• L’ECHELLE MYSTERIEUSE

    La voie maçonnique nous engage aussi à détrôner le « petit je », et à faire monter sur le trône, dans le Saint des Saints, le Soi.

    L’ECHELLE MYSTERIEUSE

     

    INTRODUCTION : La corde et le serpent

     

    Dans une histoire traditionnelle, un homme voit une corde, au crépuscule, dans la pénombre, et, la prenant pour un serpent, est effrayé sans raison. Il s’agit d’une illusion. Le substrat du serpent, c’est la corde. Tant que dure cette perception illusoire, la corde n’est pas perçue en tant que telle. Ainsi, l’illusion a une part de vérité, et la réaction de peur de la personne est vraie aussi.

    Il en est de même du monde et de la vérité du monde. Le monde est perçu comme espace, temps et causalité. Il est notamment, maladie, vieillesse et mort. Mais, selon la sentence, cela est illusion. Le substrat du monde est éternel, et il s’agit de l’Eternité. C’est la vérité du monde. Lorsque le monde cesse d’être perçu comme espace-temps, perception illusoire, on perçoit enfin sa vérité : c’est l’Eternité. L’Eternité est la nature et le substrat du monde. Si je perçois cette réalité, alors cesse la peur (peur de vivre et peur de mourir).

    Le substrat, ou vérité, du serpent, c’est la corde. Tout comme le substrat, la vérité du monde espace-temps, c’est l’Eternité. Un constat : le serpent et la corde sont un seul et même monde, et non deux mondes séparés. Ce qui change d’un aspect à l’autre, c’est mon regard, ma vision du monde.

    Pourtant, les religions séparent les deux mondes : terre/ciel, Elohim, homme d’en haut/ Adam, homme d’en bas, etc.

    De même, de nombreux philosophes séparent les deux mondes, comme s’il s’agissait de deux mondes différents : phénomène/noumènes, monde d’ici-bas/ monde d’au-delà, mondes des illusions/ monde des archétypes, etc.

    Autre constat : le binôme corde/ serpent fonctionne dans les deux sens : prendre la corde pour un serpent, ou prendre un serpent pour une corde.

     

    Du deux au UN, puis du UN au deux. Du monde à l’éternité, puis de l’éternité au monde. Montée et descente de l’échelle.

    L’INITIATION : UNE VISION NOUVELLE, UN REGARD NOUVEAU :

    L’initiation est le passage du plan humain au plan universel. L’initiation est le passage du monde visible au monde invisible. L’initiation est la porte qui mène du monde à la vérité du monde. L’initiation est un mensonge qui dit la vérité  (rôle de l’imaginaire). C’est une fiction théâtrale. Exemple des deux épines : l’une est enfoncée dans la peau (le monde) ; la seconde nous sert à extraire cette première épine (l’initiation). Ensuite, on jette les deux épines, devenues inutiles.

    L’initiation est aussi l’expérience d’un passé commun. C’est une expérience commune et l’intégration dans un groupe.

    « Le seul, le vrai, l’unique voyage, c’est de changer de regard ». (Marcel Proust).

    L’initiation maçonnique est la mort du vieil homme : c’est-à-dire c’est une nouvelle naissance, puisque l’initiation contribue à changer le regard sur le monde : c’est une vision nouvelle, grâce au dévoilement de la vérité du monde.

    Initier, c’est faire mourir. C’est une sortie du monde, franchir une porte donnant accès ailleurs. Initier, c’est aussi entrer, introduire. L’initié est celui qui franchit le voile du profane au sacré, et il va d’un monde à l’autre. Il change de niveau et se métamorphose. Et c’est la naissance d’un être nouveau. Tout en vivant encore dans le monde profane – auquel il ne cesse d’appartenir – l’initié pénètre dans l’éternité. L’immortalité n’appartient pas à la condition post-mortem, mais elle se forme dans le temps, et elle est le fruit de la mort initiatique. L’initiation préfigure la mort physique, qui est la seule initiation essentielle.

    L’initiation est une déconstruction du « petit je », dans l’humilité, la persévérance et la prudence. C’est une désendidentification d’avec l’ego (corps, mental,…) et une identification avec le Soi.

    La plus grande difficulté pour répondre à la question : « Qui suis-je ? » est que la réponse ne peut être discursive. Elle ne peut pas être de l’ordre de la parole, de la parole, ni même du sentiment et du ressenti. Elle n’est pas de l’ordre de l’ego. Il faut aller chercher la vérité, non à l’extérieur, mais à l’intérieur de soi-même, au sommet de la montagne et au fond du puits. Il faut aller au centre : Vitriol (Visita Interiora Terae Rectificando Invenies Occultum Lapidem : Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la pierre). La dernière étape est : non pas trouver une réponse, mais simplement être. « Toi, tu es Cela ».

    Nous existons sur deux plans différents, celui de la temporalité et celui de l’éternité, et ces deux plans ne font qu’Un.

    « Connais-toi toi-même » : Pour parvenir à connaître notre être, il existe une méthode expérimentale, rationnelle, scientifique (l’analyse), et une méthode plus intuitive, harmonique, analogique, artistique (la synthèse). C’est la voie du cœur.

