• « Karma-Bhakti-Jnâna-Râja » (Partie 78) (Action, Travail, Amour, Prière, Dévotion, Connaissance)

    Le yin, tendre et léger comme une femme, le yang, dur et froid comme un tombeau, est-ce bien là le tao ?

     

    « Karma-Bhakti-Jnâna-Râja » (Partie 78) (Action, Travail, Amour, Prière, Dévotion, Connaissance)

     

    LUNDI 7 FEVRIER 1977

    En 1976, j’ai essayé de m’appliquer pour faire les exercices du matin et du soir, mais souvent cela a été fait de manière superficielle. Ce qui m’a perturbé, c’est le décès cruel de mon frère aîné physique, Paul, le 21 septembre 1976, qui a rejoint la Maison du Père.

    En mémoire de cet être-chair, que j’ai vu partir à petit feu, j’ai composé le poème en vers libres suivant :

    « CORPS ET AME.

    Le yin aime bien le yang et le yang le lui rend bien : c’est là le tao !

    L’âme dit au corps :

    « Moi qui t’avais connu si fort et si vivant, voilà que tu t’écroules. Etendu, cadavérique, tu luttes sans répit contre le chagrin et je cherche dans tes yeux ce que tu penses, ce que tu souffres. »

    Et le corps répond :

    « L’hiver rude et la glace enveloppaient les cœurs. Puis le renouveau : tout semblait pour le mieux. Voletaient les papillons, fleurissaient les couleurs. D’abord l’étonnement, ensuite l’ébranlement. Pourquoi me tient-on à l’écart ? Suis-je encore un enfant ? Savais-tu que tu allais vers ta fin ? Mots durs, maux douloureux, instants tragiques ! Et nous avions prophétisé la fin ; et maintenant qu’elle frappe à la porte, que faire, où aller, que dire ? »

    Le yin, tendre et léger comme une femme, le yang, dur et froid comme un tombeau, est-ce bien là le tao ?

    L’âme dit au corps :

    « Misérable, te croyais-tu éternel ? Sachant que tu devais mourir, que laisses-tu derrière toi ? Non, ton destin n’intéresse personne ! Sommes-nous prisonniers de chaînes forgées par nous-mêmes ? Ton image s’étale partout, sur les murs et dans les journaux, et s’étale d’autant plus que le plaisir que tu offres est absent de la vie quotidienne ! Ton spectacle développe envie et jalousie et l’amour est un désert ! »

    Et le corps répond :

    « O scandale et mensonges ! C’est toi qui étouffes mes désirs, et tu joues la comédie. Nous autres les vivants, nous t’avons vu partir, lentement, goutte à goutte, et nul n’a pu te secourir ! Tu me considères comme ton ennemi, comme un mauvais coucheur, un allié douteux, qui décroche au dernier moment, et qu’il faut dresser, morceau par morceau. Tu enseignes le mépris de la chair : « Tu ne toucheras pas ton corps ! ». Mépris de soi, peur de soi, haine de soi : maladie ! Tu vis loin de moi et pourtant ton bonheur est le mien. »

    Le yin souffre et le yang espère : qu’as-tu fait du tao ?

    L’âme dit au corps :

    « Débordements, tu recherches ce qui est bestial, animal. Dehors, ailleurs, la vie continue : qui s’intéresse à ce mourant ? Et tu montres ton cadavre décharné : « Regardez, que suis-je encore ? Qu’a-t-on fait de moi ? ». Etranger à toi-même, rebelle ! Qu’il est difficile d’aimer avec toi ! Plus le temps d’aimer ! L’argent achète tout : en avoir ou ne pas en avoir, là est la question ! Reviens à toi, ce n’est qu’une mauvaise passe ! »

    Et le corps répond :

    « Moi qui joue au héros, ô que cela va vite ! Et nous voilà désemparés devant ce lit vide ; quel fut ton dernier soupir ? Nous ne savons plus que faire ! Es-tu là encore ? Nous as-tu quittés ? Est-ce toi, ce regard froid et sec que j’ose à peine effleurer ? Que tu es dur ! »

    Et l’âme de répliquer :

    « Que tu es mou ! Et la vie continue sa course folle ! Suis-je coupable de ta mort ? Aurais-je pu te retenir ? Qu’il m’est pénible de voir fermer ce couvercle, à jamais ! ».

    Et le corps flasque et silencieux, et l’âme absente, et le yin et le yang ont mangé le tao. »

    Pour l’année en cours, que les frères aînés me donnent leur appui pour mieux réaliser les exercices du matin (concentration sur le prologue de l’évangile de Saint-Jean) et du soir (rétrospection de la journée passée), pour mieux respecter mon corps physique, temple de Dieu le Père, et pour mettre en œuvre l’amour de mes frères humains afin de les mieux servir.

    Que les frères aînés m’aident aussi à faire le choix d’une voie qui soit la mienne ! J’ai besoin d’une vertu essentielle, la persévérance.

    Autour de moi tout m’entretient du Maître Jésus-Christ et de l’Amour universel.

     

    MARDI 1° MARS 1977

    Chacun reçoit exactement ce qu’il mérite.

    Professionnellement, je m’intéresserai plus aux détails de ma tâche quotidienne, circonscrivant le détail et l’exécutant à la perfection. Pour moi, dans ma destinée, c’est cela servir l’homme, l’humanité, le prochain. J’obéirai et me donnerai moi-même : c’est cela servir Dieu.

    Ma santé est chancelante : ma tête me tourne, j’ai le tournis et une sorte d’ivresse. Que Dieu fasse selon Sa volonté ! Le sort en est jeté : ne porte-t-on pas, depuis la naissance, le germe de sa mort ?

    La nuit essentiellement, je progresserai dans les choses importantes et prendrai à cœur les exercices du matin et du soir.

     

    LUNDI 4 AVRIL 1977

    Sans cesse, je rechute de nouveau dans les plaies que sont l’onanisme et les pensées sexuelles néfastes, car il y a trop de tentations autour de moi. S’y ajoutent de plus l’abus d’alcool, la consommation de viande et de café. N’est-ce pas un manque de volonté ? Je suis triste, abattu et fatigué et je fais un effort sur moi-même pour vaincre cette lassitude. De l’action et du courage, voilà ce qu’il me faut.

     

     

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