un Nom, cela crée l’angoisse, la peur, le doute, l’ignorance : c’est le règne de mythos et de la démesure. D’un côté, l’ordre, de l’autre côté, le chaos. D’un côté, l’écriture, le nombre et la parole, de l’autre côté, l’innommé, l’indéfini (l’irrationnel) et le silence.

    La véritable chevalerie a pour objet le service, en manifestant les valeurs spirituelles (la lumière) là où il lui est demandé, et aussi donné, de cheminer.

    Notre devise est : AVEC DES ARMES PURES, SANS PEUR ET SANS REPROCHE  «  FAIS CE QUE DOIS, ADVIENNE QUE POURRA » 

    La devise participe obligatoirement de l’utopie; elle contient dès lors une part importante d’idéal et implique un décalage entre action (fais) et réalité (advienne que pourra). La part d’ombre est le décalage qu’il peut y avoir entre l’action, l’intention du Kadosch et la réalité, entre « fais ce que dois » et « advienne que pourra ». Cet écart représente notre incomplétude, le sens de nos souffrances : le sentiment de notre insuffisance pour parvenir à l’idéal. C’est l’écart entre le fini et l’infini, le temps et l’éternité, le réel et l’absolu.

    La part sombre appartient au chaos, dans lequel il convient de mettre de l’ordre. En quelque sorte, le chaos est informé par la lumière pour donner un certain ordre : cet ordre peut aller dans le sens du bien ou le sens du mal.

    Le maçon doit poursuivre ce travail sans cesse, car il n’est jamais terminé. L’alchimie spirituelle est le travail secret et silencieux par lequel le maçon se transforme lui-même, se perfectionne et mute ses défauts (la part sombre, le plomb et les divers métaux) en autant de qualités (l’or ou la lumière). L’initié se différencie du profane, tout comme l’état de veille se différencie de l’état de sommeil. En l’initié, le vieil homme est mort, et l’homme nouveau ressuscite. L’initié ouvre l’œil de la clairvoyance, ce troisième œil symbolique dont tout homme porte le bourgeon et change de regard.

    Le choix qui se pose à chaque instant au Chevalier Kadosch est : Arrêter de travailler, être imbu de soi,… : ou poursuivre le travail de passeur de lumière. Si ce travail n’est pas mené, il peut y avoir coexistence de deux réalités : la réalité maçonnique, qui demeure toute théorique, et la réalité profane. Les valeurs (la lumière maçonnique) n’interpénètrent pas la réalité quotidienne.

    CONCLUSION :

    Yin et yang : lumière ou aspect clair et aspect sombre sont intimement liés. On ne peut qu’assumer l’un et l’autre. Chacun de nous peut adopter l’une ou l’autre mentalité : soit la modestie, l’humilité, la patience et la persévérance, soit l’orgueil, la vanité, le fanatisme et l’égocentrisme.

    Ceci est illustré par l’historiette issue de la sagesse amérindienne suivante : Un vieil indien explique à son petit fils que chacun de nous a en lui deux loups qui se livrent bataille. Le premier loup représente la sérénité, l’amour et la gentillesse. Le second loup représente la peur, l’avidité et la haine. En quelque sorte, ils représentent le bon et le mauvais ange gardien ; les maçons diraient le bon et le mauvais compagnon. « Lequel des deux loups gagne ? » demande l’enfant. « Celui que l’on nourrit » répond le grand-père.

    C’est pourquoi le Chevalier Kadosch nourrit la part de lumière en lui et laisse mourir de faim la part d’ombre qu’il porte en lui. C’est une autre façon de dire qu’ « il élève des temples aux vertus et creuse des cachots pour les vices ».

     

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