     

    PREMIERE PARTIE : LOGOS. MONTEE DE L’ECHELLE

     

    1)    Définitions : Double conception de la vérité, du monde et de l’éternité

     

    La vérité 

    Du point de vue de l’ego, la vérité est l’adéquation de la chose et de l’intelligence. La vérité est rationnelle et s’exprime par le langage. Elle s’expérimente et se démontre. Du point de vue du Soi, la vérité est mon Etre réel, l’expérimentation du Soi, l’identification avec l’Etre et le témoin. Elle ne s’exprime pas par le langage, elle est hors du champ de la conscience habituelle (éveil, rêve, sommeil profond), mais correspond à un quatrième état. On ne peut mettre l’autre que sur la voie, et l’expérimenter soi-même.

     

    Le monde :

    Du point de vue de l’ego, le monde est l’ensemble des choses, des objets, opposés au sujet. Au sens ex-istentiel (hors de l’être), le corps fait partie des objets, mais l’âme de l’homme occupe une place privilégiée : L’homme a une « raison » (logos), qui « pense » le monde. Du point de vue du Soi, l’homme appartient au cosmos, à côté des minéraux, des plantes et des animaux, dont il est une espèce parmi d’autres. –

     

    L’éternité 

    Du point de vue de l’ego, l’éternité est un temps sans commencement ni fin, une ligne infinie des deux côtés, dont le « petit je » n’occupe qu’un infime segment. Du point de vue du Soi, l’éternité est hors du temps et de l’espace.

     

    2)    MYTHOS

     

    Mythe Toltèque :

    Les Toltèques sont un peuple vivant au Mexique entre les 9° et le 12° siècles. Les Toltèques distinguent :

    Le Tonal, qui est le monde que nous voyons, que nous pouvons expliquer ; ce champ de l’explicable est tout petit, il n’est qu’un îlot noyé dans l’océan du Nagual.

    Le Nagual est l’océan d’énergie, le domaine du secret total des forces créatrices ou destructrices. Le monde manifesté ne subsiste que par le Nagual.

    Le Tonal n’est qu’une infime partie de ce qui peut naître du secret, mais les humains croient que le Tonal est Tout, alors qu’il dépend du Nagual. Le Nagual n’est perceptible qu’à ceux qui savent « voir ». Le Tonal ne subsiste que dans et par le Nagual. Le Tonal est dans l’espace-temps, le Nagual est éternel.

    Le monde du Tonal est explicable par l’homme, parce qu’il en est lui-même une partie. C’est un microcosme dans un macrocosme. Le monde du Nagual peut être appréhendé, par l’intuition, l’inspiration, l’illumination. Le Tonal vient du Nagual, le Nagual est la Vérité du Tonal.

    De ce point de vue, il y a une différence entre le monde et la vérité du monde. Entre les deux, il y a quelque chose en plus ou en moins. On peut dire, à la fois, l’un est l’autre, mais aussi l’un et l’autre sont différent, comme il en est de la corde et du serpent, ou bien de la danseuse immobile et de la danseuse qui danse. Le monde est la danse, éphémère et temporel, cependant inséparable, mais aussi différente de la danseuse.

    En ce début du XXI° siècle a été émise la thèse de « pluri univers ». On peut imaginer, dans l’infini, d’autres mondes existant avec d’autres modalités que l’espace-temps. Dans ce cas, notre monde serait un îlot, un point de graisse,  apparaissant dans cette soupe cosmique, puis disparaissant. Ce qui demeure à jamais, c’est la soupe cosmique, qui est en quelque sorte le Père, ou la Mère (ou le GADLU) de toutes choses. Cette soupe cosmique est personnifiée, en un être conscient et volontaire (Dieu), par les croyants, et un ensemble de lois cosmiques, agissant par elles-mêmes, par les non-croyants.

     

    Mythe de Chronos :

    Le temps dévore tout. Fils d’Ouranos, dieu du Ciel, Chronos, aidé des Titans, détrône son père. Qui est-il par rapport à son père ? C’est le temps face à l’éternité. Il préside à notre naissance, notre mûrissement, notre mort. Il est la continuité, la succession, l’enchaînement, la répétition, par rapport à l’éternité. Chronos dévore tous ses enfants : chaque instant s’annule, dévoré qu’il est par le futur immédiat, devenu lui-même passé. Est-ce à dire que tout est perdu, qu’il n’y a plus rien de commun entre Ouranos et Chronos, entre l’éternité (non-temps) et le temps ? Ghéa, femme de Chronos, sauve un de ses enfants, un de ces « instants », qui est Zeus : il est de dimension divine. Chaque instant peut être sauvé, redonné à sa dimension d’éternité. Alors Zeus réinstaure le règne d’Ouranos. Zeus, ce dieu qui est en nous, ne peut se laisser dévorer ; il combat, aidé des Cyclopes, pour engloutir les Titans, forces instinctuelles, et Chronos lui-même, dans le feu des volcans. Ce feu, à l’intérieur de la terre, c’est l’amour à l’intérieur de l’être. Les Cyclopes, aux « troisième œil », sont des forces de la Connaissance. Cette destruction est le passage du temps à l’éternité, de la succession à la permanence, qui contient temps et non-temps. Chaque instant est gros d’éternité.

    La voie maçonnique nous engage aussi à détrôner le « petit je », et à faire monter sur le trône, dans le Saint des Saints, le Soi.

     

     

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